Mardi 24 avril 2007 à 15:33

Scarification, suicide


  
 Certaines de mes correspondantes se scarifient ou se sont scarifiées et cette habitude, qui les apaise sur le moment, accroit ensuite leur malaise et leur stress.
    J'ai pensé qu'il serait peut être intéressant de discuter de divers aspects de la scarification.

    Je commencerai par recenser certaines des raisons que j'ai rencontrées, de recourir à cette pratique.
    Se scarifier pourquoi?

    Quand je vous pose la question, rares sont ceux ou celles qui le savent de façon précise.
    Parce que vous êtes tristes, c'est ce que vous me dites le plus souvent.
    C'est vrai un joyeux luron n'aura pas envie de se faire souffrir.
    Mais encore?

     La première raison, c'est d'attirer l'attention sur votre souffrance, pour que l'on vous écoute, que l'on vous aide, c'est s'exprimer parce qu'on n'a pas trouvé d'autre moyen de le faire. Je reviendrai sur cela dans mon prochain article.
     Cela n'est pas forcément conscient. J'ai connu plusieurs d'entre-vous qui étaient trop fières, trop indépendantes, pour demander de l'aide et prétendaient la refuser au départ. Mais leur inconscient n'était pas d'accord et peu à peu elles m'ont raconté leurs ennuis et on a pu ensemble, les cerner, les expliquer, et y remédier en partie.
     D'ailleurs au fond, je ne les “aidaient” pas. On faisait une recherche commune de compréhension de leur personnalité et de ses problèmes, de ses souhaits et de ses souffrances, un peu comme lorsque l'on fait de la recherche scientifique.
    
      Mais il y en a parmi vous, qui souffrent tellement qu'elles ne peuvent plus supporter leur désespoir, leur souffrance morale. Alors si l'on s'inflige une douleur physique plus forte que la douleur morale, on oubliera celle ci.
      On se scarifie pour oublier sa peine, pour la conjurer, pour se calmer.
     Voici un témoignage de l'une d'entre vous :

 “....me scarifier. ça calme, ça apaise, on se sent "mieux" dans notre mal etre, on se venge sur notre corps, parce qu'on ne sait pas sur quoi se venger, on arrive pas a trouver des solutions, alors on fait ca. parce que la rage part, un certain moment...
     Mais, apres avoir fait cela, .c'est tres dur d'arrêter, parce que meme quand on est heureux, ou moins triste, on le fait quand meme. Quelque part, je me sens "vivre" quand je le fais, les cicatrices montrent que je vis. ...”

     Le problème est que si sur le moment, cela calme, ensuite les problèmes restent, la tristesse ou le désespoir aussi, et quand on sort de “l'apaisement”, c'est pire encore et on recommence pour diminuer à nouveau son angoisse.
     Mais il faut des “doses” de plus en plus grandes pour se calmer.
     On finira même par oublier que se scarifier fait mal, et là on est  vraiment dans la dépendance, “l'addiction” des psys.

     Il n'y a donc pas vraiment des raisons spécifiques de la scarification; il y a des raisons de son mal-être et ce sont elles finalement, les raisons de l'automutilation.
 
    Celles -ci peuvent être multiples :

     D'abord la peine de coeur, le petit ami :

 “...La scarification est un moyen simple et rapide pour essayer d'oublier quand quelqu'un qu'on aime nous fait du mal. ... Je l'ai fait à deux periodes de mon adolescence, parce que la personne que j'aimais plus que tout m'avait fait du mal et que c'etait pour moi une manière de me dire que j'etais plus forte que lui, en m'infligeant une plus grande souffrance moi-même, que celle qu'il m'avait infligée!!
     Certes, ça ne sert a rien, mais sur le moment ça soulage..”

     Dans un domaine voisin, certaines ont souffert de la mort d'un proche qu'elles aimaient et qui les aimait, ce qui tout à coup, leur laisse l'impression de solitude inexorable.   
     De même la jalousie au sein d'une famille pour un petit frère ou une petite soeur, qui nait et prend tout à coup votre place et une partie de l'intérêt des parents.

     L'indifférence ou l'impression de ne pas être aimée par les parents, voire les heurts avec eux ou entre eux, le sentiment d'être abandonnée :
    
 “... Leurs querelles incessantes finissaient par me rendre folle. je ne supportais plus qu'ils ne pensent plus qu'à s'entre-déchirer, qu'ils ne m'aiment plus, qu'ils ne fassent plus attention à moi, leur fille. J'étais abandonnée et seule avec ma peine, ignorée de tous....
     Alors me scarifier, c'était mon défouloir, pour pleurer dans mon coin, pour réussir à dormir, pour souffrir, et pour savourer la douleur...."

     Et puis cette étonnante, mais très exacte réflexion sur le manque de tendresse.

 “.... sachez aussi que les mutilations surviennent quand la seule envie qui vous reste c'est le besoin de sentir des bras autour de vous....
 C'est assez bizarre que lorsque l'on veut de la tendresse, ce genre de protection, la seule chose qu'on ait trouvée, ce soitt de se planter une lame dans la peau. Non ? J'ai pas encore résolu le problème, mais c'est pourtant bien réel, et pas que pour moi.....”

     Un autre domaine est le dégoût de son corps; parce qu'on n'est pas aussi jolie qu'on le souhaiterait, que l'on est trop maigre ou trop grosse, ou simplement parce que les proches critiquent sans relâche votre physique.
     Bien plus traumatisant les viols et agressions analogues qui donnent l'impression d'avoir été salie.
     Souvent ce dégoût du corps entraîne aussi anorexie ou boulimie, qui finalement sont, sur le plan psychique, dans ces cas là, voisines de la scarification.   

     Et puis il y a celles qui sont plongées dans la tristesse jusqu'au cou, dans leur monde irréel, dans leur “prison de verre” et qui ne savent même pas pourquoi.
     En général elles ont des raisons multiples et bénignes, puis se sont plongées, car c'est à la mode, dans un univers de tristesse, de sang, de mort, qui a la longue, vous conditionne et devient obsessionnel.

     Je n'ai sûrement pas passé en revue toutes les causes de scarification, mais ce sont celles que j'ai rencontrées le plus souvent

     Je voudrais terminer par un cas particulier que j'ai rencontré deux fois sur une cinquantaine de cas.
     Il s'agit de jeunes qui ont à la fois un bon potentiel, une grande curiosité intellectuelle, un souci de comprendre et de se comprendre, mais aussi ce qui est paradoxal, (mais assez normal chez une jeune), à la fois une forte personnalité et un grand manque de confiance en elles. Elles ont tendance à douter de tout et à stresser par peur de rater ce qu'elles entreprennent.
     Alors la scarification est une façon pour elle de se montrer qu'elles sont capables de se faire cet acte difficile, de le supporter, qu'elles ont le courage, le culot de le faire, réussir un défi, une gageure.
 Leur inconscient refuse d'ailleurs d'admettre cela et elles ont du mal à reconnaître cette motivation (qui n'est pas la seule, car elles ont aussi quelques autres problèmes évidemment,), car c'est effectivement assez absurde et fallacieux que de tenter de se redonner ainsi confiance en soi, en se lançant le défi d'arriver à se faire du mal !!.
     Chez ces deux jeunes, ce n'était pas leur seul acte dans ce sens. Elles se donnaient de très nombreux défis, souvent dans des domaines où paradoxalement, elles ne brillaient pas, uniquement pour se prouver à elles mêmes qu'elles avaient la volonté et le courage d'y arriver.
     C'est dommage qu'elles n'aient pas consacré toute cette ardeur à leur travail scolaire, car elles auraient eu sûrement des résultats extraordinaires
     J'ai d'ailleurs un troisième exemple d'une jeune qui, après une période de grandes épreuves, a réussi à se concentrer ainsi sur son travail et a obtenu, en même temps qu'une certaine sérénité et une grande maturité, des résultats plus qu'excellents.
 
    Dans mon prochain article je poserai la question de savoir si la scarification est un appel au secours et dans le suivant,
l'association d'automutilations avec des idées morbides.


Par Le-Chat-De-Chester le Mercredi 25 avril 2007 à 11:01
Les gens qui souffrent à ce point, (ou même qui souffrent tout cour), j'aimerais vraiment les aider...leur apporter mon reconfort, les serrer dans mes bras, leur donner un peu de chaleur, les guider vers la lumière pour les sortir de leur detresse...

Encore une fois, je le redis, je vous respecte sincerement pour ce que vous êtes et ce vous faites... J'éspère qu'un jour, moi aussi je pourrais me rendre aussi serviable auprès des gens qui ont réelement besoin d'aide!
Par live-in-a-dream le Mercredi 25 avril 2007 à 13:03
Non non je n'ai pas récupéré internet, j'étais juste passée en coup de vent pour hurler ma joie si vite éteinte, un article qui n'a plus de sens en somme ... désolée je n'ai toujours pas pu lire ton mail, comme je sais qu'il est long je préfère attendre d'avoir le temps de le lire attentivement et de pouvoir répondre! j'ai un bac blanc la semaine prochaine!!
gros bizouxXx et a bientot jspr!
Par sale-Hope le Vendredi 27 avril 2007 à 10:22
Ca n'a peut être aucune utilité, mais il y'en a pour qui la raison est un peu différentes. Je crois que certains font ça, pour se sentir vivre, puisque aussi paradoxal que ca puisse paraitre, le sang est symbole de la vie..
Par welcometomymind le Vendredi 27 avril 2007 à 13:57
J'ai rêvé que je m'automutilais cette nuit, c'est grave docteur? ( c'était peut etre prémonitoire sur votre article lol)
Par Plume le Vendredi 28 mai 2010 à 12:42
Pour ma part, je me mutilais pour me punir. Je voulais être quelqu'un de parfait, c'était devenu une véritable obsession. Je culpabilisais dès que je faisais quelque chose de "mal" : si j'élevais un peu la voix sur quelqu'un, m'énervais, étais jalouse, égoïste, etc. Dès que je ressentais donc une émotion, ou pensais à quelque chose de "mauvais", je me punissais pour... me purifier en quelque sorte. En faisant ça, j'évacuais le mauvais qui était en moi pour être un être meilleur.
Et effectivement, plus on le fait, plus on a envie de le faire, c'est une drogue comme une autre, au même titre que la cigarette, la boisson etc.
Par little-slug le Lundi 22 août 2011 à 1:21
Je ne me suis jamais scarifiée. D'abord je n'en ai jamais senti le besoin, ni l'envie, ensuite je trouvais ce geste stupide -stupide pour quelqu'un qui n'en a pas l'utilité peut-être- et en plus, je suis bien trop douillette. La vue du sang me fait tourner de l'oeil, et je suis une vraie chochotte.

Mais si je poste un commentaire sur cet article c'est surtout pour ajouter une catégorie de personnes qui se scarifient. En troisième, beaucoup d'histoires se sont produites, et une amie s'est scarifiée, pour une "bonne" raison. Enfin bonne... Et puis, une autre "amie" s'est mise à faire pareil, sans raison apparente.
Peut-être qu'elle faisait ça pour attirer notre attention, parce qu'elle allait mal, mais ça ne semblait pas être le cas. Et puis, comme avec d'autres amies on la connaissait bien, on a vite remarqué que c'était simplement pour faire pareil, pour se rendre intéressante, pour qu'on la plaigne. Elle exhibait ses marques à tout le monde, n'hésitait pas à se scarifier en cours, en rigolait presque.

Je trouvais, et je trouve toujours, ses actes puériles.
 

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