Lundi 5 avril 2010 à 8:21

Libertés et règles

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    Obéissons nous sans objection à une autorité supérieure.?
    Cette question est beaucoup moins anodine qu’on ne croit. Elle est à la base de l’action de certains kamikazes.
    Elle a été récemment mise à la mode par des émissions de télévision qui voulaient se servir des expériences faites dans les années 60 par le psychologue Standley Milgram de l’université de Yale.
    Plusieurs correspondant(e)s m’ont demandé d’en parler.
    Je ferai donc deux articles sur les expériences de Milgram, puis deux autres sur l’influence de la télévision et du public.


    Est-il possible que les circonstances puissent transformer une personne ordinaire en un agent de torture et de destruction ?
    Les actes d’extermination, de torture, de sadisme et d’horreur ne manquent malheureusement pas dans notre monde.
    On pense en général à expliquer le comportement des acteurs de ces méfaits par des tendances individuelles anormales ou un fanatisme idéologique avéré, mais dans certains cas, on peut aussi attribuer ces actes à la soumission des individus aux ordres d'une autorité.
    En 1961, le procès d’un tortionnaire nazi Eichman, directement responsable de l'organisation de l'extermination de millions de juifs, gitans, communistes et homosexuels, a suscité certaines polémiques, notamment en raison des propos d’une philosophe allemande naturalisée américaine, Hannah Arendt, pourtant objective vu son appartenance à la communauté juive, qui l’a décrit comme un individu « ordinaire », c'est-à-dire manifestement dénué de toute psychopathie, peu enclin au sadisme, et sans convictions idéologiques susceptibles d'expliquer le caractère horrible de ses actes, et elle voyait en lui  l'incarnation de la « banalité du mal » et ses articles, réunis dans un livre publié en 1963, ont nourri une importante polémique.

    Les recherches initiales de Milgram ont été réalisées il y a plus de 50 ans aux États- Unis, et ont été reproduites depuis auprès d'environ 3000 personnes dans 12 pays différents.
    Son objectif : outre l’influence qu’exerce le contexte, peut on identifier les forces qui poussent ou empêchent de désobéir à un ordre jugé absurde, voire inacceptable ?
    Selon la conception de Standley Milgram, ce qui détermine l'action de l'être humain, c'est moins sa personnalité que le type de situation auquel il est confronté. En se référant de façon explicite à la théorie d'Hannah Arendt - les tortionnaires nazis étaient « comme tout le monde » -, Milgram a cherché à apporter un éclairage nouveau à travers ses expériences sur la soumission à l'autorité.
    Il a mené des expériences au cours desquelles il a montré que des volontaires participant à une expérience présentée comme une recherche sur l'apprentissage, étaient susceptibles d'électrocuter une personne innocente.
    Les données suivantes sont tirés de sa publication en 1974 par Calmann Levy d’une traduction de ses écrits “Soumission à l’autorité”.

    De 1960 à 1963, Standley Milgram a  conçu 18 protocoles expérimentaux et 40 volontaires issus de la population générale, âgés de 20 à 50 ans ont été recrutés et rémunérés 4,5 dollars pour prendre part à une étude présentée comme une recherche scientifique sur la mémoire et l'apprentissage.
    Les volontaires étaient reçus par un “expérimentateur scientifique d’une trentaine d’années qui était censé diriger la recherche expérimentale.
    On leur présentait aussi un autre soi-disant volontaire (en réalité un acteur engagé par Milgram).
    Un tirage au sort truqué avait lieu pour déterminer qui de cet acteur
du volontaire serait “l’élève" ou “l’enseignant” et le tirage désignait toujours le volontaire comme enseignant et l’acteur comme élève.
    L’enseignant devait apprendre des associations de mots à l’élève et à chaque erreur il devait administrer à l’élève une décharge électrique au moyen d’un générateur allant jusqu’à 450 volts par sauts de 15 volts.
    La photo ci-dessous est une reconstitution du tableau de commande de l’expérience.

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    Le volontaire « enseignant » avait des informations concernant l'intensité du choc électrique délivré : « choc léger », « choc moyen », « choc fort », « choc très fort », « Choc intense », « choc extrêmement intense », « danger », « danger, choc sévère », pour terminer par plusieurs boutons marqués « XXX ».
    On expliquait aux participants comment fonctionnait le générateur de chocs, puis ils recevaient eux-mêmes une décharge de 45 volts afin de se représenter l'effet produit par une telle décharge électrique.
    L’acteur élève était attaché sur une chaise, et une électrode était fixée à son poignet droit. Bien sûr  cet acteur-élève ne recevait aucun choc, mais simulait et faisait croire qu'il avait mal, très mal, puis que la douleur devenait insupportable.....
    Durant l'expérience, lorsque le cobaye-enseignant se tournait vers l'expérimentateur pour savoir ce qu'il devait faire ou manifestait sa réticence à poursuivre, il ne recevait qu'une réponse standardisée l’incitant à poursuivre l'expérience, et l’expérimentateur devait ignorer les réticences et le malaise éventuel des participants.

    Les résultats ont indiqué que tous les participants, souvent dans un état de stress intense, sont allés jusqu'à administrer l'équivalent de 285 volts, 12,5 pour cent jusqu'à 300 volts, 20 pour cent entre 315 et 360 volts, un sujet a arrêté entre 375 et 420 volts, et les 65 pour cent restants sont allés jusqu’au maximum, 450 volts, susceptibles de tuer l’élève.!
    Lorsque l'expérimentateur n'incitait pas le sujet à poursuivre, 80 pour cent des participants sont restés en deçà de 120 volts.

   
Milgram a donc ainsi montré l’influence de l’autorité, puis il a ensuite imaginé plusieurs variantes dont je vous parlerai demain.

    Nota : c’est cette expérience qui a été reprise par la télévision, mais elle avait été montrée dans un film “I comme Icare” d’Henri Verneuil, de 1979 avec Yves Montand, qui a été inspiré par l’assassinat de Kennedy.




Par ayane le Lundi 5 avril 2010 à 8:52
Comme l'humain peut se révêler!
Par arabesque le Lundi 5 avril 2010 à 11:09
Fait attention avec les chauve-souris =)
Un jour elles vont te pirater ton compte cowblog ! ^.^
Tu vas trouver un article sur ton blog :
"Saleté de rideaux.
Aujourd'hui, je me suis encore accroché les ailes dans les rideaux.
Heureusement, un sympathique humain est venu me décrocher et me remettre dehors[...]"
^^
Par MaxenceM le Lundi 5 avril 2010 à 11:53
Il faut préciser aussi qu'avant le procès Eichmann, Hannah Arendt expliquait les crimes nazis par l'idée de "mal radical". C'est dire si ce procès a bouleversé sa pensée ! Apparemment Eichmann faisait son "travail" de façon presque comptable, cherchant à réduire mécaniquement le nombre de Juifs à 0 !

A propos de l'expérience de Milgram, c'est sans doute politiquement incorrect de le dire mais je crains que je serais aussi allé jusqu'au maximum. Tout seul, je me serais contenté de chocs légers mais, si un scientifique m'avait dit d'aller au-delà, je l'aurais peut-être interrogé mais je l'aurais écouté. Après tout, il est censé savoir ce qu'il fait. Par contre, je ne l'aurais peut-être pas fait dans le cadre d'une émission télévisée. Là, les motivations semblent beaucoup plus égoïstes et on a plus d'initiative. On ne délivre un choc électrique que si on veut gagner plus d'argent.

Il est d'ailleurs sans doute utile de rajouter que, depuis 1968, l'alinéa 4 de l'article 20 de la Loi fondamentale allemande dispose que "Tous les Allemands ont le droit de résister à quiconque entreprendrait de renverser cet ordre, s'il n'y a pas d'autre remède possible". Sans doute une tentative de se protéger contre la soumission à l'autorité.
Par plop-maw le Lundi 5 avril 2010 à 22:28
on en a parlé en cours de philosophie.
Par Diary-Adventures le Lundi 5 avril 2010 à 23:23
L'expérience a par la suite été reproduit en Allemagne - rapport à la guerre justement - et aussi à plusieurs reprises dans des établissements pénitenciers pour tester l'influence de la violence déjà présente, etc... Et je crois que je serais moi aussi allez jusqu'au bout parce qu'il ne faut pas se voiler la face, l'homme est à la base assez influençable et de plus lorsqu'il est confronté à une autorité quelle qu'elle soit, qui semble s'y connaître et qui en plus la déresponsabilise de tout acte... Du coup c'est tentant ou tout du moins ça nous impressionne et parfois même nous donne l'impression de risques minimiser...
Par le-grand-duduche le Mardi 6 avril 2010 à 16:34
@Maxence : Je ne pense pas que ce soit plus simple de se soustraire à l'autorité parce que ça se passe à la télévision, la pression du public peut remplacer aisément je pense celle du scientifique dans l'expérience initiale.
Par MaxenceM le Mardi 6 avril 2010 à 19:27
@Duduche : Je ne suis pas sûr que la pression du public soit similaire à celle du scientifique. Bien qu'il puisse aussi représenter une autorité, celle de la majorité, il y a moins de pression s'il reste passif. Il faut à mon avis qu'il encourage le candidat. Sans ça, celui-ci a à tout moment la possibilité d'arrêter et s'en rend beaucoup plus compte que dans le cadre d'une expérience, ou cette possibilité est plus implicite. Mais c'est vrai que le public, même passif, permet au moins d'effacer la crainte du jugement des autres conséquemment à la diffusion de l'émission.
Par alesia le Mardi 6 avril 2010 à 21:39
Oho ! Très intéressant, il faudra que je revienne lire quand j'aurai un peu plus de temps !
J'ai avancé dans mon mémoire : une vingtaine de pages rédigées (sur une bonne centaine exigées, lol)
J'espère que vous allez bien ? Pour ma part, ça va mieux, après la "crise" de ce matin.

Je ne vous oublie pas !

Alesia
 

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