Mercredi 11 janvier 2012 à 8:09

Drogue, alcool, addictions

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   J’ai reçu diverses remarques de fumeurs de cannabis qui n’ont pas apprécié mes articles et ont été chercher dans la documentation tout ce qui pouvait minimiser les effets de cette drogue, et par ailleurs ils n’ont pas lu de documentation scientifique à ce sujet, mais des articles très généraux.
    En outre ils ont mal lu mes articles car ils leur font dire des choses que je n’ai pas écrites.
    Il me paraît donc important de résumer certaines notions sur les effets de cette drogue, car comme la nicotine du tabac, le cannabis est une drogue, certes moins dangereuse que les drogues dites “dures”, mais fumer du cannabis à titre “récréatif” comme disent certains, est encore plus dangereux que fumer du tabac.


    1. ) - Les fumeurs de cannabis sont rassurés parce qu’on “ne meurt pas en fumant du cannabis, comme on meurt du tabac.” Grosse erreur.
    On peut mourir du tabac parce qu’il induit des cancers. Sur le cannabis les temps de latence sont tel,  qu’on n’a pas encore de statistiques, mais on en reparlera dans 10 à 20 ans, quand certains cancers apparaîtront.
    Toutes les études faites par les chercheurs en biologie montrent que les effets cancérigènes du cannabis sont supérieurs à ceux du tabac avec un facteur 10 à 20, selon les études.
    Donc on mourra plus du cannabis que du tabac si on en fume autant.

    2. ) - Les fumeurs de cannabis sont rassurés parce qu’on “ne risque pas d’overdose”. C’est vrai il n’y a pas d’overdose au sens strict et je l’ai toujours dit dans mes articles.
    Par contre on a constaté des comas par absorption importante à la fois de THC et d’alcool, sans qu’on puisse dire si la cause était plus le fait d’un des deux produits (en fait une action sans doute conjuguée).
    Par ailleurs on connaît la valeur d’une dose létale de THC, mais elle est plusieurs dizaines de milliers de fois supérieure à celle utilisée en fumant occasionnellement., alors que pour les drogues dures ce facteur est de l’ordre de dix.
    Il faut aussi savoir que, même à de faibles doses, les personnes qui ne sont pas en bonne santé, peuvent avoir des manifestations respiratoires ou cardiaques plus ou moins graves, certaines ayant entraîné la mort par arrêt cardiaque.

    3. ) - Les fumeurs de cannabis sont rassurés parce qu’on “ne risque pas de dépendance “. Erreur, tout dépend ce qu’on entend par là.
    C’est vrai qu’il n’y a pas ou peu de dépendance physiologique (comme avec la nicotine du tabac) : la très grande majorité des consommateurs de Cannabis qui n'utilise ce produit qu'occasionnellement,t peut cesser définitivement son utilisation sans grande difficulté.
    Par ailleurs il n’y a pas de manifestations physiologiques de manque, comme avec les drogues dures, et de manière beaucoup plus faible, avec la nicotine.
    Par contre il y a une dépendance psychologique due à deux raisons :
        - le THC agit sur les centres de la récompense et provoque donc une libération de dopamine.
        - le cannabis a un effet euphorisant et il est donc majoritairement utilisé par des gens “mal dans leur peau” pour oublier leurs ennuis. Mais lorsque l’effet est terminé, on se sent alors plus mal (les problèmes sont toujours là!) et le stress augmentant, on reprend donc plus facilement de la drogue pour oublier à nouveau.

    4. ) - Les fumeurs de cannabis sont rassurés parce que les effets sont très différents d’une personne à l’autre, comme pour le tabc ou l’alcool. C’est vrai.
    Alors on se croit évidemment mieux loti que le voisin de même qu’on pense qu’on conduit trop bien pour avoir un accident sur la route.
Le nombre de récepteur de THC dans le cerveau n’est pas le même et sa dégradation peut être plus ou moins rapide.
    Les effets dépendent ensuite beaucoup de la fréquence avec laquelle on fume; en plus les “joints peuvent être différents et la dose de THC dépend aussi de la façon dont on le fume.
    Pour des fumeurs chroniques, on constate souvent une modification du comportement : la personne perd peu à peu le sens des réalités, n'a plus de bon sens et devient apathique, perd sa capacité de se projeter dans l'avenir, son élan vital, et se désintéresse de tout. Ses capacités intellectuelles et de communication diminuent et des difficultés se manifestent en général dans le monde du travail ou à l'école, le risque à terme étant une désinsertion sociale progressive. Cet état de passivité est en général réversible à l'arrêt de la prise de drogue.
    Des effets nocifs sur la mémoire ont été constatés par tous les chercheurs, mais sont en général réversibles. Cependant pour des fumeurs très importants, on contate des dégradations permanentes sur l’hippocampe (le “professeur”de la mémoire”). Voir mon article du 28/11/2011.
   
    5. ) - Les fumeurs de cannabis sont rassurés parce que, d’après le dictionnaire, le cannabis n’est pas un neurotoxique. Là c’est une question de vocabulaire.
    Si on dit “un” neurotoxique (nom), en effet on appelle en général ainsi des toxiques qui agissent sur le système nerveux à l’image de l’acétylcholine et qui donc bloquent les muscles puis les poumons et enfin le coeur (par exemple de nombreux organophosphorés; j’en ai étudié les effets autrefois en laboratoire). Le cannabis n’a pas ces effets.
    Par contre si on utilise l’adjectif “neurotoxiqu”e, oui le cannabis est toxique pour les neurones, par l’action de la THC sur ses récepteurs.

    6. ) - Les fumeurs de cannabis sont rassurés parce que, me disent ils, "même à forte dose le cannabis permet de garder ses repères de la réalité, contrairement à l’alcool.” Enorme erreur.

    Même à faible dose, fumer du cannabis se traduit par :
        - une augmentation du rythme cardiaque;
        - une diminution de la salivation (bouche sèche);
        - un gonflement des vaisseaux sanguins (yeux rouges);
        - une stimulation de l’appétit, mais parfois une sensation de nausée;
        - une certaine décontraction musculaire.
        - une sensation d’euphorie, de bien être;
        - une baisse de l'attention et de la concentration;
        - une action sur le cerveau préfrontal qui entraîne une sous-estimation importante des conséquences de ses actes et notamment du danger.
           Il en résulte que le danger du cannabis au volant est bien plus important que celui de l’alcool, car on se rend moins compte de son état et de son inaptitude à conduire. Le mélange alcool-cannabis est extrêmement dangereux pour un conducteur.
        Je connais des personnes qui se croyaient “peu sensibles au cannabis” et qui ont eu eu des accidents à répétition, parce qu’ils conduisaient ayant simplement pris un verre d’alcool et fumé un ou deux joints. Une personne qui avait fumé seulement trois ou quatre joints dans la soirée, a pris - de jour en été - à 90 km/h un tournant limité à 60 et a embouti un pylône. Il a eu de la chance de s’en tirer, mais pas sa belle et grosse voiture presque neuve.
   
     En résumé, on peut donc dire qu'une prise peu fréquente de cannabis pour quelqu'un en bonne santé, qui n'est pas particulièrement sensible ou allergique à ce produit, est relativement sans danger important, comme de fumer une cigarette de tabac de temps en temps, mais à condition de s'abstenir absolument de conduire un véhicule ou de se servir d'une machine dangereuse.
         Par contre, si l'usage régulier de cannabis n'entraîne pas de maladie spectaculaire et mortelle, il est néanmoins nocif pour le cerveau, et cela d'autant plus que l'individu est jeune.
         Enfin fumer du cannabis lors d'une grossesse est dangereux pour le foetus dont le cerveau est en pleine formation et des anomalies peuvent être constatées; le THC franchit en effet la barrière placentaire, de la même façon qu'il franchit la barrière hémato-encéphalique qui protège le cerveau.
         Quant à l'utilisation médicale du cannabis, elle est tout à fait utile, comme celle de la morphine, pour combattre la douleur ou dans certains cas d'anorexie, pour stimuler l'appétit, mais c'est sous contrôle médical.

       
Par MiMiNe le Samedi 14 janvier 2012 à 9:56
On sait que c'est dangereux pour le cerveau, la mémoire (d'après tes articles et d'autres...) mais est ce que c'est ses effets s'observent sur la longueur (quand ils seront plus vieux par exemple) ou alors c'est censé être "immédiat" ?
Par lancien le Samedi 14 janvier 2012 à 12:12
Les seuls effets immédiats dangereux sont les perturbations des sens et surtout du cortex frontal qui entraînent une conduite de mécanismes (comme une automobile) qui peut être dangereuse et irresponsable ou une consommation très forte de cannabis associée à l'alcool qui peut entraîner un coma chez certaines personnes. A long terme on verra sans doute apparaître chez des fumeurs réguliers des cancers car l'effet cancérigène est plusieurs fois celui du tabac.
Pour avoir des effets relativement permanent sur la mémoire notamment il faut de très gros fumeurs pendant des années.C'est du moins ce que l'on semble connaître actuellement.
Par MiMiNe le Samedi 14 janvier 2012 à 12:24
D'où ma question parce que je connais quelqu'un qui fume depuis des années, très régulièrement et il a une mémoire incroyable comparé à la mienne du moins ! ;)
Par MiMiNe le Samedi 14 janvier 2012 à 12:25
(et je fume pas)
Par reaxxxion le Dimanche 15 janvier 2012 à 8:13
J'ai une amie qui a commencé comme ça. Quelques joins en soirée. Aujourd'hui elle fume tous les jours, n'importe quoi qui se fume (même à la fac parfois), et là elle a carrément abandonné ses études. Elle n'avait plus aucune motivation, n'arrivait plus à se lever le matin... Bref. La dépendance psychologique ? J'y crois.
 

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