Jeudi 22 mai 2008 à 7:57

Enseignement, école, fac



    Je vous avais promis hier de répondre sur ce blog aux questions que vous me posez sur les problèmes actuels de l'enseignement, qui vous préoccupent évidemment puisque vous êtes élèves.
    Mais je ne suis ni professeur ni élève et donc je ne peux vous donner que mon opinion personnelle, car je n'ai pas de véritable compétence dans ce domaine, même si j'ai fait beaucoup d'enseignement à des adultes.

    Un premier point qui me paraît évident c'est que le niveau moyen des connaissances des élèves a baissé dans de nombreuses matières (à numéro de classe égal), par rapport à ce qu'il était hier.
    C'est en particulier le cas lors de l'entrée au collège où l'on constate une proportion non négligeable d'élèves qui ne comprennent pas parfaitement ce qu'ils lisent (et ne parlons pas de l'orthographe!)
    il est évidemment facile de dire que c'est la faute des professeurs ou des programmes.
    Mais on pourrait aussi se demander ce qui a changé parmi les élèves et aussi chez les parents, seulement cela c'est plus difficile à modifier et puis en parler risque de déplaire à des électeurs.

    Il y a d'abord une première constatation de bon sens mais que j'entends peu souvent citer : le pourcentage d'élèves dans l'enseignement secondaire a considérablement augmenté et la proportion de reçus au bac dépasse actuellement 80%, alors que lorsque j'étais jeune elle était de 20%.
    Quand on augmente dans de telles proportions l'accession à un examen, il est en général normal que le niveau moyen baisse. Il n'y a pas lieu de s'en offusquer : ce serait plutôt un bien que davantage de personnes aient accès à l'instruction.
    La seule conséquence est que pour certains emplois, le niiveau bac n'est plus suffisant et les employeurs demandent plus et le nombre d'étudiants dans l'enseignement supérieur augmente.
    Evidemment il peut y avoir de grandes lacunes dans certains domaines et là des modifications peuvent être nécessaires.
    Mais je suis moins pessimiste que certain(e)s d'entre vous : je prends le cas de l'orthographe par exemple. je suis effaré des fautes que font les ados que je connais et qui sont au collège. Mais je constate que (du moins sur cowblog)  les articles faits par des élèves des lycées sont relativement bien écrits sans trop de fautes. Et il m'arrive aussi de faire des fautes de frappe ou d'inattention que je corrige ensuite en relisant l'article sur mon blog.

    La deuxième constatation que je fais, ayant discuté avec mes petits enfants, ceux d'amis, et surtout avec maintenant plus de 300 guenons et babouins,  c'est qu'il y a des disparités assez grandes d'un établissement à l'autre. Je connais quelques lycées où le niveau et la qualité de l'enseignement est voisine de celle que j'ai connue autrefois (et les résultats au bac dépassent 90%) et d'autres où ce n'est pas aussi bon de très loin.
    Je crois que les causes sont multiples mais je n'ai pas étudié le problème.
    Je pense néanmoins que d'une part le niveau et la motivation des élèves dans ces lycées sont meilleurs, l'intérêt moyen des parents et le temps qu'ils peuvent consacrer à suivre leurs enfants sont plus grands, la discipline est sans doute plus ferme et mieux acceptée par les élèves, les programmes sont certes les mêmes, mais peut être mieux détaillés et mieux appliqués par une équipe professorale qui a peut être été placée dans de meilleures conditions, ayant des élèves plus faciles à instruire. Je pense aussi que dans ces lycées, on donne davantage de travail à faire aux élèves - mais parce qu'ils veulent bien et peuvent le faire et que donc ils ont un meilleur entrainement eux épreuves d'examen.
   
    Je sais que certains d'entre vous vont me repoocher cette phrase, mais je pense que l'influence des parents est aussi importante que celle des professeurs et que ceux qui ont la chance d'avoir des parents instruits et qui s'occupent d'eux auront une probabilité plus grande de faire de bonnes études, s'ils y mettent aussi du leur.
    Je pense que je n'aurais jamais été reçu dans une grande école d'ingénieurs si je n'avais pas eu un grand père ingénieur qui m'a appris de l'école communale à mon bac, des tas de connaissances pratiques et qui m'a donné le goût d'apprendre, le courage de travailler, une certaine curiosité intellectuelle et l'habitude de chercher simple avec bon sens avant de compliquer les choses.

    Je crois aussi que la motivation des élèves n'est plus la même dans notre société de médias et de consommation où les jeunes ont une attirance et des priorités beaucoup plus grandes pour d'autres choses que leurs études. : ordinateur, jeux, internet, téléphoner aux copains, écouter la musique, voir films et télé, avoir un petit ami, ....et cette dispersion a entraîné une certaine réticence à l'effort et au travail, un manque de mortivation, un besoin de “zapper” et une difficulté à se concentrer, souvent aussi un certain manque de bon sens.
    Je constate que parmi mes guenons, celles qui travaillent beaucoup réussissent.  Mais je m'aperçois aussi qu'elles ont réussi leur bac sans beaucoup travailler, certaines avec la mention TB, mais qu'enuite elles ont eu du mal à se mettre au rythme d'une faculté ou d'une prépa d'école d'ingénieur et qu'il leur a fallu un effort sérieux pour s'adapter et réussir.
    J'ai des professeurs dans ma famille et ils me disent qu'effectivement ils ne peuvent faire travailler assez leurs élèves car s'ils le faisaient, 70% d'entre eux ne suivraient plus et seraient vite “largués”. Je crois que c'est effectivement un des problèmes clés qui préoccupe les professeurs, mais qu'ils n'ont pas beaucoup de latitude dans ce domaine et les 30% de “bons” élèves en souffrent et n'ont pas la chance que nous avions autrefois.

    Je me garderai bien de proposer des solutions à ce problème, car je ne les ai pas étudiées, mais je ne crois pas que ce soit en diminuant de façon systématique et technocratique le nombre de postes d'enseignants que l'on résoudra le problème.
    Que le ministère de l'Education Nationale coûte très cher, que l'on puisse faire des économies ne me choque pas. mais je pense que les procédés actuels de réduction d'effectifs me paraissent trop rapides, trop systématiques et généraux et pas assez réfléchis.
    Qu'il faille aider les moins favorisés, leur donner des cours supplémentaires mais aussi essayer de changer leur mentalité, c'est certain et cela fait partie des souhaits actuels. Je ne sais pas si les solutions préconisées sont bonnes, si les moyens seront suffisants et surtout s'il ne faut pas avoir plus de liberté pour les adapter à chaque contexte d'établissement.

    Certaines d'entre vous me disent qu'il faudrait trier les élèves pour avoir des classes où ‘lon pourrait faire davantage travailler les élèves à potentiel et qui ont le courage de travailler et qu'on pourrait alors faire des cours renforcés pour ceux dont le niveau ou la motivation sont moindres, avec des horaires et cours adaptés dans les classes où ils se trouveraient.
    Certes il faudrait établir des passerelles entre ces deux types de classes.
    C'est effectivement ce qu'on fait à la sortie des prépa de maths et physique, où l'on dispache selon leurs résultats les élèves entre les taupes et les taupes*
    Je ne sais pas répondre à cette question qui paraît effectivement logique. Je ne sais pas en effet si, dans l'ensignement secondaire ou les élèves sont plus jeunes et encore très malléables, ce “tri” est facile à faire et surtout quelles en seraient les répercussions psychologiques sur la motivation des moins bons.
    Il n'a jamais été très bon de mettre certains dans un “gettho” et tant qu'à faire un tri, je  préfèrerais personnellement le faire plutôt sur la motivation et le courage, l'ardeur au travail des élèves que sur leurs connaissances, car j'ai peur qu'un tel tri ne soit finalement une ségrégation par catégorie sociale et selon le niveau financier des parents.
    Vous me direz que de mon temps, 20 % de réussite au bac, c'était un tri progressif dans le secondaire, c'est vrai, mais il était davantage basé sur l'effort des élèves, car élèves comme professeurs aidaient les moins favorisés et s'ils avaient un minimum d'intelligence et surtout beaucoup d'ardeur au travail, ils pouvaient réussir. Ceux qui ne réussissaient pas étaient ceux qui vraiment ne mordaient pas aux études de l'enseignement général ou qui ne travaillaient pas assez.

    D'autres me parlent d'une mauvaise orientation des élèves et tirent à boulets rouges sur leur “orientatrice”. Je crois que c'est un peu une solution de facilité. C'est très difficile de faire de l'orientation avec des jeunes dont la personnalité et les goûts ne sont pas stabilisés et qui n'ont aucune idée des métiers futurs. C'est là que l'orientatrice devrait pouvoir leur donner un aperçu de ce que sont ces métiers.
    Mais je suis persuadé que de toutes façons, on ne pourra pas faire le même métier toute sa vie. Cela a déjà été vrai pour moi. A fortiori aujourd'hui
    Je crois surtout qu'il y a une action importante à faire, longue et difficile, tant auprès des jeunes que de leurs parents, pour réhabiliter les métiers manuels d'une part, mais aussi pour changer certaines mentalités.
    Les jeunes préfèrent s'orienter vers des emplois de bureau, plus difficiles à trouver et moins rémunérateurs que vers des métiers manuels où l'on manque de main d'oeuvre et pour lesquels ils pourraient recevoir un enseignement approprié. Il m'arrive parfois d'aider des jeunes dans leur orientation et je suis souvent étonné de voir que certains ne consentent aucun effort  (le travail a toujours une part de choses à faire qui sont fatigantes et perturbent les habitudes) et surtout du fait que certains ne parlent qu'argent et ne se soucient aucunement de l'intérêt du travail ni de leur aptitude à le faire (l'un d'entre eux me disait naïvement qu'il voudrait faire le métier de “directeur” !!).

    Je m'aperçois que mon article est déjà trop long. Je n'ai parlé ni des professeurs ni des programmes, ni des méthodes pour les enseigner. Ce sera pour demain.


Par memecamouille le Jeudi 22 mai 2008 à 22:14
Oh eh bien justement, je parle de mon manque de motivation et de volonté sur mon blog... Cet article est très intéressant, mais je ne peux pas en dire plus : je dois aller me coucher...
 

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