Samedi 28 juillet 2012 à 17:00

Biologie, santé.

    Il y a cinquante ans, la consommation d’alcool était surtout une affaire d’adultes.
Aujourd’hui, ce qui est plus inquiétant c’est devenu une habitude de jeunes, surtout dans les pays nordiques.

    Mais le phénomène s’étend en France de plus en plus, et mes correspondant(e)s me rapportent régulièrement les méfaits de telles beuveries.
    La consommation d’alcool a certes augmenté et varie avec les pays, l'age et le sexe, mais dans tous les pays, certains jeunes pratiquent le « binge drinking »,  consommation d'au moins cinq verres d'alcool durant une même fête dans le but d’être ivre.
    Cette conduite augmente de façon  importante : en France, entre 16 ans et 17 ans, elle est passée de 33 % a 56 % pour les garçons et de 23 % a 36 % pour les filles.
    Si toutes les consommations, qu'elles soient occasionnelles ou régulières, augmentent avec l'âge, c'est surtout l'ivresse qui s'installe progressivement au cours de l'adolescence.
    Le graphique ci-dessous donne une statistique de 2008 sur l’ivresse des jeunes dans les pays européens.

http://lancien.cowblog.fr/images/SanteBiologie-1/alcool.jpg

    On peut compléter ce tableau par les données suivantes : en 2010, en France
        - 59% des enfants de 11 ans déclarent déjà avoir bu de l’alcool, ils sont 72% à l’âge de 13 ans et 84% à 15 ans.
        - 41% des jeunes de 15 ans déclarent avoir déjà été ivres, contre 30% en 2005 ; à 17 ans, ils sont 59,8% à avoir déjà été ivres, et 25,6% de manière répétée
        - les adolescents français préfèrent la bière (40%) et les spiritueux (39%), à moindre niveau le vin (24%)
        - à 16 ans, la consommation régulière d’alcool (au moins 10 fois dans les 30 derniers jours) est plus importante chez les garçons que chez les filles (17% contre 10%) et sont plus souvent ivres (47% chez les garçons, 39% chez les filles). Cette différence tend toutefois à s’atténuer.
         - l’essentiel de la consommation se fait hors du cadre familial et plutôt en fin de semaine.
        
     En Europe, la consommation tout comme l'ivresse augmentent entre l'âge de 11 et de 15 ans, et ce quel que soit le pays. Cette augmentation est indépendante du niveau de consommation (ou d'ivresse) initial, et n'est pas plus faible dans les pays où les jeunes de 11 ans sont peu nombreux à boire (ou à  s'enivrer).
    Cette augmentation est plus ou moins progressive. En France, comme dans la majorité des pays, l'augmentation se situe surtout entre 13 et de 15 ans, alors qu'elle est plus progressive au Royaume-Uni, en Italie et, dans une moindre mesure, au Portugal. En France, cette augmentation est également moins importante qu'ailleurs
      Dans certains pays, le comportement des filles diffère de celui des garçons. En France, en Italie, au Portugal, en Belgique et en Pologne, les garçons consomment davantage d'alcool (et s'enivrent plus souvent) que les filles, alors qu'en Allemagne, en Finlande et au Royaume-Uni, il y a peu de différences. Les filles s'enivrent même plus que les garçons au Danemark ou au Royaume-Uni. Cette différence de consommation entre garçons et filles est à relier non seulement au statut de l'alcool, considéré comme une boisson virile dans la majorité des pays du Sud et de l'Est de l'Europe, mais aussi au statut de la femme. Dans les pays oil l'écart entre les hommes et les femmes est important (salaire, participation a la vie politique et sociale, etc.), l'écart entre le comportement des adolescents et des adolescentes l'est aussi.
     Outre l'âge et le sexe, la catégorie socioprofessionnelle des parents influe aussi sur la consommation des adolescents. Dans les pays du Nord comme dans les pays anglo-saxons, plus le niveau d'études des parents est élevé, plus les jeunes consomment cool. Au contraire, dans les pays de l'Est, ce sont les jeunes dont les parents ont un faible niveau d'études qui sont les plus nombreux à consommer de cool.. En France, la consommation d'alcool est plus élevée parmi les enfants de cadres et ceux habitant les quartiers favorisés des grandes villes.

J’avoue que cette conduite des jeunes me laisse perplexe car je ne comprends pas l’intérêt et le plaisir de se soûler. Les études actuelles donnent quelques indications, qui sont résumées dans le tableau suivant et à contrario le deuxième tableau donne les raisons que donnent ceux qui ne veulent pas boire d’alcool exagérément :

http://lancien.cowblog.fr/images/SanteBiologie-1/motivalcool.jpg

     Chose étonnante, ce n’est pas « pour faire comme les autres » !
     La principale raison de recherche d’ivresse est « pour faire la fête et s’amuser »; je trouve personnellement qu’il y aurait bien d’autres façons plus intelligentes et moins dangereuses !
     Ce qui est grave c’est la proportion de réponses « par habitude » ou « par dépendance ».
     Quant aux réponses « pour vous calmer » et parce que vous avez des difficultés » sont de mauvaises raisons, car le tabac, l’alcool comme le cannabis sont plutôt des axcitants que des clamants, et qu’on ne supprime pas les difficultés pour autant, de telle sorte que, si on les oublie sur le moment, elles reviennent en force ensuite et en général avec un accompagnement dépressif.

http://lancien.cowblog.fr/images/SanteBiologie-1/motivpasalcool.jpg

     Quant aux jeunes qui ne souhaitent pas boire, je comprends tout à fait la raison « je n’y vois pas l’intérêt » et « c’est dangereux pour la santé » et je les partage.
     Mais je suis très étonné de ne pas voir comme raison le fait de ne plus se maîtriser, de ne plus raisonner sainement, et de risquer ensuite accidents ou actions catastrophiques.
     Personnellement je me suis souvenu toute ma vie d’avoir vu un camarade, pourtant d’une intelligence remarquable, ayant trop bu, mettre sa tête dans la cuvette d’un wc et tirer la chasse d’eau pour se rafraîchir ! Cela m’a paru tellement humiliant d’en arriver là, que cette vision m’a dissuadé à jamais de boire trop d’alcool.




 

Par alyane le Dimanche 29 juillet 2012 à 21:03
Votre article me fait penser à un autre que j'ai lu dans un magazine. Des femmes jeunes (la trentaine) boivent beaucoup d'alcool pour éviter de grossir et négligent les repas. Elles se nourrissent avec l'alcool et sont souvent plus très claires. Ce phénomène aurait tendance à augmenter.
Par Yggdrasil le Mardi 31 juillet 2012 à 15:13
Encore une fois, je me sens décalée par rapport à ma génération. Personnellement, je ne sors pas le vendredi soir ou le samedi soir, parce que je sais que beaucoup de jeunes de mon âge sont proprement incapables d'être raisonnable sur l'alcool. Quand on n'en boit pas soi-même, ça n'a rien d'amusant d'être entouré de gens qui sont dans un délire totalement incompréhensible...
J'ai toujours un peu de mal à comprendre pourquoi, pour s'amuser, il faut nécessairement se saouler. N'y a-t-il pas un problème de ce côté? Devoir se déshiniber par l'alcool pour se sentir bien et passer un bon moment, ça montre dans une certaine mesure que quelque chose ne va pas bien dans la tête de la personne en question...

En plus, je continue, je dois avouer que j'ai beaucoup réfléchi à la chose parce que se sentir à part n'est jamais très agréable - je ne boirai pas pour m'intégrer pour autant, faire le mouton c'est pas montrer son intelligence... - mais je ne comprends pas l'intérêt de se saouler pour finir à vomir dans la cuvette des wc et la plupart du temps ne pas se souvenir de sa soirée... Vraiment, où est l'intérêt là-dedans? Ne vaut-il pas mieux passer une soirée tranquille, avec un alcool modéré (ou pas d'alcool selon les choix) à rire avec ses amis et pouvoir l'évoquer avec plaisir plus tard?

J'entends souvent "On va fêter ça en se prenant une murge!", ce que je trouve absurde, et qui m'effraie aussi en même temps.

Enfin, je trouve que ce qui peut être fondamentalement dangereux, c'est le fait de ne plus pouvoir se contrôler... on se met autant en danger soi-même que les autres qui n'ont rien demandé - exemple de l'alcool au volant, mais il y a d'autres cas de figure approchant - et je trouve que c'est être totalement irresponsable que de risquer la vie d'une autre personne juste parce qu'on a voulu se saouler. Mais je pense que peu de gens y songent... preuve que les méfaits de l'alcool sont soit incompris, soit pas intégrés, soit ignorés délibérément.

J'ai comme l'impression certaine depuis quelques années que ma génération a un sérieux problème avec l'alcool. Pas tout le monde, je connais des gens qui pensent comme moi, mais la plupart du temps mon point de vue n'est pas compris et je passe pour quelqu'un de trop coincé. Sauf que moi justement, je n'ai pas besoin de boire pour m'amuser...

Voilà, un très long commentaire. Votre article tombe à pic, j'ai beaucoup parlé avec mes parents à ce sujet ces derniers jours justement.
 

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