Samedi 3 février 2018 à 11:55

Notre cerveau; nos sens; système nerveux

Dans l’article précédent, j’ai essayé de commencer à définir ce qu’était « la conscience » au sens de « être conscient ».
    Aujourd’hui je vais essayer de le préciser et de parler d’un outil tout récent de mesure, décrit dans un article que j’ai lu dans la revue « Pour la Science ».

    En fait la conscience n’est pas manichéenne. On n’est pas conscient ou non conscient : il y a une gradation continue d’états que les médecins distinguent sur le schéma ci-dessous, la conscience complète étant obtenue quand on est réveillé.
    Ne pas confondre conscience et attention. Certes on ne peut faire attention si on n’est pas conscient, mais on peut être conscient et même éveillé et ne pas être attentif.

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    Les médecins distinguent d’abord ce que l’on appelle un « état non répondant », même si la personne dans le coma reste les yeux ouverts et en apparence éveillée. Dans cet état il n’y a aucune communication possible. Seuls les centres cérébraux de base indispensables à la vie et certains circuits réflexes comme ceux des mouvements des yeux ou de déglutition fonctionnent. Le patient ne répond pas à des stimuli sensoriels. Toutefois rien ne nous indique ce que peuvent ressentir intérieurement ces patients.

    La catégorie suivante est celle de toutes les personnes endormies en sommeil profond et des patients mis sous anesthésie pour une opération.  Il n’y a pas de communication, mais l’activité du cerveau reste importante : en fait il y a déconnexion du monde réel, car les centres d’interprétation des sens ne fonctionnent plus, le thalamus ne leur transmettant plus les influx nerveux.
    On peut assez facilement réveiller une personne endormie, mais par contre l’éveil n’est pas immédiat dans le cas d’une anesthésie. Mais chaque patient a une réaction différente vis à vis des anesthésiants, et il faut surveiller en permanence l’électroencéphalogramme pour éviter que le patient ne se réveille en pleine opération. Les neurones oscillateurs du pont cérébral imposent une fréquence basse de quelques hertz au thalamus, qui fonctionne au ralenti : les centres d’interprétation des sensations et le cortex préfrontal sont déconnectés; l’anesthésiant bloque en outre les influx nerveux de la douleur remontant vers l’hypothalamus.

    L’état suivant est celui de conscience minimale. Une communication minimale est possible. On peut obtenir une réponse à certains stimuli, des changements dans le regards, certains gestes minimaux volontaires éventuels, voire percevoir certaines réactions d’émotions. Le patient peut même émettre des sons, mais non des paroles. On est à la limite de la conscience.

    Viennent ensuite le sommeil paradoxal ou le réveil après anesthésie.
L’individu est encore coupé du réel, les centres d’interprétation des sens n’interprétant pas les signaux venus de l’extérieur, mais traitent des signaux internes (j’en reparlerai dans un nouvel article sur le rêve).
    Il y a réaction à des stimuli, même à la parole ou à des événements extérieurs, mais ces réactions sont inconscientes. Le cortex préfrontal  est presque complètement déconnecté et les centres moteurs sont inhibés (sauf les mouvements des yeux).

    Le syndrome d’enfermement en bout de schéma est une affection particulière dans laquelle le patient est éveillé et totalement conscient, voit tout et entend tout, mais ne peut ni bouger ni parler, en raison d'une paralysie complète des muscles, excepté le mouvement des paupières et des yeux. Les facultés cognitives  sont intactes. Il est consécutif à un AVC du tronc cérébral qui coupe la communication entre les centres moteurs et le corps, via la moelle épinière.

    Quelles sont les théories de la conscience ?
    L’une des plus vraisemblable, due à l’origine à un neurologue de l’université du Wisconsin, Giulio Tononi, considère que le cerveau doit être à la fois capable de gérer d‘énormes quantités d’information provenant de centres différents, et de les intégrer de façon cohérente, mais aussi de faire la différence entre des informations voisines, comme par exemple reconnaître des visages.
    La conscience ne serait pas localisée à un endroit particulier du cerveau.
    Il y aurait deux architectures différentes : l’une est constituée de centres ayant des fonctions définies et pouvant fonctionner en permanence, en parallèle : par exemple les centres d’interprétation des sens, de reconnaissance des visages, du langage, les centres moteurs …. C’est une architecture modulaire peu connectée.
    Une seconde architecture est un système de nombreux neurones interconnectés, qui prend en charge les « synthèses » d’informations issues des modules du précédent système. A chaque moment ce second système saisit une scène qui correspond à une synthèse et les trois acteurs principaux sont le cortex préfrontal, chef d’orchestre du cerveau, l’hippocampe, organisateur de la mémoire, et les zones de mémoire associative.
    Un exemple concret : si on fait voir une phrase de façon subliminale (au dessous d’un seuil conscient de perception de 0,04 seconde), celle-ci est cependant entendue et lue, mais tout s’arrête là dans le cerveau. Au dessus de ce seuil, de nombreux autres centres s’activent, car le cerveau envoie l’information à tous les centres susceptibles de s’en servir, et notamment au chef d'orchestre, le cortex préfrontal, notamment pour comprendre la phrase et mémoriser l’information, voir déclencher une action. La phrase est devenue consciente.
    Chez les patients inconscients, les centres modulaires peuvent continuer à fonctionner, s’ils ne sont pas détruits, mais l’information qu’ils élaborent n’est pas transmise aux autres et ne provoque donc pas de réaction.
   
    Dans le prochain article, je parlerai d’une mesure de l’état de conscience.

Par jazz le Dimanche 4 février 2018 à 15:35
un musical et poétique bonjour Jean-pierre
A+ du troubadour Emmanuel
 

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