Jeudi 29 janvier 2015 à 8:09

Biologie, santé.

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  Deux correspondantes me disent avoir lu des articles disant que, selon une étude américaine, deux tiers des tumeurs cancéreuses seraient le fruit du hasard et ne pourraient pas être évitées et me demandent ce que j’en pense.
    J’ai consulté certains des articles en cause et une fois de plus, les journalistes en question ont voulu faire du sensationnel et n’ont pas cherché à comprendre ce qu’ils avaient lu.
    Il aurait été souhaitable que les articles en question aient été faits par des personnes ayant une culture scientifique et qui sachent ce que veut dire le « hasard » (ou aléatoire ), et comment on peut mettre au point des médicament et plus généralement la prévention et la thérapeutique.

    Il est très difficile de savoir pourquoi un événement se produit, quand il peut avoir des causes multiples. En général au niveau d’un individu (un cas particulier), on ne peut rien dire. Au niveau d’une population (un grand nombre), on peut faire une statistique.
    C’est difficile de mettre en lumière certaines causes parmi d’autres. On peut mettre en œuvre des méthodes statistiques particulières qui permettent de mettre en lumière certaines causes, à condition quelles soient relativement importantes par rapport aux autres.
    En fait, cela est bien plus compliqué, car ce qu’on met en lumière ce ne sont pas des « causes », mais des « corrélations statistiques », c’est à dire en simplifiant, que les chiffres varient dans le même sens, c’est à dire que deux phénomènes sont probablement « liés ».
    Mais cela ne veut pas dire que l’un est la cause de l’autre. Par exemple il y a corrélation entre la mortalité des vieillards et les dépenses de chauffage (plus on dépense en chauffage, plus il y a de morts !). Alors en déduirez vous que pour que les vieux meurent moins, il faut ne pas les chauffer ? !!! LOL
    Sans doute le temps froid favorise t’il certaines maladies.
    Et il y a même des cas où toutes les corrélations qu’on peut mettre en lumière ne correspondent à aucune cause pertinente. On ne sait pas à quoi est du le phénomène, même si son apparition correspond à une loi statistique.
     Par exemple un phénomène qui se produit dans une population selon une loi de Gauss, cela signifie seulement qu’il y a une multitude de causes multiples, qui n’ont toutes qu’une faible importance relative.   
    On dit alors que le phénomène est « aléatoire », et se produit au hasard.

    Les travaux auxquels font allusion ces journalistes sont ceux de deux chercheurs américains Cristian Tomasetti et Bert Vogelstein du Johns Hopkins Kimmel Cancer Center de Baltimore, publiés dans la revue Science du 2 janvier 2015
     L’étude américaine a sélectionné 31 cancers dont les données statistiques étaient disponibles et ils ont étudié le renouvellement des cellules souches à la base des organes en cause, puis ils ont comparé les statistiques des deux phénomènes.
    Ils ont trouvé que pour 9 de ces types de cancers, une cause très nette était déterminée, et que notamment dans ces neufs cas, la division des cellules souches de ces organes était beaucoup plus importante que dans les autres cancers. C’est la cas du cancer du poumon des fumeurs, du cancer du colon, du cancer de la peau et des rayons UV…………
    Par exemple, le rôle de produits cancérigènes tels le tabac reste majeur : pour le cancer du poumon, le risque « spontané » est multiplié par 70. Le tabac est impliqué dans 17 types de cancers, et il est responsable de plus de 20 % de la mortalité due à ces maladies dans le monde.
    On sait donc que dans ces cas, la dynamique de renouvellement des tissus est un facteur « essentiel », et que les causes qui agissent sur cette division, sont prépondérantes. On peut donc trouver des mesures de prébvention.
    Dans les 22 autres cas (par exemple pancréas, cancer du poumon des non fumeurs…), on ne pouvait mettre en lumière une cause prépondérante. (encore que, pour le cancer du poumon des non-fumeurs, on ne sait pas s’ils étaient exposés à un tabagisme passif).
    Alors on peut dire que la part du hasard est grande puisqu’on ne connait pas de cause prépondérante et qu’on ne sait pas à laquelle (ou lesquelles) des causes multiples ces cancers sont dus.
   
    En fait on peut aller plus loin. puisque dans ce cas du poumon, que l’on soit fumeur ou pas, les cellules souches sont les mêmes et se divisent à peu près de la même façon.
    La cause du cancer des non-fumeurs, pourrait alors être imputé à des mutations au niveau de l’ADN des cellules souches. Et on considère que ces mutations sont aléatoires

    Finalement donc la conclusion de l’étude est donc simplement la suivante :

    Sur les 31 cancers étudiés, 9 d’entre eux correspondent à des organes dont les cellules souches se divisent plus intensément et on peut isoler des causes prépondérantes. Donc on peut mettre en œuvre une prévention.
    Sur les 22 autres, on ne peut mettre en lumière de telles causes et on a supposé qu’ils étaient dus à des mutations cellulaires aléatoires.
    Effectivement on sait qu’il n’y a pas de cancer des rares tissus dont les cellules ne se renouvellent pas.
    Puisqu’on ne connaît pas les causes prépondérantes, on ne peut mettre de prévention en œuvre et il est plus difficile de chercher des médicaments. Mais cela ne veut pas dire qu’on ne peut les soigner, et il faut alors intensifier le dépistage.

  
  Il faut tout de même remarquer que, dans cette étude, les deux cancers les plus fréquents (sein et prostate) ne sont pas pris en compte.

    Supposons valable l’étude américaine.
    Ces 22 cancers seraient dus à des mutations cellulaires.
    On les dit aléatoires aujourd’hui.
    Mais rien permet de réfuter, qu’un jour, on aura fait des progrès en génétique et qu’une connaissance beaucoup plus grande des mécanismes du génome, permettra d’expliquer pourquoi certaines mutations apparaissent.
    SI cela arrive un jour, on pourra peut être connaître quelle est la part de l’hérédité e la cause prépondérante qui provoque la mutation entraînant certains de ces cancers qui ne seront alors plus dits « aléatoires ».
    De plus on connaîtra peut être certaines causes dus à d'autres facteurs, que l'on ignore aujourd'hui.
    On ne connaissait pas il y a quelques années les causes de certains cancers du col de l'utérus ou de la gorge. On sait maintenant qu'ils sont dus à des papillovirus.

    Nota : le schéma que je publie est dû à Celine Roy dans le Figaro. Il est moins complet, mais plus lisible que celui publié dans l’étude américaine, que l'on peut trouver sur internet si elle vous intéresse..
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