Mercredi 31 octobre 2012 à 7:26

Biologie, santé.

             Certain(e)s de mes correspondant(e)s, sachant que le laboratoire dont j'étais responsable autrefois, quand j'étais jeune ingénieur, faisait des études biologiques sur des animaux, me demandent ce que je pense sur l'étude sur les OGM, qui défraye actuellement la chronique scientifique et des médias.
            Donner un avis pertinent sur une étude dont on ne connaît pas tous les détails n'est pas possible, et je ne peux que consulter ce qui a été publié.
            Je ne me prononcerai donc pas sur la validité de l'étude.
            Mais je vais essayer de vous expliquer dans l'article d'aujourd'hui quel était le but de l'étude, et certaines précautions qu'il faut respecter quand on fait de telles recherches, et demain, de vous résumer les conditions et les résultats de l'étude, tels que les décrit la publication et de certaines précautions qu'il faut respecter quand on fait de telles recherches,.
 
            L'étude , menée par Gilles-Eric Séralini, de l'université de Caen, et publiée le 19 septembre dans la revue "Food and Chemical Technology", avait plusieurs objectifs, et c'est ce qui en a compliqué la réalisation.
            Cette étude s'intéressait au maïs NK603, commercialisé par la firme américaine Monsanto, génétiquement modifié pour résister au Roundup, l'un des herbicides les plus utilisés dans le monde, et dont on se sert aux USA, pour tuer les mauvaises herbes qui poussent dans les champs de maïs et l'étude était effectuée sur des rats mâles et femelles.
            Mais non seulement on étudiait les effets de l'ingestion de ce maïs OGM, mais aussi les effets délétères du Roundup seul, et ceux du maïs que l'on aurait quand même traité au Roundup.
            Se donner autant d'objectifs a obligé à diminuer le nombre de rats dans chaque groupe, ce qui a suscité quelques critiques.
            La revue qui a publié l'étude est très sérieuse et ne publie pas n'importe quoi. Elle vérifie la qualité de la publication avant de la diffuser.
            Mais il est certain qu'une publication ne résume que l'essentiel et, pour connaître vraiment ce qui a été fait, il faudrait pourvoir accéder aux cahiers de laboratoire.
 
            Quelques explications sur le Roundup, sur la modification génétique du maïs et sur les essais sur animaux.
 
            Le Roundup est une marque d'herbicides de la compagnie américaine Monsanto, dont l'agent actif est le "glyphosate". C'est un herbicide non-sélectif, commercialisé depuis 1975, qui agit sur la partie aérienne de la plante et non sur les racines, utilisé en épandage notamment. Il a l'avantage de permettre de planter dans la terre peu après le traitement,  mais c'est un produit irritant et toxique pour l'homme.

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          Pour qu'il n'attaque pas les plantes de culture, la firme Monsanto a modifié génétiquement des semences, notamment le maïs et le soja.
            Le glyphosate (pour ceux qui sont fanas-chimie le N-(phosphonométhyl)glycine, voir les formules ci contre), est un inhibiteur d'enzyme, et notamment d'une enzyme appelée EPSP, qui est un agent très important de la croissance des plantes.
            Cette enzyme catalyse la biosynthèse d'acides aminés aromatiques dans les plantes et les bactéries, qui sont indispensables pour la synthèses des protéines qui vont être ensuite à la base des divers tissus de la plante. SI cette enzyme n'est pas présente, la plante meurt.
 
            Un organisme génétiquement modifié (OGM) est un organisme vivant (micro-organisme, végétal, animal) ayant subi une modification non naturelle de ses caractéristiques génétiques initiales, par ajout, suppression ou remplacement d’au moins un gène.
Plus succinctement, on appelle OGM tout organisme hébergeant un ou plusieurs gènes provenant d’une espèce à laquelle il n’appartient pas.
            C'est donc un organisme dont on a modifié certains ADN, ce qui modifie ensuite ses acides aminés et ses protéines.
 
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            Pour modifier un organisme, on doit repérer d'abord le gène dont on veut modifier la fonction (c’est-à-dire le processus biologique dans lequel est impliquée la protéine codée par ce gène). Voyons comment on va modifier le maïs pour en faire un OGM
            Le principe est ensuite le suivant : isoler le gène, le détruire in vitro en partie pour qu'il n'ait pas les caractéristiques néfastes de la bactérie, et réintroduire ce gène détruit à la place du gène normal dans l'organisme que l'on veut modifier.
            La manipulation du gène in vitro nécessite un certain nombre d’étapes, et pour chacune d’elles, il faudra obtenir des grandes quantités du gène manipulé. Pour cela, à chaque étape, le gène est introduit dans des cellules bactériennes. Les bactérie utilisées se multipliant environ toutes les 1/2 heure, une grande quantité de bactéries (et donc de l'ADN manipulé) peut être obtenu après une nuit de culture des bactéries, dans lesquelles a été introduit l’ADN en question.
            Ces bactéries sont elles mêmes des OGM puisqu’elles hébergent de l’ADN qui ne leurs appartient pas (ici de l’ADN provenant du maïs). De même, le maïs dont le gène normal a été remplacé par le gène détruit est bien un OGM puisque nous avons modifié son patrimoine génétique de façon non naturelle.           
            Le maïs (ou le soja) au Roundup est un maïs, dont le gène qui détient le secret de fabrication de l’EPSPS a été modifié de telle sorte que le glyphosate ne puisse plus se fixer sur la protéine EPSPS, et ainsi ne puisse plus exercer son effet inhibiteur sur cette enzyme.
            Il est donc protégé contre l'effet destructeur du Roundup, que l'on peut utiliser contre les mauvaises herbes du champ, sans le détruire.

http://lancien.cowblog.fr/images/SanteBiologie-1/enzymeetmais.jpg
 
            On sait que le Roundup a une toxicité certaine et sa biodégradabilité est sans doute limitée.
         En janvier 2007, la société Monsanto a été condamnée par le tribunal correctionnel de Lyon pour publicité mensongère et l'avait été, quelques années auparavant, aux États-Unis. Depuis, il n'est plus possible pour Monsanto d'indiquer que le Roundup est un produit sans risques pour l'environnement, car il est connu que ses produits de dégradation s'accumulent en cas d'usage excessif, dans les nappes phréatiques.
 
         Par contre les maïs OGM étaient réputés inoffensifs, après avoir mené des études sur des rats pendant six, mois, à l'issue desquelles les résultats avaient été satisfaisants et les commissions agro-alimentaires avaient autorisé son utilisation comme nourriture pour des mammifères dont l'homme.
 
         L'étude de Gilles Séralini est un pavé dans la mare, et a donc fait grand bruit, mais il faut évidemment expliquer pourquoi ces diverses études ont des résultats contradictoires et savoir où est la vérité.
         Demain je parlerai de cette étude.
Par maud96 le Mercredi 31 octobre 2012 à 11:40
Il suffit de lire ici http://www.paysan-breton.fr/article.php?id=2538&recherche=0&word=glyphosate cet article du site "Le paysan Breton" d'il y a 10 ans, très "optimiste" sur les "faibles risques" du glycophosate, "inventé" par Monsanto mais depuis devenu "molécule libre", utilisé par des centaines d'herbicides "copieurs" de Monsanto (sans le dire !) Quand on sait le degré "d'inculture" écologique de nombres d'horticulteurs "du week-end" propriétaires de parcelles "résidences secondaires" sur la côte bretonne, qui achètent à tout va des herbicides en aérosol ou poudre dans les "jardineries" du Morbihan, on peut être inquiet !... sans compter les "excès possibles" des agriculteurs de métier !
Le principe de ces herbicides est qu'ils sont véhiculés par la sève jusqu'aux racines (donc le soir surtout) et qu'ils doivent être pulvérisés au moins 6 heures avant la prochaine pluie. Sinon ils sont "lessivés" dans le sol, jusqu'aux puits ou à la nappe phréatique, sauf si une couche d'argine les "retient" et neutralise... Leur "qualité" essentielle est d'être "soluble" dans le liquide (sève ou eau de pluie ou ruissellement). Le problème en cas de pollution accidentelle massive (un "bidon" qui serait éventré ou déversé près d'un puits ou dans une rivière), on a pas ou peu de "marqueurs" spécifiques du Glyphosate et que l'on compte sur la dilution massive ou le "lessivage" par eaux de pluie ou crues pour "digérer" le poison.
Lire ici :http://www.issep.be/files/files/Laboratoire_de_reference/Rapports_d_activites/RAPPORT_2009.pdf page 66 du document PDF sq.) le kit de tests rapides que teste un laboratoire flamand (Rapidtoxkit) pour déceler de telles pollutions "accidentelles". Un test qui utilise des organismes vivants...
Et ne parlons pas de la rareté des études à long terme sur des échantillons de population, la dispersion aquifère rendant ces études toujours "discutables". Mais la démarche à long terme du Pr Séralini est en tout cas le sens où il faut aller. Il est dramatique de voir que le productivisme et l'efficacité à court terme l'emportent toujours sur la prudence sanitaire et la protection des populations animales et humaines à long terme.
 

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