Mercredi 28 mars 2012 à 9:06

Sciences et techniques

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            Je n'avais pas l'intention de faire un article sur les tueries de Toulouse. Les médias en ont bien assez parlé.
            Mais des correspondant(e)s me posent une question technique à laquelle je sais répondre, alors je vais traiter ce problème particulier.
 
            Pourquoi, pour capturer le meurtrier vivant, n'a t'on pas utilisé des produits qui l'endorment ou le mettent hors d'état de nuire. On endort bien les bêtes féroces !
 
            Ce n'est pas aussi simple que cela !
 
 
            Le problème n'est pas qu'endormir la personne !
            Un tigre ou un lion n'a pas un révolver ou une kalashnikov pour vous tirer dessus. On peut donc l'approcher jusqu'à une certaine distance sans trop de risques.
            Et pour endormir un tigre on lui envoie une seringue avec un fusil spécial et une énorme dose de tranquillisant au voisinage de la veine qui irrigue le cerveau. Comme il ne sait pas ce que c'est, il est surpris et n'a pas le réflexe en général de bondir sur l'opérateur
            Et parfois le tigre saute sur le vétérinaire, et celui qui l'accompagne avec un fusil, doit tuer le tigre pour que le véto ne se fasse pas manger !
            Quand on a en face un forcené prêt à tirer sur tout ce qui bouge, ou qui menace près de lui un otage, il risque fort de passer à l'acte dès qu'il se sentira menacé et cela complique le problème, d'autant plus qu'il est en général barricadé et que l'on ne peut l'approcher en un temps très court.
 
            Le problème est une question de temps de réaction !
           
            On peut introduire des somnifères dans la nourriture, mais il faut déjà que la personne visée accepte de la manger, puis elle va la digérer lentement et s'endormir peu à peu. Il a largement le temps de tuer des otages ou de sortir se battre, avant de s'endormir.
            Ceux qui ont subi une opération me diront qu'on plonge aussitôt dans les vaps.
            Vous me direz qu'on peut envoyer dans l'atmosphère d'une pièce où se trouve un forcené, un anesthésiant gazeux tel qu'en le respirant il soit très vite incapable d'agir.
            Oui mais dans votre opération, on vous a injecté dans une veine une dose d'anesthésiant précise.
            Pour que l'action par les poumons soit rapide, car il faut, pour agir, que le produit arrive au cerveau, il faut une dose énorme et quand on envoie un gaz dans l'atmosphère d'une pièce close par un orifice assez petit, le produit se mélange mal et il y a des différences de concentration très grandes, qui feront que le produit va, selon l'endroit, ou être peu efficace, ou trop agir.
            En général on a de forte chance que l'individu visé fasse un arrêt cardiaque et on a intérêt à le soigner rapidement.
            Peut être vous rappelez vous la prise d'otage en 2002 par des tchétchènes, dans un théâtre de Moscou de 850 spectateurs. Les forces d'intervention russes ont introduit dans le système de ventilation un incapacitant dérivé d'un anesthésiant, le fentanyl, et ils ont donné l'assaut.
            Ils ont éliminé les 40 tchétchènes, sans partes pour les intervenants, mais 130 otages ont été tués par le gaz en cause.
 
            Il semble que le Raid ait essayé de neutraliser le meurtrier de Toulouse avec des grenades lacrymogène. Le produit incapacitant utilisé, le CB, (ortho-chlorobenzilidène-malononitrile) est une poudre solide (ou parfois dissout dans un solvant qui est pulvérisé en fines gouttes), irrite les muqueuses, c'est à dire principalement les yeux, les muqueuses respiratoires (toux, éternuements, difficultés à respirer), et la peau, aux endroits où elle est humide.
         En plein air, ce n'est pas dangereux car la dose qui provoquerait des troubles graves est plus de mille fois supérieure à celle qui est efficace. On risque tout au plus un affolement des individus. Et laver les muqueuses avec du sérum physiologique fait cesser les sensations de brûlure.
         Par contre on ne doit jamais employer (en opération normale) ces produits dans un espace clos (pièce, voiture, car, avion ...), car on ne maîtrise pas alors la concentration et on risque une crise cardiaque de personnes sensibles, sous l'effet de la sensation d'étouffement.
         Quand on veut mettre hors d'état de nuire un meurtrier dangereux, on peut évidemment prendre ce risque, mais il y a deux inconvénients :
         - d'abord les forces d'intervention doivent elles mêmes porter un masque qui réduit leur capacité d'action.
         - ensuite si la personne visée est sidérée par l'opération, tant mieux, mais si c'est une personne de sang froid, déterminée et qui s'attend à cette intervention et retient sa respiration, elle a le temps de réagir brutalement et de faire face. C'est ce qui est arrivé à Toulouse.
 
         On peut agir plus efficacement si on peut envoyer une centaine de grammes d'un certain incapacitant, avec un appareil type extincteur à poudre, au niveau de la poitrine de l'individu à neutraliser. Il y a alors un réflexe de blocage de la respiration par le système para-sympatique, et l'individu tombe immédiatement évanoui. Il faut évidemment le ranimer dans les minutes qui suivent.
         Mais le problème est de pouvoir envoyer le produit en grande quantité devant le nez de l'individu, et donc s'il est enfermé dans une pièce de disposer d'un orifice assez grand et pas trop loin de lui et bien orienté. C'est assez rare.
 
         Vous voyez donc que ce n'est malheureusement pas simple de mettre hors d'état de nuire un individu armé et décidé à nuire et à rechercher ainsi la mort, face aux forces de l'ordre. Les hommes du Raid ont fait tout ce qu'ils ont pu, le visant aux jambes et aux bras, mais comme lui cherchait à les tuer, ils ont dû l'abattre. On ne peut rien leur reprocher à mon avis.
         Le mieux eut été de la garder enfermé 48 heures de plus, jusqu'à épuisement. C'est probablement ce qu'auraient décidé le Préfet et le Procureur, qui donnent les ordres d'intervention, s'il n'y avait pas eu Sarkozy et Guégan pour tirer les ficelles.
         On en va quand même pas pleurer ce fou dangereux illuminé, qui a assassiné des enfants innocents et des hommes sans reproche. J'espère surtout que l'on condamnera sévèrement ceux qui ont pu l'aider, voire l'inciter à commettre de telles actions horribles.
         Mais il ne faut pas incriminer pour autant ceux qui pratiquent la religion musulmane. De nombreux crimes ont été commis dans le passé, par des fanatiques intégristes catholiques, juifs ou athées, au nom de leur croyances trop radicales, etsouvent d'une soif de puissance et de mépris des autres;  nous ne devons pas tomber dans le piège de confondre la religion avec le banditisme et la folie meurtrière de certains, qui ne cherchent que le pouvoir par la terreur.
Par Doux le Jeudi 29 mars 2012 à 9:29
Tout à fait d'accord avec ton analyse Lancien... j'ajouterai juste qu'il y avait un risque supplémentaire : en effet on a retrouvé des explosifs dans une de "ses" voitures et que ne sachant pas ce que contenait son appartement ni dans quel état psychologique il se trouvais il aurait pu tout aussi bien faire sauter l'appartement et tuer une partie des policiers présents. Donc même si je déplore sa mort car sa capture aurait permis d'en savoir un peu plus, je pense qu'il l'a lui-même choisie...rien a reprocher aux forces de l'ordre...
Par coldtroll le Vendredi 30 mars 2012 à 15:32
mouais.
je continue à penser qu'ils s'y sont pris comme des bleus
 

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