Lundi 31 janvier 2011 à 9:13

Biologie, santé.

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    Plusieurs d’entre vous m’ont demandé ce que je pensais de l’affaire du médicament médiator. J’aurai du mal à vous répondre de façon précise car je n’ai que les renseignements donnés par les médias.
    Au départ ce médicament était destiné à soigner des diabétiques en surcharge pondérale, donc une population restreinte de malades, et la dose était fixée à 2 à 3 comprimés par jour de 150 mg.
    Les essais de thérapeutique et d’effets secondaires avaient été fait pour cette utilisation, mais on ne peut pas toujours déceler des dangers très peu fréquents à ce stade.
    Par ailleurs on peut tolérer un certain risque très faible pour un malade si le médicament lui apporte une amélioration très importante de son mal, mais je ne sais pas quelle était l’efficacité du médiator dans le traitement du diabète.
    Mais il y a en principe un suivi épidémiologique et on doit déceler alors les anomalies et en tirer des conséquences;
    Par contre, on l’a utilisé ensuite comme médicament amaigrissant sur de nombreuses personnes, et là aucun nouvel essai ne semble avoir été fait. Non seulement les laboratoires Servier sont fautifs, mais également. les médecins qui l’ont prescrit ainsi à tort
    Je ne sais pas quelle surveillance a été faite mais plusieurs médecins avaient constaté avant 2000 la dangerosité de ce médicament au plan cardiaque et les instances de surveillance ne les ont pas écoutés et surtout n’ont rien fait quand d’autres pays l’ont interdit.
    Ces instances n’ont pas fait leur travail, puisqui’il n’a été interdit qu’en 2009.
    Je ne m’avancerai pas plus car je ne connais pas le dossier et je ne sais pas si toutes les pratiques douteuses que la presse prête aux laboratoire Servier, et son action de neutralisation des experts médicaux, sont exactes. Libération a prétendu également que l’avocat d’affaires du laboratoire était il y a quelques années, Nicolas Sarkozy.
    Ce qui est sûr c’est qu’un autre médicament de ces laboratoires, “l’isoméride” (un autre coupe-faim) a été également interdit et que le “daflon” (vasculo-protecteur), est considéré comme inefficace.

    Mais je voudrais profiter de cet article pour appeler votre attention sur le difficulté d’interprétation des études épidémiologiques pour nous qui ne sommes pas spécialistes.
    Je ne veux pas prendre un médicament existant comme exemple, mais Maud m’a raconté que, à la campagne, certains croyaient (ou faisaient croire à d’autres) que les limaces rouges étaient un médicament anti-grippe.  lol
    Alors je vais imaginer que nous testions ce type de médication, qui évidemment au départ, nous laisse sceptique car nous préférons encore avaler une pilule qu’une limace rouge crue. lol

    Pendant plusieurs années de nombreux tests de laboratoire doivent d’abord montrer l’ efficacité et l’innocuité du médicament sur des animaux , essentiellement des souris cobayes et lapins (il faut des mammifères) et éventuellement des singes.

    Dans le cas d’une molécule chimique, si elle est destinée à la lutte anti-microbienne,  on la teste d’abord sur des cultures en laboratoire. Sur des bactéries, c’est assez aisé, car on peut les “cultiver”, alors que pour les virus c’est plus difficile car ils ne se développent que comme hôtes de cellules vivantes.
    Dans le cas d’un “médicament naturel” comme la limace rouge, il faudrait savoir quel est le “pricipe actif” chimique qui lui permet de lutter contre la grippe et faire les essais avec ce principe actif. Ce n’est pas du tout évident et pour donner un exemple, il n’y a que quelques dizaines d’années que l’on sait pourquoi les salicylates, au départ infusions d’écorce de saule, puis synthétisés dans l’aspirine, sont efficace contre les douleurs.
    Une autre difficulté provient du fait que les maladies, comme les effets secondaires ne sont pas exactement les mêmes chez les animaux et chez l’homme, et l’extrapolation est difficile et comporte une part d’erreurs. De plus chaque organisme a sa réponse propre.

    Il faut faire des essais sur l’homme, confiés à des médecins dans leur travail habituel quotidien.
    Donc nous voulons savoir si avaler des limaces rouges est sans danger, sans effets secondaires notables et comme les limaces existent dans la nature, on va rechercher des “mangeurs naturels de limaces”.

    Premier problème : aurons nous une population “représentative”?
    Nous allons trouver des mangeurs de limaces occasionnels, soit parce qu’ils ont la flemme de laver leur salade, soit des botanistes myopes et distraits.
    Mais les consommations de limaces seront faibles, inférieures aux doses prescrites pour être actives contre la grippe (connues d’après l’expérimentation animale), et ne seront peut être pas suffisantes pour déclencher des effets secondaires. Les statistiques risquent d’être faussées.
    Nous trouverons peut être de gros mangeurs de limaces dans une tribu d’Amérique du sud, mais alors ces personnes ne sont pas représentatives de la population mondiale et là encore l’étude risque d’introduire des artéfacts.
   
    Deuxième problème, si nous faisons une expérimentation en vraie grandeur sur des personnes dans les hôpitaux par exemple, comment la mener.?
    Ils nous faut des gens grippés mais aussi des gens sains à titre de comparaison, leur faire manger des limaces rouges selon les doses prescrites et voir ce qu’il se passe.
    Si notre expérimentation dure un an, nous verrons certains effets pendant dette période, mais pas des effets qui ont une période de latence plus grande. (les cancers par exemple mettent 12 à 15 ans à apparaître).
    Supposons que nous constations certains effets parmi une population de plusieurs milliers de “cobayes humains”.
    Si beaucoup parmi les dix milles expérimentateurs sont atteints, il est probable que la statistique soit significative, mais cela est rare car alors on a en général déjà eu le phénomène lors de l’expérimentation animale.
    Le plus souvent, pour un effet donné, on a un ou deux cas qui apparaissent, ce qui est déjà un taux élevé (1 ou 2 / 10 000). Alors le problème se pose, est ce vraiment dû à la limace rouge ? Il faudrait voir si ces mêmes effets se produisent dans d’autres circonstances (dus à des comportements courants dans la vie actuelle, alimentation, pollution, métiers....) et faire des comparaisons statistiques, ce qu’on appelle une analyse factorielle. La plupart du temps le nombre de cas rencontrés ne permet aucune certitude.
    Le seul moyen serait d’arriver à connaître la cause chimique ou bactériologique de ces effets et de la rechercher dans le corps de la limace, mais il est très rare que l’on ait cette connaissance scientifique.
    Très souvent ces effets existent “naturellement” (les cancers par exemple). Alors avec aussi peu de cas, on ne pourra pas dire si le taux de cancers provoqués par la limace est réel, ou si ce sont des cancers “naturels”. Supposons par exemple que le taux de cancers naturels soit de 1/100. 000, on ne devrait voir apparaître aucun cancer naturel dans 10 000 personnes. Mais cela c’est “en moyenne”. En fait sur un groupe particulier de 10 000 personnes vous pouvez avoir quelques cancers naturels de même que si vous jetez 10 fois une pièce de monnaie vous pouvez avoir 7 ou 8 “pile”, au lieu des 5 théoriques !  Dans le cas d'effets à long terme ou très peu fréquents, on ne peut savoir qu'au bout de plusieurs années de surveillance, quand le temps de latence est écoulé ou quand le nombre de personnes traitées est suffisant.

    Quant à l’efficacité du médicament, il faudra le tester sur diverses souches de grippe, mais les personnes malades ont elles mêmes des réponses immunitaires différentes, n’ont pas été contaminées par le même nombre de virus et en principe il faudrait un groupe sur lequel on essaie le médicament et un groupe “test” qu’on ne soigne pas pour pouvoir comparer, ce qui est impensable au plan éthique.

    Que l’on découvre des effets secondaires au début de l’utilisation d’un médicament n’est pas anormal, (voire même des années après vu la difficulté des expérimentations et les différences de sensibilité des personnes) .
    Ce qui n’est pas normal, c’est qu’on n’en tienne pas compte.
  
  Par ailleurs ce sont les industriels pharmaceutiques qui font ces essais en laboratoire et qui récoltent les données des médecins et évidemment ils sont tentés de trouver les médicaments, dont l’étude leur a coûté très cher, efficaces et peu dangereux en matière d’effets secondaires. Il est donc normal qu'on les surveille.
    C’est aussi eux qui font la formation des médecins sur les nouveaux médicaments.
    L’Agence Française du Médicament suit et contrôle toutes ces études, mais ses experts ont été formés au départ le plus souvent par l’industrie pharmaceutique, et Il n’y a pas de laboratoire public chargé d’essais de contrôle.
    On peut trouver une étude très intéressante sur ces problèmes dans un rapport fait au Sénat par Marie-Thérèse HERMANGE et Anne-Marie PAYET, en 2006, sur http://www.senat.fr/rap/r05-382/r05-382.html

    Cela dit il ne faudrait pas tomber dans l'excès inverse et arrêter de prendre des médicaments par peur desz effets secondaires ou en changer les doses sans l'avis de son médecin ou au moins de son pharmacien.
Certains médicaments peuvent présenter certains dangers si on arrête de les prendre sans précaution ou même si on en change le prescription.
    Et la maladie est encore plus dangereuse si on ne se soigne pas.
    Par contre il n'est pas recommandé si on n'en a pas déjà une grande expérience, de prendre un médicament sans l'avis du médecin ou du pharmacien, car eux seuls connaissent ses effets, les interactions avec d'autres médicaments, et par ailleurs lorsque vous prenez un médicament et que vous avez des réactions qui vous paraissent anormales, il faut le signaler au médecin qui vous l'a prescrit.
Par maud96 le Lundi 31 janvier 2011 à 12:42
Pour les limaces rouges, sûr qu'on ne trouvera sans doute jamais 10.000 "testeurs" volontaires pour les avaler toutes crues !
L'homme voudrait maîtriser la nature, et donc les maladies : mais entre la variabilité transformiste de la nature et les propres polluants produits par l'homme, la course semble perdue d'avance...
Par kaa le Mardi 1er février 2011 à 12:43
La cause majeure de cette crise du médiator est cette envie de maigrir par tous les moyens, y compris par la prise de médicaments. Si il n'avait été utilisé que pour ce à quoi il était vraiment destiné, on n'en serait sans doute pas là aujourd'hui.
La faute aux médecins ? Sans doute en partie, mais également celle des patients qui réclament à outrance des médicaments pour tout et n'importe quoi (en France, on est les champions en ce domaine).
 

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