Lundi 22 septembre 2008 à 12:14

Notre cerveau; nos sens; système nerveux

    Dans mon précédent article je vous ai donné des idées générales sur le développement du cerveau, entre l'enfance et 25 ans.
    Le fait principal était un pic de matière grise entre 7 et 11 ans, puis un appauvrissement en connexions, seules les plus utilisées subsistant, ce qui correspondait à une “spécialisation” des neurones, mais en même temps la vitesse de trasmission de l'influx nerveus était multipliée par un facteur supérieur à 10, grâce à une isolation des fibres nerveuses par de la myéline.
    Je vais aujourd'hui examiner le développement de centres plus spécialisés du cerveau et ses conséquences pratiques.

     En fait cette spécialisation du cerveau par élagage des connections inutiles se fait de l'arrière vers l'avant du cerveau. Elle touche très jeune, les centres de la vison à l'arrière du crâne,  puis les autres centres de la perception et ceux de la parole, et c'est à l'adolescence et jusque vers 20 à 25 ans qu'elle concerne le cerveau frontal.
    Or le cortex frontal est le siège de nos pensées de notre réflexion, de l'organisation de nos actes et notamment de la prévision de leurs conséquences en vue de la prise de décision. Certes cette évolution ne veut pas dire que le jeune est incapable de réfléchir, mais il le fera différemment de l'adulte.


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    On peut noter six points principaux :

   1 - Le cerveau des adolescent  a des difficultés à concevoir le “long terme” et cela pour deux raisons : d'abord parce que les centres du cortex préfrontal qui effectuent ce travail sont les derniers à prendre leur constitution définitive, et d'autre part parce que l'ado n'a encore que peu d'expérience de la vie. (ces deux raisons sont sans doute liées, la maturation de ces centres se faisant plus lentement parce que la vie d'adolescents ne leur fournit pas assez l'occasion de fonctionner).
     L'adolescent a donc des difficultés à prévoir les conséuences de ses décisions et de ses actes.

    2 - L'adolescent évalue mal les risques qu'il court. Car là aussi c'est le cortex préfrontal qui doit faire cette évaluation. Des études menées sur des ados et des adultes ont montré que, pour des risques élevés, les centres chargés de cette évaluation étaient beaucoup moins actifs chez les;ados que chez les adultes et que pour des risques faibles, ils n'étaient même pas mis en alerte chez les ados. Ceci est d'ailleurs en partie lié à la moindre capacité de l'ado de prévoir les conséquences futures des actes qu'il envisage de faire.
    L'adolescent a donc tendance à prendre des risques exagérés qui peuvent entraîner des accidents, car face à une décisions qui comporte des risques, alors que l'adulte essaie de choisir celle qui en comporte le moins, l'adolescent ne sait pas faire ce choix.
    Il est certain que les usages de la société actuelle et le laxisme des parents rendent en outre leur conduite plus dangereuse et les jeux vidéos où l'ont peut faire n'importe quelle action catastrophique car on possède “plusieurs vies” ne forment pas leur cerveau à l'évaluation des risques.
    De plus on constate que les risques pris sont en général plus élevés en groupe que seul, et cette influence du groupe sur la prise de risque décroît avec l'âge.

    3 - L'adolescent n'est pas motivé et on a des difficultés à lui donner une motivation. Cela résulte de la formation de son cerveau, mais aussi de la société actuelle qui n'entraîne plus son cerveau à l'effort volontaire.
    Dans le système de motivation trois types de centres interviennent : le circuit de la récompense (dit du plaisir par les journalistes : t et septum notamment), qui est beaucoup moins excitable chez un adolescent; certains centres du cerveau émotionnel qui ne sont pas aussi sensibles chez l'adolescent que chez l'adulte. Enfin le cortex préfrontal qui organise nos actions et gère donc leur prévison et nos décisions.
    L'adolescent a donc besoin d'excitations, de motifs plus forts pour le motiver.
    Mais autrefois le sport et l'école étaient ses principales occupations et lui donnaient un “entraînement” à la motivation et à l'effort. Les professeurs arrivaient à donner envie d'apprendre et de savoir à la plupart de leurs élèves.
Aujourd'hui l'adolescent est souvent dans un canapé devant la télévision, ou très excité par un jeu vidéo ou internet dans un fauteuil devant son ordinateur. Excitation forte sans le moindre effort, cela n'entraîne pas son cerveau à la motivation et par ailleurs la société de consommation lui donne maints sujets d'intérêt autre que ses études et les professeurs ont beaucoup de mal à lui donner une certaine curiosité intellectuelle.
    Les centres du cerveau qui devraient nous motiver sont donc insuffisamment entraînés et donc moins performants.

    4 - L'adolescent gère mal ses sentiments, ses émotions et ses pulsions. Cela résulte d'un quadruple processus.
    D'une part nous avons dit que son cortex préfrontal était inachevé et c'est lui qui contrôle en partie nos pulsions par le raisonnement et la prévision de leurs conséquences.
    D'autre part on constate chez l'adulte une diminution de l'activité des centres amygdaliens qui sont à l'oriine de la colère de la peur, du stress. L'adolescent est donc plus sensible à ces réactions.
    Cela est d'autant plus vrai que la puberté avec son cortège d'hormones entraîne des modifications de concentration des neuromédiateurs et notamment de la sérotonine qui contribue à gérer nos humeurs.
    Quatrième point, l'adolescent interprète moins bien les émotions d'autrui, car il semble que ses “neurones miroirs” (voir un article que j'ai fait sur ces neurones), soient encore insuffisamment développés, sans doute parce que l'expérience limitée de l'ado ne les a pas encore suffisament entraînés.

    5 - Le cerveau de l'adolescent gère mal la distinction entre la fiction et la réalité.
    L'imagerie cérébrale a montré que outre les centres qui nous permettent de voir, de lire et de comprendre ce qui nous est présenté, face à une fiction ou à une histoire réelle, les centres activés du cortex frontal et du cerveau émotionnel ne sont pas les mêmes.
    Les zones activées dans le cas de phénomènes réels sont ceux qui permettent de rechercher et de rappeler dans notre mémoire des souvenirs.
Il semble donc que notre cerveau cherche à comparer à nos souvenirs l'histoire présentée. S'il trouve une correspondance il continue à comparer cette histoire à nos souvenire, sinon il la considère comme fiction et passe la main à d'autres centres du cerveau.
    Il est certain que l'adolescent ayant une expérience moindre de la vie, fait moins facilement cette différence et d'ailleurs certains adultes insuffisamment “entraînés” ont du mal à la faire également.

    6 - Sixième point important le taux de mélatonine, neuromédiateur qui régule notre horloge biologique varie avec l'âge et n'est pas le même chez l'ado que chez l'enfant ou l'adulte.
Cela explique que l'adolescent se couche tard, n'a pas dormi assez dans la période scolaire et a donc du mal à réagir dans la matinée et par contre n'arrive pas à se lever dans les périodes de vacances.
    En fait il faudrait éviter les boissons et les activités excitantes le soir (télé tardive, jeux vidéo), favoriser le réveil le matin (douche sport..) et surtout essayer de garder toute l'année des rythmes éveil-sommeil voisins pour habituer l'organisme à un cycle constant.

    Vous avez maintenant une idée des raisons pour lesquelles un jeune et un adulte ne réagissent pas de la même façon, du fait de la constitution même de leur cerveau.
De plus les différences de génération (habitudes, éducation, culture) ne favorisent pas la compréhension.
    Mais j'attire également votre attention (et surtout celle des futurs parents que vous êtes), sur l'importance de “l'apprentissage” sur la formation du cerveau.
Les centres du cerveau ne se forment que s'ils sont entraînés.
    L'entrainement du cerveau et donc l'instruction, l'éducation, l'obligation d'un certain effort et d'une certaine contrainte sont les clés de la formation de notre intelligence et de nos capacités intellectuelles et sentimentales, notamment à prendre des décisions et à éviter les catastrophes, ou à surmonter nos épreuves.
    J'ai été amené il y a quelques jours à aider une de mes guenons à faire une dissertation sur une pensée de Sartre assez ésotérique : “Autrui est le médiateur indispensable entre moi et moi-même”. Cela m'a incité à faire cet article sur le cerveau car je pense que l'influence de la famille, des professeurs, de l'environnement sur le devenir futur des jeunes est un facteur essentiel, dans le développement de leur cerveau.

Par a-strange-girl le Lundi 22 septembre 2008 à 12:35
jaurais appris beaucoup de choses par ton article

Par kaa le Lundi 22 septembre 2008 à 17:07
L'adolescent a effectivement besoin d'explications. mais désire-t-il toujours les entendre ?
Il a aussi besoin d'écoute. Et les parents le font-ils tous suffisamment ?

C'est pour moi l'âge le plus difficile, et pourtant le plus intéressant de la vie.
Par Dalya le Mardi 23 septembre 2008 à 18:33
Merci pour ces explications. Notre cerveau est un outil bien compliqué qu'il est intéressant de connaitre ! Bonne continuation.
A bientôt
Par touchthesky le Mercredi 24 septembre 2008 à 12:25
C'est super comme article, enfin quelque chose qui nous concerne pourquoi on apprend pas ça en cour? C'est vrais au collège on apprend que la vie des adultes, en histoire en français en art en musique on a jamais rien qui nous concerne c'est comme si pour les gens importants l'adolescence n'éxistait pas.
Par Fabien Launay le Samedi 24 février 2018 à 17:08
Quel edito surprenant, un grand merci pour le job qui requiert du temps
Par Jeff Palmier le Vendredi 13 décembre 2019 à 16:07
Je vous applaudie par rapport à l’immense travail que vous faîtes. J’aurai probablement voulu encore d’autres informations
 

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