Jeudi 8 avril 2010 à 7:59

Libertés et règles

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    Je voudrais aujourd’hui parler de critiques qui ont été faites vis à vis de cette émission de télévision et qui sont notamment rapportées par Hélène Marzolf, dans Télérama.

    Bien entendu certains spectateurs ont tout de suite crié à la “tromperie” puisqu’on n’informait pas les “joueurs” des conditions réelles de l’émission.
    C’était vrai aussi pour l’expérience de Milgram, car évidemment la révélation de la vérité avant l’espérience aurait rendu celle-ci impossible et les recherches en psychologie sociale recourent nécessairement à ce type de méthodes.

    D’autres spectateurs ont crié au scandale quant aux tortures que l’on infligeaient, non pas à l’acteur, mais aux participants à l’émission : en obligeant des individus à commettre sciemment des actes de torture, cette expérimentation expose ses sujets à un stress important, d'autant plus qu'il se double d'une tromperie initiale sur la nature de l'épreuve.
    En fait, beaucoup de précautions ont été prises pour éviter tout dommage psychique. Les candidats ont été pris en charge psychologiquement dès leur retour dans les coulisses, et on leur a révélé le caractère fictif de la situation de ce jeu, ce qui abrège leur angoisse.
    Mais les psychologues critiquent cet empressement. car il prive l'expérimentation de précieuses informations comme l’expli- que Laurent Bègue, professeur à l’Université de Grenoble : « Habituellement, avant de tout expliquer aux sujets, on procède à un faux debriefingpour détecter les suspicieux, ceux qui auraient deviné la supercherie et que l'on peut ainsi retirer de l'échantillon puisque leur attitude est alors sujette à caution»., et il regrette que l’on ne soit pas passé, avant l’émission par une commission d'éthique, comme on le fait lorsque les situations expérimentales sont délicates.
    Il semble cependant que le suivi psychologique des sujets ait été efficace, si l'on se fie aux retours positifs de la majorité d'entre eux, qui disent avoir appris de l'expérience et qui ne sont que trois à avoir refusé de figu- rer dans le montage final.

    Un troisième question est posée : Les sujets de "La zone extrême" et ceux de Milgram sont-ils dans des situations équivalentes ?
    Il est certain qu’en transposant l'expérience initiale dans l'univers télévisuel, on modifie la nature des pressions exercées sur les participants.
    Dans le cas de Milgram, les participants craignent que désobéir mette en difficulté une expérience scientifique; dans le cas de la téléréalité, c’est risquer de compromettre une entreprise médiatique, avec ce que cela suppose de travail et d'argent... mais surtout de renoncer au désir personnel d'exposition publique : passer à la télévision ou devant un public.
    Le candidat est fortement encouragé dans ce sens comme danstoute émission de téléréalité : il est escorté en permanence par un preneur de son et un cameraman qui filme ses faits et gestes. Le soi-disant producteur lui expose le principe du jeu et le projette dans un scénario qui le dépasse. Il voit sur des écran sa propre image et celle de de l'animatrice et et il est donc confronté à un dispositif beaucoup plus spectaculaire que celui dans lequel était placé le sujet de Milgram. »
    Le sujet essaie de se conformer à ce qu'ilpense être l'image d'un bon candidat  a tendance à se changer en « personnage » -, ce qui est donc différent de l’influence de l’autorité

    Quatrième question : l’'animatrice incarne t’elle l’autorité?
Elle incarne le pouvoir du système télévisuel, comme la blouse blanche incarne le pouvoir de la science dans l'expérience de Milgram.
    Les psychologues estiment que on rôle est plus incitatif que celui du chercheur de Milgram, qui se contente de demander au questionneur de continuer et qu’elle tient un discours idéologique, quand elle dit au questionneur qu'il ne doit pas empêcher la vis-ctime (présentée comme un autre joueur) d'aller au bout de l’émission et que celle-ci le remerciera d'avoir continué : elle manipule ainsi des valeurs de mérite et d'entrave à la liberté.

    Autre question : Quelle est la fonction du public, absent de l'expérience de Milgram ?
    D’après les psychologues, le public joue un rôle déterminant dans l’expérience télévisuelle.
    A l’incitation de l’animatrice, il exerce sur les candidats une influence décisive. Tout individu apeur de se retrouver seul à défendre une idée, et sous la pression de la majorité, il peut être amené à adopter une position contraire à ses convictions. C’est la mode et l’esprit moutonnier que Kaa illustrait sur son blog, il y a quelques jours par une excellente petite animation.
    Didier Courbet, chercheur en sciences de l'information et de la communication qui a encadré l'expérience, avoue avoir été frappé par l'absence totale de rébellion parmi les téléspectateurs. « Certains étaient gênés, voire horrifiés, mais aucun n'est intervenu.  Plus il y a de monde, moins on réagira individuellement, on dilue dans la masse sa responsabilité. »
    Personnellement cela ne m’étonne pas : j’ai souvent constaté soit l’inertie d’une foule et le peu de personnes réagissant à un évènement insolite ou dangereux pour quelqu’un en particulier, ou au contraire, l’effet entraînant aberrant d’une foule qui fait commettre des actes anormaux à ses participants, actes qu’ils n’auraient jamais commis seuls.

    Mais je poserai personnellement une sixième question  de pur bon sens :
Est ce uniquement l’influence de la télévision qui poussait les candidats à continuer. Etaient ils bien conscient du danger d’une impulsion de 450 volts?
    Je vous pose la question à vous, mes lecteurs et lectrices.
    Savez vous qu’une impulsion de 450 volts, si elle n’est pas en très haute fréquence peut soit vous électrocuter si l’intensité de courant est suffisante ( c’est à dire si l’énergie déposée par effet joule dans votre corps est suffisante, et surtout qu’elle peut, à des intensités beaucoup plus faibles, provoquer un arrêt cardiaque, surtout chez des personnes au coeur ou au système nerveux parasympathique fragiles
?
    Il me semble que pour ne pas introduire un biais, une certaine information des candidats aurait dû être faite avant la séance.

    Je me demande aussi si le caractère ludique de la situation et l’excitation de participer à une émission télévisée en public n’entrainait pas chez les candidats, une excitation telle qu’ils ne se rendaient plus compte du degré de réalité des souffrances qu'ils étaient censés infliger.
Par Tonin-de-jardin le Vendredi 9 avril 2010 à 7:33
moi je le savais que 450V ça peut être mortel et tout ça.

(mais bon j'ai passé une habilitation électrique dans le cadre de mes études et de mon alternance en DUT ^^)

Pour les autres personnes, je me demande si un calcul mental suffit : on sait déjà qu'une patate de 220V (c'est ce qui est desservi chez chacun) ça peut être déjà très dangereux... 220x2 = 440, donc on peut facilement (et de tête pas besoin d'avoir fait MathSUP) se rendre compte que la dose maximale, les 450V sont 2 fois plus fort que les 220V qui sont déjà dangereux.

Après, si les gens savent pas que les 220V de leur réseau domestique c'est dangereux, on ne peut rien y faire.

Ayant vu l'émission lors de sa diffusion, je peux affirmer que les candidats étaient souvent conscients que la dose était dangereux... Et à partir du moment où le sujet "élève" ne répond plus même aux chocs (et là on peut vraiment plus rien faire pour celui qui se rend pas compte que le type est peut-être inconscient ou pire), tout le monde se rend compte et s'inquiète, mais beaucoup continuent, beaucoup en fin d'émission sont sortis du plateau en pleurant (une fois qu'on n'apparait plus au public et aux caméras).
 

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