Jeudi 23 mai 2013 à 8:09

Sculpture, musées, peinture

      Madame Lucile Beck, docteur es sciences en physique appliquée à l’archéologie, a travaillé dans différentes directions du CEA, puis à été détachée au ministère de la Culture, au Centre de recherche et de restauration des musées de France (au Louvre) pour intégrer puis diriger l’équipe AGLAE (Accélérateur Grand Louvre d’Analyse Elémentaire, spécialisé dans l’étude des œuvres d’art). Elle dirige actuellement le laboratoire du CEA JANNUS, entité regroupant trois accélérateurs couplés, permettant d’étudier l’effet des irradiations sur les matériaux.
    J’ai eu la chance d’assister à l’une de ses conférences, sur les méthodes d’analyse des œuvre d’art au moyen de rayonnements, notamment les peintures.
    Elle nous a d’abord présenté en quelques mots, le laboratoire du Louvre, créé en 1931, mais complètement rénové en 1988, dans de nouveaux locaux situés sous le Louvre et dans lesquels sont implanté des moyens d’analyse importants, dont AGLAE.
    L’utilisation de rayonnements UV, IR et X permet de faire des photos spectaculaire de tableaux, et de comprendre une partie de leur histoire, mais le travail du laboratoire est beaucoup plus général et plus complet.
    Il doit acquérir de très nombreuses données sur les matériaux constitutifs des œuvres d’art utilisés à différentes époques : par exemple pour les peintures, support en bois ou en toile, enduits, pigments, liants et charges des peintures, vernis...
    Il doit mener une mise à jour permanente des méthodes et des matériels utilisables pour l’analyse spectrométrique des œuvres, l’analyse physico-chimique et la datation des matériaux les constituant.

    La photographie sous rayonnements ultraviolets permet une analyse en surface, car elle entraîne une fluorescence de certains composés minéraux ainsi que beaucoup de produits organiques. C’est le cas des vernis utilisés pour protéger les peintures. Lorsque des restaurations sont faites par dessus les vernis antérieurs, elles masquent la fluorescence et apparaissent donc sous forme de plages sombres. On peut également apprécier l’épaisseur du vernis déposé.

    Le réflectographie infra rouge permet une analyse en profondeur, car elle pénètre les couches de peinture, permettant de visualiser les dessins sous-jacents initiaux, dans la mesure où ceux-ci fait avec des matériaux graphités, vont entrainer une absorption plus grande de l’infra rouge par le carbone.

    Sur les deux planches ci dessus représentant la Joconde (J) et St Jean Baptiste, (B), de Léonard de Vinci, les photos (a) sont en lumière visible, (b) en UV et (c) en IR.
    On voit sur Jb, les restaurations, notamment celle faite après une dégradation par un visiteur en 1956, et on constate que la couche de vernis est beaucoup plus fine et irrégulière sur Jb que sur Bb, où elle est épaisse et oxydée, ce qui cache presque la peinture.
    Sur la Joconde, l’infrarouge en Jc fait apparaître une modification de l’emplacement des doigts de la main, la peinture masquant l’ancien dessin en lumière visible, de même que pour l’index de St Jean Baptiste.
On a pu voir par ailleurs qu’un voile de gaze était attaché à la robe de la Joconde, détail qui ne se voit pas en visible à cause du vieillissement des peintures et vernis.

http://lancien.cowblog.fr/images/ArchitectureArt/Joconde-copie-1.jpg
http://lancien.cowblog.fr/images/ArchitectureArt/StJB-copie-1.jpg

    En observant l’envers du tableau de St Anne de Léonard de Vinci, il semblait y avoir des traits peu visibles; l’examen infrarouge a fait apparaître des esquisses d’un enfant Jésus, d’un agneau, d’un crâne et d’un cheval.
    L’IR permet également de faire apparaître des signatures ou des éléments préparatoires, sous la peinture, qui permettent de lever le doute sur l’authenticité de certains tableaux, comme certains «Georges de la Tour».
    La radiographie aux rayons X , par pénétration de l’intérieur du tableau, permet d’établir un diagnostic sur son état de conservation, et notamment de déterminer les différents assemblages : support (type de bois, tissage de la toile, couches de préparation au blanc de plomb,  réparations....), couches successives de peinture (et donc éventuellement un autre tableau sous-jacent par dessus lequel on a peint.
    Ainsi, a musée d’Antibes, un portrait de son fondateur mécène, le général Vandenberg avait disparu et avait fait l’objet de vaines recherches par ses conservateurs.
Une radiographie X vers 1980 a permis de s’apercevoir que, lors de son séjour à Antibes, en 1946, Pablo Picasso avait peint par dessus cette toile,  son célèbre Mangeur d’oursins.

    Le laboratoire du Louvre réalise par ailleurs des analyses physico-chimiques, par des méthodes classiques : microscope à balayage, diffraction et fluorescence X, effet Raman, analyses infrarouge...
    L’utilisation d’ions issus de l’accélérateur AGLAE permet aussi des analyses non destructives en profondeur.
    De telles analyses ont permis par exemple, d’identifier l’origine des supports en obsidienne de tableaux de Bartolomé Murillo, dans un gisement  au centre du Mexique.
    On peut ainsi obtenir également des informations sur les différentes matières premières utilisées pour la réalisation d’un œuvre d’art, ou pour son traitement, et évaluer si ces matières ou ces procédés étaient disponibles à l’époque supposée de sa création.
    Ces méthodes peuvent être précieuses dans les matériaux non carbonés où la datation par le C14 est impossible.
    Une tête en verre bleu achetée en 1923 par le musée du Louvre était considérée comme une superbe antiquité égyptienne et exposée comme telle, sans quon sache de quelle princesse il s’agissait. Toutefois certains egyptologue lui reprochaient sa perruque de telle sorte qu’une campagne d’analyses a été décidée. La silice, le fondant, le stabilisant, l’opacifiant, le colorant furent analysés, en les comparant à des objets de verre égyptiens dont l’origine était sûre. et il apparut que certains produits utilisés pour la fabrication de la tête bleue correspondaient à des verres de l’époque moderne. C’était néanmoins un faux d’une grande qualité.

    La plupart des examens ont lieu dans le laboratoire du Louvre où sont transportées les œuvres, mais certaines sont intransportables, selon le lieu de leur exposition ou leur taille. Il a donc été nécessaire d’étudier des moyens d’analyse portatifs qui permettent de faire sur place une part importante des examens non destructifs.

Par maud96 le Jeudi 23 mai 2013 à 22:38
 

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