Mercredi 18 juin 2014 à 8:39

Enseignement, école, fac

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     Vous savez que chaque année, j’aime bien me rappeler mon enfance en me replongeant dans les sujets de bac, et en m’apercevant d’ailleurs que mes souvenirs des cours de philo s’estompent peu à peu, mes souvenirs sur ce que disaient les grands philosophes étant maintenant bien lointains.
    Je vais donc consacrer quelques articles à ces sujets. Loin de moi l’idée de présenter cela comme des corrigés. Ce sont de simples réflexions personnelles non scolaires.


    Deux sujets de L et de S traitaient des œuvres d’art; bien que différents, je vais les traiter ensemble :
        "Les oeuvres éduquent-elles notre perception ?"  (L)
        "L'artiste est-il maître de son œuvre ? »
  (S)
   
    J’ai eu l’impression en lisant ces énoncés, que la personnes qui avait rédigé le premier pensait surtout à la peinture ou aux arts graphiques, à la rigueur à l’architecture.
    Bien que l’on n’ait pas parlé d’oeuvre d’art, le mot « perception » désigne surtout nos sens et un texte n’est pas « perçu » si ce n’est pour la lecture : il doit être compris et il fait appel à notre raison et à nos sentiments.
    C’est moins vrai dans le second sujet, mais l’écrivain et le poète sont ils des artistes.? Je pense que cela peut mériter une discussion.

    Dans le premier sujet, je considère que le mot « perception » concerne avant tout nos cinq sens  donc des oeuvres qui impressionnent notre vue, de la musique nous entendons, la cuisine d’un grand chef que nous sentons et goûtons. Le toucher est peu sollicité, encore que nous pouvons être sensible aux textures d’une sculpture ou de mobiliers.
    Mais se cantonner à nos cinq sens est très réducteur, et on ne peux passer sous silence l’impact émotionnel des œuvres, voire même une certaine réaction rationnelle, par exemple sur les techniques employées.   
   
    Il est certain qu’une œuvre quelle qu’elle soit, doit d’abord être perçue par nos sens et que ce que nous allons en penser va dépendre de cette perception, mais je ne pense pas qu’une œuvre soit faite pour l’éduquer.
    C’est un vaste sujet que de déterminer le but de l’artiste : gagner sa vie et donc vendre son œuvre et donc se préoccuper qu’elle plaise et de la façon dont elle va être perçue. Mais pour le véritable artiste, l’œuvre est avant tout une création propre, quelque chose qu’il sort de lui même, avec sa raison, ses émotions et sa créativité. Je crois que dans un premier temps il ne pense qu’à son œuvre, et ce n’est qu’ensuite qu’il souhaite qu’elle soit vue et admirée, qu’il veut la partager et que si cela ne se produit pas, il a l’impression d’un échec.
    Mais je ne crois pas qu’il ait dans l’idée d’éduquer les autres, sauf si par exemple, comme autrefois, le peintre célèbre était aussi un professeur qui dirigeait un atelier et enseignait à ses disciples.

    Mais il est certain que la première fois qu’on voit une oeuvre, sans avoir reçu aucune formation préalable, on ressentira peut être une émotion, mais on passera à coté de beaucoup de choses que l’on ne percevra pas, et qui donc ne provoqueront rien en nous. Peu à peu, quand on aura visité de nombreux musées, quand on aura entendu de nombreux morceaux de musiques, quand on aura goûté de nombreux plats, nos sens vont percevoir différemment, apercevoir des détails qu’ils n’auraient pas perçus au départ.
    Percevoir les œuvres stimule nos sens et notre imagination et provoque en nous des émotions singulières.
    On apprend à connaître la diversité, à apprécier de nouvelles choses : on dit que nous « formons notre goût » et que nous devenons « éclectiques ».
    Nous avons donc une certaine éducation de nos perceptions, en ce sens que nous apprenons à ressentir, connaître, à apprécier, parfois à ne pas aimer, à ressentir de nouvelles émotions, voire à nous intéresser aux techniques qui ont permis de réaliser l’œuvre.
    Mais ce que nous ressentons peut être très divers, car le mot œuvre recouvre bien des aspects. Certaines oeuvres peuvent être collectives et la création partagée de même que la réalisation : les cathédrales par exemple. Les œuvres qui nous rappellent un souvenir propre, qui nous touchent émotionnellement ont sûrement plus d’impact sur nous. Nous admirons davantage ce que nous nous sentons incapables de faire. Notre savoir intervient : un peintre ou un musicien amateur ressent différemment les œuvres des professionnels et maîtres, que le simple béotien, car il connaît les difficultés de réalisation et les nuances des couleurs ou des notes.
    La perception de nombreuses œuvres transforme donc sûrement notre perception, mais si ce n’était pas le but premier. Nous pouvons ainsi acquérir le sens du « beau » et former notre jugement.

    Le second sujet me paraît plus banal, mais tout me paraît dépendre de l’interprétation du mot « maitre ».
    On peut d’abord l’entendre au sens de maîtrise : peut il faire ce qu’il veut ? On touche d’une part à la motivation de l’artiste : mercantile, créatrice, notoriété, oeuvres diverses ou conserver un certain style, émotionnelle, sentimentale et par exemple dédiée à quelqu’un…..
    Maîtrise aussi technique : tout le monde n’est pas capable de faire du Rubens du Léonard de Vinci, du Renoir ou du Picasso.
    Et il y a des œuvres collectives, notamment en architecture.
    Mais on peut cependant dire que l’artiste détermine le but de son œuvre, sa composition, son style, et les moyens qu’il utilise.
   
    On peut aussi comprendre cette réflexion, au sens de « l’auteur reste t’il maître de son œuvre, après l’avoir produite ».
    C’est vrai tant qu’il la crée dans son atelier ou son bureau.
    Mais lorsqu’elle est exposée, publiée, connue du public, elle appartient alors en partie à celui-ci. C’est le public qui notamment fera la notoriété de l’œuvre et de l’artiste.
    L’artiste a voulu faire quelque chose, mais celui qui voit son œuvre peut l’interpréter autrement, l’artiste n’est plus maître de cette interprétation, de la façon dont on va la voir, de l’émotion que l’on ressentira.
    L’œuvre a alors une vie propre, et au bout de quelques siècles, si elle est encore appréciée, on en a presque oublié l’auteur.
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