Mardi 24 mai 2011 à 7:38

Libertés et règles

http://lancien.cowblog.fr/images/Caricatures1/NigeriaGlez.jpg

    Les articles que j’ai écrits à propos de Ben Laden m’ont valu  un certain nombre de mails et diverses questions.
    J’ai répondu personnellement à certaines mais d’autres méritent peut être un article.
    Une question difficile m’a été posée, mais à propos de laquelle j’avais lu des études psychologiques : “La violence est elle inhérente à la religion ?”.
    Alors malgré ma réticence à parler de religion, car je respecte toute croyance dans ce domaine, et je ne voudrais pas choquer par mes propos, je pense que ce sujet vaut quand même la peine d’être soumis à la discussion.


    Dans la Bible, la violence est exercée au nom de Dieu. Il suffit d’ouvrir le livre de Josué pour voir mis en oeuvre, au nom de Dieu, ce qui est un génocide. N’échappent à la mort que ceux qui savent ruser ou qui sont assez forts pour résister à la conquête.
    Ayant comme vous appris l’histoire de France en classe, j’ai effectivement constaté que la religion pouvait engendrer la violence : persécution des premiers chrétiens, croisades contre les infidèles, guerre et tueries entre catholiques et protestants, mise à l’index de savants qui avaient des idées trop révolutionnaires par rapport à l’Eglise (Galilée, Darwin...).
    L’histoire des pays étrangers n’est pas plus sereine : Inquisition en Espagne, persécution des juifs en Allemagne...
    L’actualité est presque pire : extrémistes arabes, conflit israélo-palestinien, génocides en Afrique, oppositions chiites-sunnites au Moyen orient....
    C’est vrai que la religion semble susciter bien des catastrophes.
    On peut tout de même se demander si elle ne sert pas de prétexte. Dans la plupart des cas, il s’agit de luttes pour le pouvoir ou pour l’appropriation de richesses. Souvent une partie de la population, une ethnie, les pratiquants d’une variante de la religion, sont opprimés par ceux qui détiennent le pouvoir.
    La religion est alors soit un prétexte pour avoir bonne conscience et ne pas encourir les reproches pour des motivations beaucoup moins nobles, soit un moyen de fanatiser des combattants.

    Cependant j’ai lu quelques études où la question était posée de savoir si de vrais croyants religieux pouvaient devenir suffisamment fanatiques pour en arriver à l’utilisation de la violence. Je vais essayer de résumer ce que je crois avoir compris.

        Religion et autoritarisme :

    La prétention de toute religion à être la seule à détenir la vérité,  l'idée d'une supériorité par rapport aux autres religions sont des élémentsqui peuvent entraîner la présence, au sein des religions, d'une violence au moins symbolique, par exemple un discours dévalorisant envers les « infidèles », qui peut le cas échéant se traduire en actes (discrimination, exclusion), voire en violence physique (vandalisme, assassinats).
    Plusieurs études ont montré que la tendance à être fondamentaliste dans sa foi s'accompagne souvent d'attitudes discriminatoires telles que le racisme, la xénophobie, l'homophobie, le sexisme et l'hostilité symbolique envers des personnes ne partageant pas les mêmes valeurs  ou qui diffèrent dans leurs convictions religieuses, qu'il s'agisse d'adeptes d'une autre religion ou de non-croyants.
    Dans plusieurs de ces études, les chercheurs ont tenté de comprendre si l'effet observé était dû à la tendance fondamentaliste des participants, ou à leur structure de personnalité dite « de type autoritariste ».
    Ces études ont montré que si l'on isole altemativement I'effet de l'autoritarisme et l'effet du fondamentalisme sur les préjugés et la discrimination, c'est Ia structure autoritaire qui se révèle être Ia cause des attitudes discriminatoires et non le fondamentalisme. Certains résultats laissent même penser que la religiosité des fondamentalistes serait même un
frein aux conséquences de leur autoritarisme.
    Il ne faut pas conclure trop vite que la religion en soi n'y est pour rien et que Ia vraie cause de la violence se situe au niveau de la personnalité et du profil autoritariste. Des personnes avec une structure autoritaire semblent trouver leur compte au sein d'une religion, trouvant là des idées, des croyances, des rites, des règles morales et une dyramique commu nautaire qui semblent correspondre à leurs besoins et leurs attentes.
    La personne autoritaire n’est d’ailleurs pas forcément agressive : I'agression autoritaire ne se dirige vers des  cibles externes lorsque celles-ci sont signalées comme dangereuses par les autorités reconnues du sujet autoritariste. 0n peut ainsi comprendre comment des croyants (quelle que soit leur religion) se trouvent un jour mêlés à des actes de violence, y compris physique, dès lors que des autorités (leader, prêtre, textes, théologies) leur assure une légitimité morale, d’autant plus que la plupart des religions ont aussi, en général, un message d’amour envers les autres hommes et une interdiction de la violence..

        Religion et altruisme

    A l’inverse, de nombreuses recherches montrent que l’idée selon laquelle Ia religion favoriserait l’altruisme et la préoccupation du sort des autres est relativement vraie : les croyants tendent à se percevoir comme étant altruistes, prêts à aider, chaleureux et peu distants, et à donner une grande importance à la bienveillance, et leur entourage valide ce jugement.
    On constate d’ailleurs que ce n’est pas une simple apparence mais qu’ils mettent en pratique des comportements prosociaux
    Certains pour expliquer si la religion est facteur d'amour ou de haine, de paix ou de guerre distinguent croyants fondamentalistes et croyants ouverts: les uns seraient des durs dangereux, les autres des modérés, flexibles et amoureux de la paix sociale.
    Les études ne confirment pas cette thèse et les psychologues se sont plutôt orientés vers la recherche de ce qui, au sein même de la religion, représente une logique commune aux deux réalités, prosocialité et violence.
    L'impact positif de la religion sur la qualité prosociale des personnes est plus grand lorsque les bénéficiaires de Ieur aide sont des proches ou des semblables ; il devient quasi inexistant lorsqu'il s'agit d'inconnus ; et iI se transforme en discrimination et en violence dès qu'il s'agit d'interagir avec une personne perçue comme menaçant ses valeurs et ses convictions.

    Finalement les psychologues pensent que la religion (quelle qu’elle soit), est au sein de ses membres un facteur important de coopération, d’aide, d’altruisme et donc de cohésion . Mais cet aspect qu’ils dénomment “coalitionnel”
devient alors, aux frontières avec d’autres “entités de coalition (autres religions, civilisations, ethnies...et athéisme) un facteur de séparation, d’exclusion, voire de violence et de persécution.
    C’est en définitive l’intransigeance des croyances et des valeurs, associée à la forte cohésion au sein des fidèles du fait de leur altruisme, qui pourrait être à l’origine de la violence.
Par AUGREDUVENT le Mardi 24 mai 2011 à 8:00
Tout croyant qui doit s’interroger sur le sens que peut avoir sa religion quand elle est réduite à un ordre de légitimation au regard duquel tout rapport à « l’autre » autrement que sur le mode de l’hostilité serait dénié.
Bonne journée
Marie
Par alyane le Mardi 24 mai 2011 à 8:43
Dans l'histoire du protestantisme en Allemagne, l'établissement de la religion Réformée était source de nombreuses batailles et de guerres...comme partout...
Au Tibet, avant l'invasion des Chinois, les rapports étaient plus équilibrés, moins sujet à la force...
Par coldtroll le Mardi 24 mai 2011 à 10:26
pour moi, la religion n'est rien d'autre qu'une belle saloperie, qui a toujours été prétexte à l'asservissement des peuples depuis les ages les plus reculés...
maintenant, c'est moins d'actualité, on a la télé pour prendre le contrôle de nos cervelles de piaf (non je blague, c'est toujours d'actualité, la télé n'est qu'une religion juste un peu récente)
Par maud96 le Mercredi 25 mai 2011 à 23:59
Un article mesuré et intéressant. Je pense que les gens sont prêts à devenir violents dès qu'ils forment un groupe "identitaire" trop soudé.
Le problème est celui de la capacité d'une identité collective à supporter d'autres identités, collectives elles-aussi. L'Autre, "ennemi" ou simplement "différent" renforce l'Ego collectif. Rien de mieux qu'un bon "ennemi" pour renforcer le "patriotisme". Fonctionnement primaire des "psychés" collectives !
 

Ajouter un commentaire









Commentaire :








Votre adresse IP sera enregistrée pour des raisons de sécurité.
 

La discussion continue ailleurs...

Pour faire un rétrolien sur cet article :
http://lancien.cowblog.fr/trackback/3110611

 

<< Page précédente | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | Page suivante >>

lancien

sortir de la tristesse

Créer un podcast