Je vous ai donc dit hier que, pendant notre sommeil, le cerveau examine les souvenirs de la journée, en élimine une grande partie et pour ceux qu’il conserve, il les consolide et les classe de sorte qu'ils seront plus utiles le lendemain, plus résistants et plus durables.
    Il peut même faire un tri à l’intérieur d’un souvenir particulier, en ne conservant qu’une partie et en éliminant des détails jugés peu importants.


    Des études ont été faites sur des rats auxquels on avait implanté des électrodes dans le cerveau (correspondantes sensibles, rassurez vous, on les insensibilise lors de l’implantation et ensuite ce n’est pas douloureux). Ces rats apprenaient à se diriger dans des labyrinthes pour trouver de la nourriture et on suivait sur les électrodes, l’activité cérébrale de certaines régions de leur cerveau.
    Les chercheurs ont constaté que certains neurones de l'hippocampe - une structure cérébrale indispensable à la mémoire spatiale - créaient alors une carte du labyrinthe ; elles déchargeaient lorsque les rats parcouraient le labyrinthe.   
Ces neurones correspondent si bien au parcours que les chercheurs pouvaient suivre la progression des rats dans le labyrinthe simplement en détectant quelles étaient les cellules qui déchargeaient.
    Plus fascinant encore: quand ils ont enregistré l’activité de ces neurones alors que les rats dormaient, ils les ont vu continuer à décharger de la même façon. C'était comme si les animaux parcouraient le labyrinthe pendant leur sommeil.
    Et si l’on séparait les rats en deux groupes dont l’un après l’entrainement pouvait dormir alors qu’on empêchait l’autre de céder au sommeil, ce dernier groupe était ensuite nettement moins performant. Les rats s’étaient “entrainés” en dormant.


    En 2007, l'équipe de Philippe Peigneux et Pierre Maquet, de l'Université de Liège, a mis en évidence un mécanisme similaire de consolidation des souvenirs chez l’homme (évidemment sans électrodes dans le cerveau ^^). Les sujets devaient dire des paires de mots qu'ils avaient apprises. Six mois après, le rappel des paires de mots mémorisées activait plus fortement le cortex préfrontal si ces souvenirs avaient été encodés avant une nuit de sommeil que s'ils l'avaient été après.
    Le sommeil entraîne donc une modification de la représentation cérébrale des souvenirs qui persiste sur le long terme.

    L’équipe de Jeffrey Ellenbogen d’Harvard a montré en 2005 que le sommeil renforçait certains mécanismes de résolution logique de problèmes acquis pendant la journée.

    Elle a étudié également par imagerie par résonnance magnétique (IRM) les zones actives de cerveaux de pianistes.
    Lorsque les pianistes apprennent de nouveaux morceaux, ils répètent les passages difficiles jusqu'à ce que les enchaînements deviennent automatiques. Le processus d'intégration se poursuit durant le sommeil :  chez des personnes qui ont dormi après avoir appris des séquences difficiles de doigtés, différentes aires sont impliquées. Les régions cérébraies qui commandaient le mouvement des doigts étaient plus actives pendant les sessions d'entraînement qui suivaient une nuit de sommeil, comme si elles avaient gagné en dextérité.. Ces régions per- mettent d'accélérer le mouvement des doigts et de le rendre plus pré- cis. Au contraire, après le sommeil, les aires du cortex frontal et de l’attention consciente étaient moins actives, ce qui indique une diminution de l'effort conscient au cours de la tâche.
    Le sommeil a donc provoqué un transfert du contrôle des tâches entre différentes régions en renforçant l’apprentissage et les automatismes.

    J’ai déjà parlé du rôle des émotions sur la mémoire (cf. article catégorie “notre cerveau”, du 2 février 2009).

     Les effets du sommeil sur la mémoire ne se limitent pas à la stabilisation des souvenirs.
     Au cours des dernières années, des études ont montré que le processus de mémorisation, qui se produit durant le sommeil, opère un tri qui nous conduit à ne retenir que les détails les plus marquants, les plus utiles ou les moins nocifs.  
      
    Dans l'une de ces études, des images représentaient soit des objets déplaisants, soit des objets neutres devant un arrière-plan quelconque. Des sujets les ont regardées l'une après l'autre, et les chercheurs ont testé leur mémoire douze heures plus tard.
    La précision de la mémoire de tous les participants a chuté de dix pour cent pour tous les objets, sauf pour les objets chargés d'émotions et à condition que les sujets aient dormi. Au lieu de se détériorer, les souvenirs des objets chargés d'émotions semblaient au contraire s'être amplifiés au cours du sommeil.

    Comment le cerveau renforce-t-il certains souvenirs ? Risquons quelques hypothèses à partir de ce que nous savons des mécanismes de la mémoire.
    Les souvenirs sont créés par la modification de la force des connexions, dans les synapses, entre des centaines, des milliers, voire des millions, de neurones. En raison de ces renforcements, certaines configurations d'activité neuronale se produisent alors avec une plus forte probabilité que d'autres.
    Si l’on répète l’activation de  neurones qui déchargent simultanément, cela renforce leurs connexions
    Les neurones qui s'activent en même temps correspondraient à un souvenir. Lorsque cette configuration est réactivée, le souvenir est rappelé et plus on le rappelle souvent, plus il se renforce.

    On peut alors faire le schéma très simplifié suivant :

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/memorisationsommeil-copie-2.jpg


    Pendant l’éveil, le thalamus recueille toutes nos perceptions issues des centres sensoriels (voir mon article du 27 février dans la catégorie cerveau).
Il les envoie pour quelques secondes dans des interfaces de stockage soit perceptives (images, sons, senstaions de toucher...) soit sémantiques  (mots ) en même temps que des alertes éventuelles aux centres amygdaliens en cas de “danger potentiel”.
    Si le cortex frontal ou le cerveau émotionnel ne s’intéressent pas çà ces informations, elles sont détruites.
    Le cerveau émotionnel peut réagir à certains stimulus et l’émotion correspondante parcourt le circuit de Papez (dans lequel l’hippocampe est un élément moteur), et se renforce, entraînant une mémorisation à moyen terme
    Le cortex frontal statue sur l’intérât d’autres informations à caractère épisodique (les événements de la vie), ou éducatif (connaissances, expérience) et provoque également un stockage ou une mémorisation à moyen terme.
    Les souvenirs non mémorisés à moyen terme, mais stockes sont éliminés lorsqu’ils n’ont plus d’utilité (l’endroit où j’ai mis ma voiture au parking...)

    Pendant le sommeil, le thalamus et l’hippocampe dialoguent avec le cerveau émotionnel et le cortex frontal, pour faire remonter les souvenirs dans les centres d’interprétation, comme si on les percevait à nouveau et ils procèdent à un tri des informations pertinentes.
    Les informations mémorisées à moyen terme sont encore renforcées pour qu’une partie puisse être mémorisée à long terme.. L’hippocampe se sert probablement du circuit de Papez dans ce but.
    Les informations perceptives qui sont échangées avec les centres d’interprétation des perceptions donnet lieu à des images, sons... analogues à celles pendant l’éveil, mais sans aucune suite ni cohérence et elles sont totalement onconscientes. C’est une activité onirique qu’on ne pourra en aucun cas “raconter” plus tard.
    Par contre pendant le sommeil paradoxal dans lequel la fréquence du thalamus est proche de celle éveillé, on peut revenir à l’éveil c’est à dire à la conscience. Les images de cette activité onirique peuvent alors être conscientes et c’est le “rêve” dont on se souviendra ensuite. mais notre cortex frontal, tout à fait interloqué par leur incohérence essaiera d’y rajouter des explications logiques, la plupart du temps farfelues.
    L’éveil n’est pas possible spontanément pendant le sommeil profond, la fréquence du thalamus étant trop lente. (en fait ce sont des centres du cerveau central qui contrôlent cela - enon peut provoquer cet éveil en secouant fortement la personne, mais i l’éveil est alors brusque, le retour à la conscience est plus lent).

    Pour ceux et celles qui ne se rappellent plus ce qu’est le circuit de Papez, j’en republie une image ci-dessous.

    http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau1/Papez.jpg

   
Une dernière précision pour répondre à une correspondante : si tu veux que le sommeil t’aide à apprendre, il faut avoir appris avant pendant l’éveil. Toutes les expériences pour “apprendre en dormant” par exemple avec un magnétophone, se sont révélées négatives.
Dommage n'est ce pas !!
Par plop-maw le Dimanche 29 mars 2009 à 13:15
ouais c'est clair que c'est dommage xD.
Par plop-maw le Dimanche 29 mars 2009 à 13:18
D'ailleur cette nuit j'ai fait trois reves sur une meme histoire c'etait bizarre. Mon prof de physique chimie voulait me montrer un truc je crois que y'avais un rapport avec l'astronomie et c'etait chelou je crois que j'etais au palais des sciences et de la decouverte.. ><. Bref il s'est passe un truc et j'etais recherchee et tout le monde voulait me denoncer a la police... C'est ce qui s'est passe et j'attendais la peine. Ils m'ont mis pour 25 ans de prison, puis 6 mois puis une semaine... ahah j'angoissais a mort, je pensais que j'allais etre tuee en prison j'avais trop peur c'est violent ^^'. Je regarderais plus mon prof de physique chimie comme avant. =P
Par Diary-Adventures le Dimanche 29 mars 2009 à 16:42
Le sommeil a des vertus bienfaitrices il y a bien longtemps que cela a été admis. Mais j'ai bien aimé cet article j'ai eu l'impression de réviser mes cours de psycho ça ne fait jamais de mal. Par contre, j'émets toujours quelques doutes sur les expériences avec les rats ( bien qu'elles soient majoritaires ). Je ne remets pas en doute les conclusions des expériences, bien au contraire car elles ont été aussi démontrées par d'autres expériences, mais parfois on oublie de dire que la mémoire du rat est activée par le facteur nourriture et chez le rat, la nourriture joue un rôle des plus importants, conscient ou non. Apparemment ici ce n'est pas le cas mais certaines expériences oublient de mentionner ces détails. Voilà pourquoi j'ai toujours quelques doutes sur certaines expériences; mais là, ça a été prouvé par des tonnes d'autres tentatives avec d'autres sujets tests.
Par kaa le Dimanche 29 mars 2009 à 20:51
Et le changement d'heure et ses effets sur le sommeil ^^
Par alixxxounette le Mardi 31 mars 2009 à 11:44
La nuit porte conseil, rien de plus vrai bien sûr. Le but étant de réorganiser les informations dans un but, toujours le même : é-co-no-mie ! Le cerveau est plus performant s'il est organisé, car moins besoin d'attention, comme tu l'expliques ; donc, tâches effectuées plus rapidement, et avec moins de déperdition d'énergie.

Le sommeil a aussi des vertus de réparation non négligeables, et pour cause, si on empêchait quelqu'un de dormir, on verrait bien sûr de l'irritation, des comportements antisociaux, agressions physiques, sexuelles, des troubles du langage conséquent, mais aussi, et ça les scientifiques s'y attendaient peut-être moins, des lésions des différents tissus, des plaies qui se réinfectent et j'en passe. Dans tous les cas, l'état s'arrange au bout de seulement 6h de sommeil, et en cas de persistance de l'insomnie forcée, la mort est inévitable.

Et pourtant, on continue de jeter le haro sur le sommeil, cet affreux phénomène qui nous fait perdre 1/3 de notre vie... Peut-être que si on réapprenait aux gens toute l'importance du sommeil, ça éviterait quelques troubles fâcheux du sommeil disséminés partout dans notre société... Mais enfin là, j'extrapôle.
Par Rerel le Mardi 31 mars 2009 à 20:04
Voilà qui est bon à savoir :)
 

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