Vendredi 28 janvier 2011 à 9:39

Libertés et règles

     http://lancien.cowblog.fr/images/ZFleurs2/1002273.jpg

    
Depuis huit jours on reparle beaucoup dans les journaux télévisé de l’euthanasie et je suis assez effaré de l’intolérance dont font preuve les gens interrogés et notamment les membres du gouvernement, monsieur Fillon en tête. Je croyais que la France était un pays laïque !
   
    Je comprends très bien que l’on soit pour ou contre l’euthanasie, mais pourquoi vouloir imposer son opinion aux autres ?

    Les gens sont très divisés sur ce problème, et leur opinion est souvent liée à leurs croyances religieuses.
    Mais il ne s’agit pas de forcer les gens à pratiquer l’euthanasie, mais simplement de voir comment on pourrait satisfaire toutes les aspirations profondes, tout en respectant la liberté de chacun et en évitant les abus, les déviances, voire des crimes.
    Refuser dans ce domaine une large concertation me paraît être un manque de tolérance, voire d’intelligence.

    Il est bien évident que l’euthanasie ne peut être autorisée sans un encadrement rigoureux. Sinon c’est la porte ouverte à n’importe quoi.
    A la limite à des crimes, car certains demanderont la mort d’autres pour disposer de leurs biens ou parce qu’ils les haïssent.
    Mais aussi des gens un peu simplets croiront bien faire en “rendant ce service” à un proche.
    Il faut donc fixer des règles préalables et établir un contrôle précis pour éviter les abus et les déviances.
    De même il ne s’agit pas de forcer quelqu’un à s’euthanasier ou à demander  ou pratiquer l’euthanasie d’un autre, si cela va contre sa conscience.
    Je suis personnellement sur ce point tout à fait respectueux des opinions des autres vis à vis de leur propre comportement.

    Mais à mon avis, cela ne leur confère pas le droit d’obliger les autres à penser et agir comme eux
(exactement comme pour l’avortement avant 12 semaines).
    A mon âge on a vu mourir bien des gens autour de soi et on sait que cela vous arrivera un jour. On sait pour l’avoir vu, que, même si on n’a pas peur de la mort, elle peut dans certains cas être synonyme de grandes souffrances et cela sans aucune utilité ni espoir, car la personne était condamnée et vouée à une mort certaine à court terme.
    Si ces personnes souhaitent être prolongées jusqu’à la fin, il faut évidemment les soigner avec dévouement.
    Mais faut il obliger les gens à souffrir, alors qu’ils souhaiteraient en finir avec une vie qui ne leur apporte plus que cette souffrance ?


    La loi s’est améliorée et il y a les “soins palliatifs” et l’interdiction de “l’acharnement thérapeutique”.
    La loi Léonetti du 22 avril 2005, limite l'acharnement thérapeutique et repose sur une éthique fondée sur l'acceptation de la mort et exprimée par la formule « Laisser mourir sans faire mourir ». Elle confirme et codifie des pratiques existantes, comme l'absence d'obstination déraisonnable ou le droit au refus de soins et permet de prendre en compte les directives anticipées, exprimées par une personne à l'avance, tant qu’elle est encore en état de les énoncer avec toute sa connaissance.
Pour donner ses directives anticipées, il suffit d’indiquer par écrit ses nom et prénom, sa date et son lieu de naissance, et de stipuler ses souhaits. Le document doit être daté et signé et est valable trois ans.
    La loi dit que les actes d’acharnement thérapeutique « ne doivent pas être poursuivis par une obstination déraisonnable. Lorsqu'ils apparaissent inutiles, disproportionnés ou n'ayant d'autre effet que le seul maintien artificiel de la vie, ils peuvent être suspendus ou ne pas être entrepris. Dans ce cas, le médecin sauvegarde la dignité du mourant et assure la qualité de sa vie en dispensant les soins visés à l'article L. 1110-10. ».
    Mais la loi exclut toutefois explicitement le suicide assisté et l'interruption du processus vital des personnes en fin de vie.
    J’ai personnellement été témoin des souffrances d’une personne, à laquelle les médecins avaient dit qu’elle ne vivrait pas plus de huit jours, qui avait demandé de la laisser mourir et d’arrêter les soins, ce qu’on fait les médecins, mais qui a mis trois semaine à mourir et a beaucoup souffert sans aucune nécessité.Certes les médecins ont atténué la souffrance physiologique, mais la psychique, ils ne savent pas faire, sauf peut être la transformer en légume par des psychotropes, mais alors est ce différent de la mort ?
    On peut évidemment toujours espérer un miracle, mais je n’en n’ai jamais vu à ce stade terminal d’une maladie devenue incurable.

    Qu’il faille que la personne l’ait demandé explicitement, qu’il y ait des témoins, qu’il y ait un comité d’éthique médical, que la famille n’ait pas le droit de telles pratiques, mais qu’elles soient le fait du corps médical, que des règles strictes soient imposées en milieu hospitalier, et qu’il y ait déclaration et une enquête postérieure pour vérifier que les règles ont été respectées, je suis d’accord que tout cela doit être réfléchi, codifié.
    Mais ce que je ne comprends pas c’est qu’on refuse à certains qui souffrent, ce droit de disposer d’eux même, sous prétexte que certains (en général aisés et bien portants), pensent dans leur foi religieuse, qu’il ne faut pas attenter à sa vie et que celle-ci est entre les mains de leur Dieu.
    Je trouve très normal qu’ils appliquent leurs valeurs à eux mêmes, mais pourquoi l’imposer aux autres dans un pays où on prône la laïcité comme une valeur républicaine ?

    Et j’ai été surpris juste après la déclaration de monsieur Fillon, par les propos d’un médecin, qui disait que pour beaucoup de cliniques privées, les lits de soins palliatifs étaient ceux qui étaient les plus rentables et qu’il ne fallait donc pas que les patients meurent trop vite.
    Je n’ai aucun moyen de vérifier cette assertion, mais elle m’a profondément choquée, - si elle est vraie, par cette intrusion de l’argent et de la politique dans un domaine humain et moral qui est scandaleuse, et - si elle est fausse, d’avoir osé dire cela.
    Je pense aussi que nos politiques dans la force de l’âge, qui gouvernent et légifèrent, devraient aller visiter les services de soins palliatifs et les maisons de retraite, où beaucoup de vieillards meurent dans la souffrance.
    Ils verraient alors ce qui leur arrivera un jour et peut être auraient ils moins tendance, comme actuellement, à démanteler les hôpitaux publics.
Par monochrome.dream le Vendredi 28 janvier 2011 à 11:32
Pour ma part, je suis partagée sur l'euthanasie.
Il est connu que dans certains pays, le possible recours à cette pratique donne aux médecins licence de ne pas faire tout ce qu'ils pourraient pour sauver une vie. Combien de cas de malades dénombre-t-on qui préfèrent ainsi venir se faire soigner en France ? Le problème peut sembler distinct, il est pourtant profondément lié à l'autorisation de l'euthanasie. D'ailleurs, même en légiférant étroitement les pratiques, on n'empêche jamais les abus : les lois sont plutôt faites pour mesurer les sanctions justes en cas d'infraction que pour être suivies à la lettre (ce qui serait hautement utopique !). Alors concernant l'euthanasie, en cas d'abus il y a meurtre, et un meurtre c'est toujours grave.
Pour autant, sur le point de la dignité, je m'accorde avec toi. Il est anormal qu'une personne qui le souhaite ne puisse en finir rapidement avec ses souffrances lorsqu'elle n'a aucun espoir de guérison. Et la loi contre l'acharnement thérapeutique, malheureusement, ne suffit pas assurer cela. Tout faire pour soigner quelqu'un qui aura ensuite un avenir, oui ; injecter la vie de force dans un corps aux trois quarts hors d'usage de toute façon, je trouve ça répugnant. Alors je ne sais pas... Je me sens un peu perdue dans ces questions-là parce qu'elles me semblent sans issues : quoi qu'il en soit, il faut accepter une horreur qui se produira à coup sûr.
Par Demoiselle-Coquelicote le Vendredi 28 janvier 2011 à 12:19
Je suis des études de droit, certains professeurs tentent de nous expliquer combien il est difficile d'écrire des textes qui permettront d'éviter les abus sans donner lieu à des procédures trop longues et compliquées, et par là-même inefficaces. Je suis pour cette pratique de tout mon coeur, car il y a de nombreuses situations où elle serait un réel soulagement, une délivrance bienvenue. Il n'arriverait presque plus de voir des personnes comparaître aux assises pour avoir donné une trop forte dose de morphine à un proche condamné par tous les diagnostics et qui en a encore pour des semaines parce que son corps se dégrade trop lentement, ou parce que seul son esprit est atteint, mais irrécupérable.
Je suis outrée des déclarations du médecin que tu rapportes ! Malheureusement l'inverse existe aussi. J'ai pour ma part vu que dans des établissements réservés aux personnes âgées des médecins "accéléraient" la mort d'un patient sans raison pour "faire de la place aux nouveaux arrivants".
Au final, monochrome.dream a raison : ces questions ne recevront jamais de réponse satisfaisante.
Par Ebeth le Vendredi 28 janvier 2011 à 12:30
Je ne crois pas que ce soit une surprise pour toi, mais je suis pour. A ces personnes, (et je suis mauvaise et puérile sur ce coup là), je leur souhaite une souffrance terrible qui les tortura jusqu'à qu'il mendie la mort et qu'elle leur sera refuser.

Dans mon cas, on est mis dans un coma artificiel à la fin.
Par kaa le Vendredi 28 janvier 2011 à 12:37
Il est évident que si un jour on accepte l'euthanasie, tout ceci devra être contrôlé étroitement. mais refuser ce droit, même dans les cas extrêmes, et avec la volonté des malades, je pense que c'est une erreur.
Mais voilà, on sait que le sénat est essentiellement composé de vieux conservateurs =)
Par AUGREDUVENT le Samedi 29 janvier 2011 à 6:57
Vaste débat qui fera couler encore beaucoup d'encre...
Bon week end
Bisous
Marie
Par Flotte le Samedi 29 janvier 2011 à 9:51
J'aimerais rectifié quelque chose : certes, les croyants sont peut-être plus "sensibles" au fait de ne pas attenter à la vie de quelqu'un. Mais il ne faut pas croire que seuls les croyants ont ce genre d'avis quant à l'euthanasie.
Personnellement, je ne crois pas en Dieu.
Mais je ne peux pas me résoudre pour autant à accepter quelque chose comme l'euthanasie. (Il ne s'agit pas de Dieu ou de pas-Dieu.)

Je pense aussi aux médecins, ou aux personnes qui seraient chargée de "tuer" ces gens. Je sais bien que ces gens demandent l'euthanasie parce qu'ils souffrent bien trop, mais je reste persuadée qu'il y a d'autres moyens de mourir. Je soutiens largement, par contre, la loi Léonetti de 2005 contre l'acharnement thérapeutique et pour l'acceptation de la mort.
Pour vivre dans une famille quasiment exclusivement "médicale", et pour faire des études de Santé moi-même, je crois pouvoir dire que c'est bien souvent en grande partie le traitement qui fait souffrir le patient. S'il est arrêté, la souffrance diminue, et comme les anti-douleurs ne sont pas arrêtés... Je persiste à croire qu'il est possible de ne pas souffrir pour la fin de sa vie. Et c'est le rôle des soins palliatifs de faire tout ce qui est possible pour ça.
(Par contre, je ne peux rien dire quant à la déclaration du médecin : je n'avais jamais entendu ça, donc je ne sais vraiment pas...)

Et non, les médecins savent bien que les "miracles" ça n'existe pas. Et non, ça n'est pas pour leur faire plaisir.
Après tout, eux voient des gens mourir tous les jours...

(Le démantèlement des hôpitaux publics, par contre, c'est une autre histoire. Il faut voir leur fonctionnement, je pense, avant d'en parler.)
Par Flotte le Dimanche 30 janvier 2011 à 21:40
Je me permets de répondre ici à votre commentaire :

Je ne souhaite à personne une mort douloureuse. Pas même à quelqu'un qui regarde un autre souffrir en disant que c'est normal.
Peut-être aussi ces médecins-là n'ont-ils pas non plus fait le bon choix. Le coma artificiel est une forme d'acharnement thérapeutique, dans mon esprit.
Je sais que je ne connais pas les tenants et les aboutissants de ce genre de situation, ne l'ayant pas vécue, et n'y étant pas été impliquée, mais je persisterais toujours à croire qu'il est possible de mourir sans souffrance. Et sans pour autant être "tuer".

C'est ma façon de croire en la Vie.

Vous dites aussi que vous comprenez ma position parce je suis "destinée à soigner des gens".
Il faut bien comprendre que les soignants sont à la base des gens comme les autres. Moi non plus, je ne tiens pas à voir souffrir ceux que j'aime. Mais je sais aussi que, de part ma position, je ne souhaiterais jamais participer "activement" à la mort de quelqu'un. Aussi peu qu'à sa souffrance. Ça me rendrait folle.

Je peux comprendre ceux qui approuvent l'euthanasie, mais sachant que je ne pourrais jamais accepter qu'on me demande de "tuer" quelqu'un, je ne peux pas l'approuver moi-même. Et parce que je suis soignante, parce que ce métier consiste à sauver des vies, à soulager la souffrance, et à aider à vivre, je ne peux me résoudre à changer ce métier en aide à la mort. Je ne peux espérer la mort de quelqu'un.
Ce que je veux faire, c'est croire et chercher des moyens de vivre sans souffrance. Sans être un légume. Des moyens de vivre heureux. (Et puis, dans le cas présent, d'accepter la mort la tête calme et sans douleur.)

Parfois, je me dis que, si les soignants acceptaient l'euthanasie, le soin en lui-même n'aurait pas évolué de cette manière, et ça me fait peur, aussi.
Si c'était tellement facile d'apaiser la souffrance (pour ne dire abréger), à quoi bon lutter ?
C'est une pensée assez « extrémiste » car tout homme a normalement peur de la mort donc lutte pour survivre, mais elle m'a déjà traversé l'esprit.

Je me demande aussi si l'euthanasie n'est pas clairement l'expression de notre impuissance face à la souffrance, face à quelque chose qui finalement est naturel, mais que nous n'acceptons pas.

Je ne voudrais pas trop parler, je m'emporte facilement quand il s'agit de l'euthanasie, et je ne voudrais pas envahir votre blog. :)
Mais ce débat, comme le dit si bien Augre du Vent, fera encore couler beaucoup d'encre.
Par Flotte le Dimanche 30 janvier 2011 à 21:44
(Oh, je voulais juste ajouter : je crois que, quand quelqu'un est sur l'article de la mort et qu'on le voit souffrir, la première pensée qui vienne à l'esprit, c'est : "Arrête de souffrir.", mais pas : "Qu'il meure au plus vite." Pour moi, ça fait une grande différence.)
 

Ajouter un commentaire









Commentaire :








Votre adresse IP sera enregistrée pour des raisons de sécurité.
 

La discussion continue ailleurs...

Pour faire un rétrolien sur cet article :
http://lancien.cowblog.fr/trackback/3082027

 

<< Page précédente | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | Page suivante >>

lancien

sortir de la tristesse

Créer un podcast