Mardi 27 novembre 2012 à 8:00

Notre cerveau : intelligence; langage

http://lancien.cowblog.fr/images/Caricatures3/images1-copie-8.jpghttp://lancien.cowblog.fr/images/Caricatures3/images3-copie-2.jpg















                 Qu'est-ce que la crédulité ? C'est prendre pour vraies des informations manifestement contre-intuitives : par exemple, le fait de croire que des extra-terrestres viennent régulièrement sur terre enlever des humains. Il y a des gens qui croient ces histoires. Pourquoi?
                Comment des croyances manifestement irrationnelles, voire délirantes, peuvent-elles ne pas être arrêtées par le filtrage de notre cerveau.
                Fabrice Clément, chercheur en sciences cognitives à l'université de Neuchatel, a écrit des articles intéressants sur ce sujet.
 
             La plupart des croyances qui nous sont transmises par autrui (rumeurs, informations, nouvelles...) sont soumises à deux filtres mentaux : l'un cognitif, l'autre émotionnel.
               Le filtre cognitif, que l'on pourrait appeler le "sens critique" ou simplement le "bon sens", cherche à établir si une information est crédible ou non au regard de l'expérience et de la culture de chacun. Face à une information absurde ou contre-intuitive, (un vaisseau martien atterrit dans mon jardin !), nous exerçons spontanément ce filtre cognitif.
          Evidemment ce filtre est donc plus ou moins performant selon l'éducation et l'instruction que nous avons reçue, mais aussi suivant notre personnalité (avons nous une préférence cérébrale de décision "logique"?), et aussi selon l'expérience que nous a apportée la vie.
              La défaillance de ce filtre peut se manifester de deux façons :
                 - La première apparaît comme une acceptation non critique de choses ou de possibilités invérifiables. Ces croyances invérifiables appartiennent le plus souvent aux religions ou à un corps de doctrines et de rites pratiqués en groupe, sous une autorité hiérarchisée. C'est le cas de l'adhésion aux doctrines de sectes.
               - La deuxième manifestation de la crédulité, consiste en une acceptation non critique de choses ou de possibilités vérifiables, ce qui relève d'une confiance naïve et paresseuse. Une analyse logique et scientifique correcte devrait les éliminer; encore faut il avoir les connaissances suffisantes.
 
          Quant au filtre émotionnel, il trie ce qui est désirable ou non. Car pour qu'une information soit acceptée, il ne suffit pas qu'elle paraisse vraie ou fausse, il faut aussi qu'elle ne perturbe pas trop l'équilibre psychique
            Le filtre émotionnel tient compte de nos désirs, de nos sentiments, de nos valeurs morales et religieuses.
Si nous désirons fortement quelque chose, toute information qui nous porte à croire que ce désir va être exaucé, apparaît comme bienvenue, et nous avons davantage tendance à la croire. Tout l'art des astrologues et cartomanciens est fondé sur cette tendance, leur problème étant de nous faire avouer nos désirs profonds, sans que nous nous en rendions compte.
            Des personnes ayant une grande curiosité intellectuelle et une éducation sentimentale, morale et religieuse poussée, peuvent trouver dans des doctrines ou croyances très discutables - comme l'astrologie par exemple - un élément qui les passionne et les rassure, ne sachant plus ce qui relève de la croyance non fondée et de la raison, tout en ayant l'illusion d'accéder à des niveaux de compréhension supérieurs.

            Il peut exister des formes de crédulité que l'on pourrait qualifier d'inversées, marquées par un scepticisme exacerbé : toute information contredisant ce qui était admis jusqu'ici est rejetée par le filtre cognitif.
            Certains milieux culturels, qualifiés parfois de traditionalistes ou conservateurs, tendent à favoriser cette forme d'attitudes marquées notamment par le rejet de concepts rationnels. Un exemple courant aux USA est le rejet de la théorie de l'évolution par un certain nombre de croyants, de quelque religion que ce soit (les créationnistes).
            Dans certains cas, le scepticisme repose sur une attitude plus radicale, indépendante de toute croyance préalable. Ce sont alors les "cultures du soupçon", ou le scepticisme généralisé est encouragé et transmis chez les plus jeunes. C'est le cas des informations en provenance des gouvernements, qui sont souvent accueillies avec scepticisme par la population, prompte à soupçonner "qu'on lui cache quelque chose".
 
             Le psychologue américain Robert Cialdini a montré que, bien que notre cerveau soit équipé de certains mécanismes fondamentaux destinés à vérifier la cohérence des informations communiquées, par autrui, notre esprit n'a pas les moyens d'être exhaustif, et qu'il utilise par conséquent de nombreux raccourcis cognitifs pour se forger une opinion, ce qui n'est pas sans inconvénient.
            En cas d'incertitude, on a tendance à former ses croyances en se référant à ce qui semble être admis par le plus grand nombre de personnes ; plus on a l'impression qu'une croyance est partagée, plus elle a des chances d'être acceptée par le système cognitif.
            Si cette stratégie se révèle satisfaisante dans de nombreuses situations, elle peut bien entendu également conduire à adhérer à des idées fausses, notamment lorsque ce mécanisme est mis à profit par des personnes mal intentionnées.
            Le tri effectué est loin d'être imperméable à toute forme d'informations erronées, car d'une part il est indispensable que ce filtrage soit une évaluation automatique et très rapide, et d'autre part l'évaluation logique doit aussi se préoccuper des conséquences émotionnelles que les informations reçues auraient sur l'organisme.
            Et comme le filtre émotionnel a également son mot à dire, ils entrent tous deux en compétition.
 
            Alors comment procède un manipulateur pour nous faire croire à ses arguments ?
            D'abord, il essaie d'avoir des arguments qui soient vraisemblables au plan de la logique ou des connaissances moyennes des individus ou de leurs habitudes.
            Ainsi dans les arnaques sur internet pour vous extorquer des renseignements sur votre messagerie ou vos comptes bancaires, on vous envoie un message avec des en-têtes qui sont exactement celles de l'organisme qui est censé vous demander les renseignements. Il vous faudrait un examen de plusieurs minutes avec les deux modèles sur votre écran, pour déceler de petites différences.
            Ensuite il s'adresse à votre émotivité ou aux conséquences possible de votre émotivité en vous promettant soit un cadeau "vous n'allez pas le croire, vous êtes le millième gagnant...", soit il va vous faire peur "pour que vous puissiez continuer à vous servir de votre compte, vous devez...." et vous vous imaginez privé(e) de votre carte bleue.
            Ainsi, l'art des manipulateurs consiste à formuler leurs thèses de façon à ce qu'elles soient évaluées positivement par les mécanismes du filtre cognitif  en leur donnant une tournure apparemment logique, en faisant miroiter les conséquences émotionnelles positives de leurs propositions, ou en utilisant éventuellement des complices afin de susciter un effet de consensus, tout en tenant un discours clairement articulé qui procure une satisfaction intellectuelle.
            A l'inverse, on croit peu aux prédictions funestes, car elles procurent des émotions négatives, sauf lorsque le danger est imminent et que la réaction de survie paraît essentielle. Dans ce cas, nos centres amygdaliens s'emparent du problème, et le filtre cognitif est court-circuité, car la nécessité d'agir rapidement l'emporte, er la crédulité devient totale.

http://lancien.cowblog.fr/images/Caricatures3/images5.jpghttp://lancien.cowblog.fr/images/Caricatures3/Unknown-copie-6.jpg
Aucun commentaire n'a encore été ajouté !
 

Ajouter un commentaire









Commentaire :








Votre adresse IP sera enregistrée pour des raisons de sécurité.
 

La discussion continue ailleurs...

Pour faire un rétrolien sur cet article :
http://lancien.cowblog.fr/trackback/3218429

 

<< Page précédente | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | Page suivante >>

lancien

sortir de la tristesse

Créer un podcast