Dimanche 20 mai 2012 à 7:44

Biologie, santé.

            Le fonctionnement du corps humain et notamment du cerveau, sont des énigmes extraordinaires, que l'on arrive à percer peu à peu, mais comme toujours en sciences, expliquer quelque chose, fait apparaître dix questions nouvelles non résolues.
            Parmi les questions que se posent les chercheurs en médecine, alors que le système immunitaire détruit tout ce qui est étranger à l'organisme, pourquoi la femme enceinte tolère t'elle le foetus, corps étranger à son organisme.
            Il semble que l'embryon fabrique une protéine (appelée HLA-G), qui inhibe, à son égard, le système immunitaire de sa mère.
 
            Pour comprendre le phénomène, il nous faut parler du système immunitaire.
            La plupart des cellules de l'organisme présentent à leur surface, des molécules dites "antigènes de surface" ou "marqueurs antigéniques". Ces antigènes forment une carte d'identité cellulaire propre à chaque individu. Chez l'homme, il en existe plusieurs types.
            Par exemple, à la surface des globules rouges, les marqueurs antigéniques définissent les groupes sanguins et rendent ou non possibles les transfusions de sang. Ils sont aussi responsables des problèmes d'incompatibilité sanguine pendant la grossesse.
            Il en existe trois : A, B et D (antigène Rhésus). La correspondance avec le groupe sanguin est la suivante :

Groupes
O+
O-
A+
A-
B+
B-
AB+
AB-
antigènes
D
-
A,D
A
B,D
B
A,B,D
A,B
% population
36
6
38
7
8
1
3
1
           
            De même, la plupart des cellules de l'organisme portent des marqueurs antigéniques nommés antigènes HLA (pour "Human Leukocyte Antigen"), qui contrôlent les opérations de transplantation et les rejets correspondants.
Il existe deux groupes d'antigènes, les antigènes A, B et C, présents sur toutes les cellules de l'organisme, et les groupes, Dr, Dp et Dq, à la surface des cellules immunitaires. Dans la population, chaque gène présente une multitude de formes différentes, soit un nombre de combinaisons deux fois et demi supérieur au nombre d'habitants sur Terre.
            Chaque individu présente donc à la surface de la plupart de ses cellules une combinaison unique de sept molécules HLA provenant du père, et de sept molécules provenant de la mère, ce qui donne une carte d'identité spécifique, à l'exception des vrais jumeaux, dont les combinaisons sont identiques.
            Une personne rejette donc toute greffe d'organe portant des molécules HLA différentes; pour cette raison, quand on greffe un organe ou un tissu, on choisit un donneur ayant les marqueurs antigéniques HLA les plus proches du receveur.
            Les "lymphocytes T cytotoxiques" sont des cellules du système immunitaire ayant subi au cours de leur développement, une maturation dans le thymus : ils possèdent des récepteurs sensibles aux marqueurs antigéniques et à reconnaître ceux identiques ou différents de ceux de l'individu auquel ils appartiennent.
            Si des lymphocytes T cytotoxiques rencontrent une cellule portant les marqueurs qu'ils ont appris à tolérer, ils ne la détruisent pas, mais s'ils sont en présence de marqueurs qui leur sont étrangers, (des peptides de virus ou de tumeurs par exemple), ils libèrent une enzyme, la perforine, qui troue la membrane de la cellule qui les porte et la détruit (on parle de cytolyse).
            Il existe aussi une autre catégorie de "cellules tueuses naturelles", qui s'attaquent de la même façon aux tissus étrangers, et tuent donc les cellules d'une greffe étrangère.

http://lancien.cowblog.fr/images/SanteBiologie-1/embryon.jpg
             Le fœtus peut être considéré comme une greffe semi-incompatible, car il comprend pour moitié les marqueurs antigéniques de la mère et pour moitié ceux du père.
Le système immunitaire maternel peut reconnaître comme étrangers les marqueurs du père portés par le fœtus. Et, si l'on effectuait, après l'accouchement, la greffe d'un tissu de l'enfant à sa mère, quel que soit l'organe, celui-ci serait immédiatement rejeté. Mais, durant les neuf mois de grossesse, la mère tolère le fœtus sans aucun signe de rejet.
            En effet dans l'utérus, l'embryon s'entoure, dès le début de la grossesse, d'un tissu (le trophoblaste sur la figure, qui formera ensuite le placenta), qui comporte les marqueurs de la carte d'identité de l'enfant, alors que les tissus de l'utérus en contact portent ceux de la mère.
            A partir du troisième mois de grossesse, le placenta comporte deux réseaux d'échange sanguins de la mère et de l'enfant, mais quelques globules de la mère passent la barrière et circulent dans le réseau sanguin de l'enfant.
            Le service d'hémato-immunologie de l'hôpital Saint Louis de Paris a montré que le fœtus, grâce à des gênes spécifiques du père et de la mère, synthétisait une protéine, marqueur particulier, appelée HLA-G, sous sept formes différentes, qui pouvaient se lier aux récepteurs des cellules tueuses et ainsi les empêcher de cytolyser des cellules du placenta ou de l'embryon, en bloquant la sécrétion de perforine.
            Cette HLA-G est synthétisée à l'intérieur du cytoplasme des celliules de l'organisme fœtal, puis subit une maturation et sort du cytoplasme dans des vésicules de transport, qui la consuisent à la surface de la membrane cellulaire, où elle peut agir pour la protéger.
 
            Que ce soit dans une grossesse naturelle ou après fécondation in vitro, l'implantation dans l'utérus et la survie du fœtus dépendent donc des quantités de HLA-G produites, et notamment celles solubles, et une production insuffisante peut donc conduire à un rejet et un avortement.
            Certaines maladies (le virus de l'Herpes par exemple) peuvent bloquer le transport de l'HLA-G dans les vésicules, et provoquer ainsi un accouchement prématuré.
 
            Après la naissance la production de molécule HLA-G diminue et s'arrête dans les cellules du nouveau-né.
            On peut restimuler la production de cette protéine lors d'une greffe pour diminuer le risque de rejet.
            Malheureusement on sait aussi que les cellules cancéreuses produisent de l'HLA-G, ce qui diminue le risque de leur destruction par les lymphocytes T. On étudie actuellement comment on pourrait bloquer cette production dans les cellules cancéreuses.
           
           
Par alyane le Dimanche 20 mai 2012 à 9:04
Comme la nature est bien faite...
Par PierreLmi le Mardi 5 avril 2016 à 19:45
Quel rapport agréable, un grand merci pour le boulot que vous avez fait
 

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