Mercredi 24 juin 2009 à 18:56

Enseignement, école, fac

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    Plusieurs correspondantes m’ont demandé ce qu’était le bac quand j’étais jeune (il y a 62 ans !!) et comment se passaient les cours au lycée.
    Si cette rétrospective amuse certaines d’entre vous, je vais essayer de vous répondre.

    Je commencerai par des remarques générales : nous n’avions ni télé, ni ordinateur + internet, ni téléphone portable et donc pas de tentations autres que le sport et la lecture. Donc notre temps était naturellement orienté vers l’étude et au sortir de la guerre, nous étions conscients que c’était notre avenir, notre métier que nous préparions. Tous les élèves travaillaient donc avec plus ou moins de facilités et de courage, mais avec la même bonne volonté.
    Nous avions d’excellents professeurs qui s’appuyant sur des livres, nous faisaient des cours relativement intéressants, s’intéressaient à chacun d’entre nous, aidaient les moins doués, encourageaient les meilleurs vers la suite de leurs études. Nous les admirions, nous les respections, c’étaient pour nous des modèles de savoir, et s’il y avait parfois des crises de rigolades (auxquelles les profs participaient volontiers), il n’y avait jamais de chahut. Par ailleurs les meilleurs élèves aidaient ceux qui étaient moins favorisés et finalement, leur expliquer cours et exercices, faisait mieux les comprendre et les retenir !

    Cela dit la sélection était très différente d’aujourd’hui
    L’examen d’entrée en sixième était relativement difficile (5 fautes d’orthographe - y compris un accent = 1/2 faute - donnait un zéro éliminatoire).
Un tiers des élèves ne le réussissait pas et poursuivaient vers le certificat d’études et l’apprentissage d’un métier.
    En sixième, latin obligatoire pour tous (6 heures par semaine).
    En quatrième, nouvelle orientation; certains allaient vers l’enseignement technique qui préparait des diplômes d’ouvrier et de technicien; d’autres abandonnaient le latin et allaient en “moderne”, avec un peu de technologie pour le remplacer. On commençait ou le grec (classes A) ou une seconde langue (classes B). En seconde nouvelle orientation des classes B qui choisissaient entre continuer en B avec un renforcement soit en langues, soit en sciences expérimentales (le SVT) ou faire maths et physique renforcées (classes de C).
    Ces orientations n’étaient pas définitives, mais les A pensaient ensuite à des métiers juridiques, littéraires, administratifs, ou de relations publiques et humaines: les B pensaient aux carrières commerciales (langues) ou de santé et notamment médecine qui ne recrutait pas comme aujourd’hui en S.
    Les C pensaient essentiellement aux carrières d’ingénieur.
    A l’époque il y avait 40% de A, 40% de B et 20 % seulement de C.
    Le A était voisin du L actuel, le C du S, mais les écoles comme HEC, ou les professions économiques, les médecins et professions de santé et les linguistes se préparaient plutôt en B, donc plus large que le ES actuel.
    Bref il y avait peu à peu une sélection et sur les élèves du primaire, seuls 30% à 35 % arrivaient en première à la fin de laquelle il y avait un premier bac avec toutes les matières, écrit et oral, et qui était donc éliminatoire pour ceux qui n’avaient pas la moyenne. A peu près 25 à 30% passaient ce cap et finalement à l’issue de l’équivalent de la terminale, environ 20% réussissaient le second bac.
    Les filières n’étaient pas immuables et il y avait des passerelles en cas d’erreur et il y avait davantage d’abandons en C, d’élèves qui revenaient en B.
    Mais aucune de ces filières n’était meilleure que les autres. Elles préparaient à recevoir dans le supérieur des enseignements différents. C’étaient des filières généralistes, il n’y avait aucune “option”.
    L’enseignement du latin durait jusqu’en première, et le français était enseigné différemment. On ne préparait pas de texte long comme aujourd'hui. On voyait systématiquement tous les grands auteurs peu à peu dans des livres de littérature que l’on gardaient dans plusieurs classes successives, en étudiant des extraits de leurs oeuvres dans des livres qui regroupaient des “morceaux choisis” et on n’étudiait que deux grandes oeuvres classiques par an.
    Dernière information, les collèges n’existaient pas; il y avait les lycées techniques d’une part et les lycées d’enseignement général qui allaient de la sixième à la terminale. Il y avait un lycée de fille et un lycée de garçons.
    Avec quelques exceptions cependant : j’étais à Pau dans les Basses Pyrénées, ville de 20.000 habitants à l’époque, avec donc un lycée de fille et un de garçons et plusieurs lycées techniques et d’apprentissages.
    Mais le nombre d’élèves en C était faible et notamment les filles qui étaient persuadées à tort, qu’elles ne pouvaient avoir la “bosse des maths”, ce qui était idiot. Celles qui d’ailleurs persistaient dans cette voie au risque de passer pour  originales, surclassaient souvent les garçons.
    Alors en première et en terminale, alors qu’il y avait 2 classes de A et deux classes de B dans chacun des deux lycées filles et garçon, il n’y avait plus selon les années qu’une ou deux première mixtes C au lycée de garçons et une seule terminale C mixte dans ce lycée.
    On ne parlait pas à l’époque de terminale (mot que je trouve meilleur), mais de “Philo” pour la terminale A  (L), “Sciences Ex.” pour la terminale B et “Maths Elem.“ pour la terminale C.(S)

    Nous nous sommes donc retrouvés au lendemain de la guerre en Maths Elem, la seule terminale S de Pau, à 23 garçons et 8 filles, issus des deux classes de première C du même lycée l’année d’avant : toutes les filles avait été reçues au premier bac, mais seulement 23 garçons sur les 35 de l’an passé.
    Je pense que le travail demandé était plus prenant qu’aujourd’hui.
    Cours tous les matins de 8h30 à 12h 30 et les après midis de 14h à 16 ou 17h. 32 heures par semaine, seul le jeudi après midi et le dimanche de libre. :
    - Plus de français ni de latin, mais 6 heures de philo, divisées par moitié entre “Morale” (les grands courants de pensée), et “Logique” (les méthodes logiques et scientifiques). Les “Philo” (équivalent de L) avaient en plus 3 heures de “Psycho”.
    - 8 heures de maths, 6 heures de physique-chimie + 2 heures de TP en labo.   
    - 3h de “sciences nat” (le SVT) sur le corps humain.
    - 2h de langue, (c’était trop peu!), 1 heure facultative de deuxième langue.
    - 2h d’histoire-géo
    - 2h de sports.
    Tous les soirs des leçons, mais faciles à retenir si on avait écouté au cours et un exercice de maths; 3exercices de physique chimie et une dissertation de philo par semaine. Par contre rien à rédiger en SVT, histoire géo et langues.
Pour ces dernières du vocabulaire à apprendre et préparer des traductions qu’on faisait en classe, oralement.
    On avait donc tous les jours du travail jusqu’au dîner et les leçons à apprendre ensuite, mais cela ne nous gênait pas, il n’y avait ni télé ni internet.
On écoutait parfois la radio avec les parents et on lisait le samedi ou le dimanche - ou on jouait à des jeux de société - quand on n’allait pas faire du sport.
    Le ciné était rare et réservé aux vacances scolaires !!

    Enfin le bac : l’écrit se passait dans un gymnase municipal, aménagé pour la circonstance, épreuves de maths, physique-chimie, philo.
Quinze jours après résultats et ceux qui avaient 10 de moyenne étaient “admissibles” et on allait au siège de l’académie, à Bordeaux, à 200 km par le train, (en général accompagné par un parent - moi c’était mon grand-père), pour passer l’oral  : là toutes les matières avec évidemment des coefficients différents (mais pas de sports, pas d’option et pas de seconde langue).
    Les mentions étaient analogues à aujourd’hui :  AB > 12, B > 14 et TB > 16, mais il n’y avait qu’une quinzaine de TB par académie.
    On était convoqués par demi-journée et le soir quand les interrogations étaient terminées, le jury se réunissait 1/2 heure et le président venait solennellement lire la liste des reçus par ordre de mérite. C’était très solennel.
    On recevait le diplôme par la poste une quinzaine de jours après.

    Voilà, je pense avoir répondu à vos questions.
Un petit point qui a intrigué une de mes guenons.
    J’avais obtenu ainsi que ma “jumelle” (qui avait 3 jours de moins que moi et des parents différents !) un aménagement de nos emplois du temps qui nous permettait, à la place du sport et avec une heure de plus le soir, de suivre les cours de “psycho” des “Philo” (c’était le même prof qui nous faisait la philo et avait fortement aidé à obtenir cette dérogation.)
    J’ai donc passé le bac Maths Elem” (S) en juillet et le bac “Philo” (L) en septembre (on ne passait que l’épreuve de philo, avec obligation de traiter le sujet de psycho à l’écrit, et l’épreuve de SVT, car le cours des L était plus complet, notamment sur le cerveau - et à l’époque on ne connaissait pas grand chose sur son fonctionnement !). Voilà pourquoi j’ai dû dire dans un article que j’avais à la fois les bacs L et S, ce que vous aviez pris pour une de mes plaisanteries !!
    Eh non, le vieux singe ne dit pas que des bêtises !! LOL

    Enfin j’ai trouvé sur le blog du Chat de Cheshire, cette définition "horrible" mais qui m’a fait sourire :
"Le bac, c'est comme la lessive : on mouille, on sèche... et on repasse."

Par Amaryllis le Mercredi 24 juin 2009 à 19:40
Wahou...
Je comprendrai désormais mieux mes parents quand ils parlent des classes A/B/C !
Merci pour ce topo sur les études "d'avant". C'est toujours amusant de voir l'évolution.

Le point qui me saute aux yeux, c'est que vous deviez fournir beaucoup plus de travail que les jeunes d'aujourd'hui.
Le latin obligatoire, je trouve que c'était une bonne chose. J'en ai fait sept ans, ainsi que six ans de Grec et bien que je n'aie pas fait d'études littéraires par la suite, ces deux langues "mortes" m'ont énormément servi.

Bref comme je l'ai toujours dit, le bac, ce n'est vraiment plus ce que c'était !

*aime bien jouer les vieilles alors qu'elle n'a pas un quart de siècle*
Par Harmoniava le Mercredi 24 juin 2009 à 19:50
Il est dommage que l'examen d'entrée en sixième concernant l'orthographe n'existe plus.
Par naftaline le Jeudi 9 juillet 2009 à 16:19
.... Purée!

Oui, bon, c'est tout ce qui m'est venu.
Le niveau baisse chaque année maintenant, était ce mieux avant? Je pense que oui même si travailler était le principal passe-temps (on nous dit encore en philo que l'école est un loisir) chose qui est pour moi inconcevable.

Me voilà bachelière, mention AB en L.
Mon père à été en C, lui aussi. Il m'a toujours dit qu'il avait eu la mention "passable" je n'ai su qu'il y a quelques jours que c'était un jeu de mot et que cette mention n'existe pas x_X
Par Miville le Dimanche 14 août 2016 à 3:44
Je suis d'accord avec les faits que vous décrivez à propos des programmes scolaires, car j'ai passé le bac C mention TB (sans le latin, matière où j'étais faible et dont je m'étais délesté pour me concentrer davantage en sciences et en allemand) au moment où la terminale C portait encore le nom familier de math élem. Mais pour ce qui est des distractions apportées par l'Internet, je ne suis pas d'accord : la vie culturelle du Paris et du Montréal d'alors était alors d'une qualité et donc d'un pouvoir d'attraction et de distraction beaucoup plus dangereux pour mes camarades de classe, beaucoup de mes heures tardives d'étude se faisaient aux mêmes tables de café où mes copains d'étude passaient leur temps en discussions qui passaient pour philosophiques avec. Aujourd'hui tous les lieux et milieux correspondants sont d'un ennui sidérant, en grande partie causé par l'insécurité économique qui pousse tout un chacun à ne plus avoir d'activités qu'utilitaires. Grâce à l'Internet et notamment grâce à Youtube, j'ai pu me remettre à certaines études de langues et de sciences d'une manière qui aurait été dans mon temps impossible en autodidacte.
 

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