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         J'ai souvent des questions de mes correspondant(e)s sur la mémoire. C'est effectivement quelque chose de tellement important pour nous que nous souhaiterions mieux la connaître.
         J'ai déjà fait de nombreux articles que vous retrouverez dans la catégorie "notre cerveau, mémoire, inconscient" de ce blog.
         Une de mes affirmations vous a choqué lorsque je disais que nos souvenirs n'étaient pas fiables et se transformaient dans le temps.
Je vais revenir sur ce problème.
 
         Notre mémoire n'est pas celle d'un disque dur d'ordinateur: elle n'enregistre pas les informations avec exactitude.
         Nos souvenirs font l'objet d'une reconstruction mentale, qui se fait largement à notre insu.
         Cette reconstruction obéit à deux principes complémentaires : celui de vraisemblance qui demande que le souvenir reflète au mieux la réalité vécue, et celui de cohérence, qui implique que ce souvenir n'entre pas en contradiction avec nous-mêmes et ce que nous savons du monde qui nous entoure. Le travail de la mémoire vise à maintenir l'équilibre entre ces deux demandes contradictoires.
         C'est pour cela que deux individus ne gardent pas le même souvenir d'une même scène qu'ils ont vue l'un à coté de l'autre.
         Et la "prouesse" de la mémoire n'est pas tellement le fait d'enregistrer ce qui se passe, mais de le rendre cohérent avec nous mêmes.
         C'est d'ailleurs ce qui permet à notre cerveau de nous projeter dans l'avenir, (ou dans un autre contexte) à partir d'éléments mémorisés.
         C'est ce qui nous permet aussi d'être inventifs en rapprochant de façon inattendue des éléments qui étaient présents dans notre mémoire, mais qui n'avaient pas de lien entre eux.
 
         Je reparlerai dans les prochains articles de l'encodage des souvenirs, mais j'ai déjà écrit sur ce blog que la mémorisation était basée sur un lien de communication plus grand entre des neurones, et qu'inversement l'oubli était l'affaiblissement de ce lien.
         On verra demain que ce lien est modifié pendant notre sommeil et qu'il est renforcé chaque fois que nous évoquons le souvenir.
         Mais à chaque évocation, à chaque rappel il se reconstruit, et le cerveau peut y rajouter (ou en enlever des éléments) et donc le modifier.
 
         Le premier élément est le contexte du moment où nous avons perçu les éléments qui constitueront le souvenir.
         Bien entendu notre personnalité et nos capacités influent de façon générale : quelqu'un qui est naturellement un bon observateur enregistrera les faits et les images de façon plus précise que quelqu'un qui perçoit globalement une scène avec moins de détails.
         J'ai déjà écrit que le contexte émotionnel et sentimental influait beaucoup sur la solidité de l'encodage du souvenir et sur son contenu plus ou moins détaillé.
          Nous nous souvenons de façon très durable et détaillée de certaines scènes qui nous ont marquées émotionnellement et sentimentalement, de certaines paroles dites par des êtres chers... et à l'inverse, nous avons du mal à nous souvenir d'éléments traumatisants, qui sans doute ne sont pas oubliés, mais dont l'évocation qui consiste en un lien entre les neurones qui ont enregistré l'événement, l'hippocampe et ensuite le cortex frontal sont bloqués par des neurones de notre cerveau émotionnel.
 
         Ensuite nous évoquons de temps à autre ce souvenir et cette évocation devrait le renforcer; c'est vrai de façon globale. Mais nous n'évoquons pas le souvenir avec les mêmes détails avec les mêmes intensités que lors de l'enregistrement initial, parce que notre mentalité a changé, parce que nous ne nous intéressons pas aux mêmes choses, parce que nous avions une raison particulière pour cette évocation, qui nous fait rappeler de façon plus précise certains détails et en négliger d'autres.
         Le souvenir ne se renforce donc pas uniformément et il se transforme peu à peu.
 
         Enfin nous complétons le souvenir, ou nous l'amputons.
         A l'origine, par souci de cohérence avec nous même, nous n'acceptons pas dans ce souvenir certains élément qui ne nous semblent pas logiques ou vraisemblable, voire certains qui sont contraires à nos convictions, à nos sentiments.
         Demandez à plusieurs personnes, qui ont suivi une discussion de plusieurs hommes politiques, de vous raconter leur souvenir. Vous serez étonné des différences et si vous les analysez, vous verrez que c'est en cohérence avec les opinions de chacun des spectateurs.
         Mais par la suite nous complétons le souvenir.
         J'ai de nombreux souvenirs de mon enfance dont une partie non négligeable résulte de récits de mes parents, de photographie que j'ai vues.
         Il n'est pas exclu que dans certains cas, nos désirs, nos problèmes aient influé et que certains éléments de nos souvenirs soient de la pure fiction, des suggestions de notre cerveau.
         De même le cortex frontal qui réfléchit et vérifie les cohérences, peut trouver que le lien logique entre certains éléments du souvenir est douteux. Alors il y réfléchit, trouve une solution de continuité cohérente. Il est possible qu'au bout d'un certain temps elle soit incluse comme un élément appartenant au souvenir.
         De la même façon il peut s'enrichir de connaissances acquises par la suite, après le souvenir, et concernant un de ses éléments matériels ou humain, parce que vous avez compris après coup, certaines motivations, certaines causes, le lien entre certains éléments et vous intégrez ces explications au souvenir.
 
         Je me souviens de ce que disait un neurobiologiste : "nos souvenirs sont reconstruits de la même façon qu'un anthropologue construit tout ce que nous savons sur les hommes préhistoriques ou sur les dinosaures".
Par coldtroll le Lundi 25 juin 2012 à 14:32
c'est flagrant quand on montre une photo à une personne de lui enfant, d'une scène dont il a tout oublié, si on l'interroge quelque temps plus tard, certains auront oublié qu'on leur a montré une photo, et se "souviendront". Je pense d'ailleurs que beaucoup de souvenirs de notre enfance sont construits sur ce schéma... pas d'authentiques souvenirs, mais des souvenirs construits à partir d'éléments vus ou racontés plus tard...
 

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