Dimanche 26 juin 2011 à 9:33

Energie, nucléaire, économies

    Je voulais vous parler aujourd’hui de la sécurité des centrales nucléaires.
    Je ne reviendrai pas sur leur principes, je vous renvoie à ce sujet à mes articles du 17 mars au 8 avril 2011 sur l’accident au Japon et des 19 et 20 septembre 2009 sur les réacteurs.


    Je rappellerai seulement qu’on peut ramener les types de réacteurs en service à trois filières :

        - celui où le modérateur est du graphite et le fluide caloporteur de l’eau bouillante. Environ 3,5% des réacteurs dans le monde, les réacteurs russes notamment et ceux de Tchernobyl. Ces réacteurs sont moins stables et plus difficiles à contrôler et la filière a été abandonnée
        - celui où le modérateur et le caloporteur sont de l’eau bouillante.
C’est la filière américaine et environ 23 % des réacteurs, dont en particulier les réacteurs japonais. L’inconvénient est que l’eau bouillante de transport de la chaleur mais aussi de refroidissement du réacteur, sort de la cuve où est enfermé le coeur, pour aller dans les turbines, ce qui crée des risques de fuite, comme on l’a constaté au Japon et fait passer de l’eau éventuellement contaminée dans les turbines et leur circuit..
        - celui où le modérateur est de l’eau sous pression et le caloporteur de l’eau. C’est la filière française et 67% environ des réacteurs dans le monde. Il y a un circuit dans la cuve avec un échangeur de température étanche qui transforme l’eau du circuit secondaire en vapeur, qui alimentera les turbines. Les risques de contamination et de fuite sont bien moindres.
    La filière française est donc plus sûre au plan des principes de fonctionnement.

    Par ailleurs, alors que les réacteurs russes, bien que peu sûrs, n’avaient pas d’enceinte étanche, les réacteurs japonais une enceinte mais non prévue pour résister à une explosion due à l’hydrogène qui peut se dégager en cas d’assèchement de la cuve, les réacteurs américains et français ont une enceinte solide, qui lors de l’accident de Three Miles Island au début de l’exploitation des réacteurs, a permis d’éviter toute fuite extérieure importante.
    Dans les nouveaux réacteurs type EPR en construction, il y a même une enceinte supplémentaire.

http://lancien.cowblog.fr/images/Sciences/articleIDEwebEPR.jpg

    Enfin les réacteurs français bien que prévus pour résister à un tremblement de terre, ne sont pas en zone sismique et ne riquent pas l’impact d’un tsunami.
    Avant leur construction et tout au cours de la réalisation, puis pendant le fonctionnement, ces réacteurs font l’objet d’un cahier des charges très détaillé, de consignes de fonctionnement draconniennes et de contrôles réguliers.
    Certes de petits incidents ont lieu, comme dans toute installation ou machine en fonctionnement, mais ils se sont toujours révélés mineurs et n’ont jamais mis en danger l’environnement.
    La probabilité d’un accident grave est donc extrèmement faible, des scénarios et consignes ont été étudiés pour y faire face et l’autorité de Sureté Nucléaire, les laboratoires de mesure et les services de la Protection Civile sont entraînés à y faire face.

    Le principal grief que l’on fait aux réacteurs nucléaires français n’est donc pas le risque d’accident, mais la production de déchets radioactifs.
    C’est effectivement un problème qu’il faut examiner.
    D’abord au plan des quantités.

    L’industrie, les laboratoires produisent des déchets radioactifs, le plus souvent de faible activité, qui ressemblent à des déchets ménagers.
    Mais 85 % des déchets sont produits par le fonctionnement des réacteurs nucléaires et le traitement des combustibles.
    Les déchets radioactifs ne sont pas tous identiques. Ils sont, d’une part, plus ou moins radioactifs en fonction de l’intensité des rayonnements ionisants qu’ils émettent et de la nature de ces rayonnements (alpha, bêta, gamma, X et neutrons). D’autre part, la durée pendant laquelle ils sont radioactifs peut varier en fonction de la période radioactive des radioéléments qu’ils contiennent, période qui définit leur durée de vie.
    On les classe donc en fonction de leur activité radioactive et de la durée de vie de cette radioactivité.
    Les déchets très faiblement radioactifs  proviennent principalement du démantèlement des installations nucléaires ou de travaux d’infrastructure. La radioactivité de ces déchets est extrêmement faible, de courte durée de vie et voisine de la radioactivité naturelle.
    Les déchets faiblement ou moyennement radioactifs à durée de vie courte représentent près de 90 % de l’ensemble des déchets radioactifs. Il s’agit pour l’essentiel de déchets provenant du fonctionnement courant des installations nucléaires (objets contaminés, outils ou résidus miniers...).
    Les déchets faiblement radioactifs à durée de vie longue sont essentiellement des déchets radifères et des déchets graphites. Les déchets radifères, issus principalement du traitement du minerai d’uranium, du démontage et de la récupération d’objets contenant du radium.
    Les déchets moyennement et hautement radioactifs à durée de vie longue contiennent des éléments moyennement et hautement radioactifs, dont la décroissance radioactive peut s’étendre sur plusieurs centaines, voire milliers d’années. Ils proviennent des usines de fabrication des combustibles nucléaires, des centres de recherche et des usines de traitement des combustibles usés issus des centrales nucléaires.
    Ce sont eux qui posent problème, mais, s’ils contiennent 99,96 % de la radioactivité totale, ils ne constituent que 3,8 % du volume des déchets radioactifs en France, soit 600 tonnes par an, soit 10 grammes par an et par habitant.
    Si l’on considère les industries chimiques et métallurgique française (sans parler de l’industrie agroalimentaire), le volume des déchet est un million de fois plus grand, sous forme solide, liquide ou rejets gazeux dans l’atmosphère. La règlementation et les contrôles sont bien moindres que dans le cas du nucléaire et il existe de nombreux cas de pollution dangereuse pour l’environnement.
     Il est curieux de constater que l’on parle beaucoup plus des accidents nucléaires que des accidents dues à la pollution par les dioxine en Italie et en Inde, qui ont causé des dégâts analogues à l’environnement.
    Un tout petit exemple : à 500m de chez moi, des promoteurs ont voulu construire des immeubles à la place d’un grand garage. En creusant  le sol pour installer les parkings, ils se sont aperçu que le garage avait pendant des dizaines d’années et au mépris de la règlementation, déversé les huiles de vidange dans le sol. Il a fallu plus de six mois pour le dépolluer.

    Vous parler des conditions de traitement et de stockage ferait un trop long article, mais si cela intéresse certains lecteurs , je pourrai faire des articles car j’ai eu l’occasion de visiter le centre de la Hague et une installation de stockage sous terre.

    Pour terminer je voudrais parler de l’élimination future de ces déchets.
    Un des déchets gênant par sa toxicité chimique et sa vie radioactive trè
s longue est le Plutonium. Mais il est fissible. Maintenant on sait le séparer et le mélanger à l’uranium dans des barreaux de combustibles (appelés Mox) et on “brûle “ainsi le Pu en le transfromant en produits de fissions.
    Parmi les déchets gênants à vie longue figurent également les “actinides”, (éléments 89 à 103 du tableau périodique, dont font partie l’Uranium et le Plutonium fissibles grâce à des neutrons lents, alors que les autres éléments nécessitent des neutrons rapides.. On arrivera également à utiliser ces produits dans les réacteurs de 4ème génération à neutrons rapides et ils seront donc également détruits.

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    Les éléments pour lesquels on n’a pas encore d’autre solution que le stockage sont essentiellement le Césium 137 et le Strontium 90 dont les périodes sont de 30 ans environ.
    Mais des études sont en cours pour essayer de détruire ces éléments, en essayant de les transformer par bombardement neutonique ou peut être de changer leur période grâce à des monopôles magnétiques.

   
En définitive, je suis toujours étonné du peu de réflexion des français, et des écologistes en particulier, mal informés il est vrai, qui consomment  beaucoup d’énergie électrique ou thermique et ont bien du mal à se restreindre dans ce domaine, qui commencent à se rendre compte que, pour l’évolution de notre climat, il faudrait produire moins de gaz à effet de serre, et qui militent néanmoins pour la suppression de la production électrique nucléaire.
    Je ne suis pas un partisan inconditionnel du nucléaire de fission, mais je constate que l’énergie nucléaire est bien moins dangereuses que d’autres activités modernes actuelles et qu’aucune autre méthode de production d’électricité autre que le nucléaire et les combustibles fossiles , producteurs de CO2, n’est capable de remplacer actuellement ces deux moyens de satisfaire nos besoins.
    C’est ce dont je vous parlerai dans mon prochain article.
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