Mercredi 23 mars 2011 à 8:01

Energie, nucléaire, économies

Un dernier article sur les accidents japonais, sur les mesures éventuelles de protection, maintenant que nous avons quelques connaissances pour pouvoir aborder ce problème.

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    D’abord comment protéger les travailleurs et pompiers qui essaient de sauver la centrales.


    En fait on ne peut pas arrêter les rayonnement gamma sans des épaisseurs importantes de matériaux lourds.
    On dispose souvent dans les centrales, de blocs de bétons que l’on peut entasser avec un fennwick ou de briques de plomb, mais c’est long à mettre en place dans une zone où le taux de rayonnements oblige au contraire à aller très vite.
    Les combinaisons et masques ne servent à rien contre les rayonnements. Ils permettent de se protéger contre la contamination par les poussières ambiantes : on les enlève en zone saine, ils sont passés à la machine à laver tandis que l’on prend une douche et les effluents sont filtrés sur des résines échangeuses d’ions qui retiennent les produits radioactifs.
    En définitive les deux seuls moyens d’éviter une irradiation : être le plus loin possible des sources de rayonnement et rechercher pour s’approcher, les zones où ce rayonnement est minimal, et ayant mesuré le débit de dose, n’autoriser qu’un séjour de durée impérative qui limite la dose reçue.
    Il faut donc changer les équipes quand celles en place ont atteint la dose maximale acceptée en général moins de 100 millisieverts.
    Dans certains cas les séjours ne peuvent être que de quelques minutes.
    Ce qui m’étonne c’est que les japonais ne semblaient pas disposer de petits robots (de petits engins chenillés télécommandés munis de pinces et capteurs divers) et que l’EDF doive leur en envoyer. Ils peuvent permettre certaines opérations techniques en ambiance très radioactive (par exemple amener un tuyau d’incendie en toile jusqu’à la piscine d’entreposage des combustibles).

  
  Que faire pour la population ?

    La première chose est de disposer de mesures de débit de dose d’une part et d’installations qui aspirent l’air ambiant sur des filtres en papier que l’on passe ensuite devant un photomultiplicateur relié à un spectromètre, qui permet de déceler les divers radio-éléments présents et leur activité, et ensuite de remonter à la contamination du sol et de l’air en béquerels par cm2 ou m3.

    Le risque maximal est aux alentours immédiats de la centrale où il peut y avoir une contamination assez importante par les produits radioactifs et essentiellement l’iode et le césium : le principe de précaution demande d’évacuer cette zone, même s’il s’avère ensuite que ce n’était pas indispensable.       
    Les américains à Three Miles Island n’avaient pas organisé cette évacuation qui s’est faite spontanément dans la panique (avec un mort par accident de voiture) et les russes à Tchernobyl ont trop tardé et la contamination par l’iode a été catastrophique (cf. précédent article).
    Mais il ne faut pas se cacher qu’une évacuation de dizaine de milliers de personnes est difficile et traumatisante pour les intéressés qui la subissent. On doit les nourrir et les héberger dans des conditions les moins mauvaises possible, et compte tenu des désastres engendrés par le tsunami par ailleurs, ce ne doit pas être chose facile au Japon actuellement.
    La zone à évacuer dépend des mesures faites sur place; pour le moment au Japon elle serait d’au moins 10 km et peut aller jusqu’à 30 km autour des centrales, en fonction des mesures faites.

    A une certaine distance de la centrale accidentée, des mesures d‘évacuations ne seront prises que ponctuellement si on constatait une forte contamination, qui dépend de l’accident initial, de la distance, du régime des vents et du relief.
    Dans le cas du Japon, sauf  nouvelle catastrophe, les taux de contamination devraient rester faibles et, dans les zones qui seraient les plus touchées, il suffirait sans doute de faire un calfeutrage des ouvertures des locaux  avec des bandes adhésives, la mise à l’abri de la nourriture, de sortir le moins possible avec un masque anti-poussières humide que l’on jette ensuite dans un sac en plastique et une blouse ou un imperméable que l’on peut laver au retour et prendre une douche pour éliminer les poussières de la peau, qui, si elles sont radioactives (béta), pourraient provoquer des brûlures de la peau.

    Les pilules d’iode :

    Nous avons vu que la thyroïde va stocker l’iode radioactif 132 et que, recevant de fortes doses de rayonnements elle peut, à terme, développer un cancer.
    Si l’on sature la thyroïde avec de l’iode non radioactif quand on constate un taux élevé d’iode 132 dans l’air, on va empêcher la thyroïde de stocker le produit dangereux radioactif.
    Mais saturer la thyroïde la dérègle en partie et provoque des réactions indésirables et il ne faut donc le faire que s’il y a vraiment danger,. De plus l’iode ainsi ingéré sous forme de pilule est assez rapidement éliminé et la protection ne dure que quelques jours.
    S’il est normal dans le cas d’accident comme celui du Japon de distribuer des pilules d’iode, leur prise ne doit être faite que sur commande des autorités et au début d'un danger réel.
    La prise d’iode en France où le taux d’iode 132 restera pratiquement nul est une ineptie dangereuse.
Le nuage d’iode mettra au moins une dizaine de jours à venir en Europe et l’activité sera divisée par un facteur de l’ordre de 106 du fait de la dilution atmosphérique par les vents. Il ne restera qu’une activité négligeable.
    Le bruit de fond du aux rayonnements cosmique et tellurique de quelques microsieverts par heure masquera effectivement en France le passage du nuage dont le débit de dose est trop faible. Pour le détecter il faudra un spectromètre réglé sur les rayonnements de l'iode 131 et la quantité que l'on trouvera sera de l'ordre de quelques dizaines de micro-béquerels alors que pour un examen médical de scintigraphie, on injecte dans la thyroïde environ un million de béquerels d'Iode 131!

    La surveillance de l’environnement. (cf. image au début de l'article)

    Il faut par ailleurs surveiller l’environnement, c’est à dire la contamination des cultures et surtout du lait et de l’eau. Si cela avait été fait en Russie, la plupart des cancers de la thyroïde des enfants auraient été évités (dus à la consommation de lait).
    On dispose d’appareils simples qui, lorsqu’on verse le liquide dans un récipient spécial, donne sa contamination en béquerels par litre et l’on peut alors décider si l’on interdit sa consommation.
    Dans un premier temps les boissons et aliments dans des emballages sont évidemment sains (à condition de décontaminer les emballages s’ils étaient contaminés). L’acheminement de tels produits non contaminés peut être essentiel pour la population. Par la suite l’eau peut être purifiée pour la rendre potable.
   
    Par ailleurs toutes les opérations de décontamination vont créer des déchets contaminés (en général peu actifs et peu dangereux) mais qu’il faut surveiller, mesurer et ne pas jeter n’importe où , mais conserver et stocker ensuite dans des endroits appropriés et traiter éventuellement.

    Et après ?
    Il est certain que les abords de la centrale seront contaminés pendant une période non négligeables et la population ne pourra pas forcément réintégrer partout les logements pour cette raison. Il faudra faire des mesures, des simulations de doses que l'on recevrait et décider en fonction des résultats
    Quand à la centrale elle-même elle sera d’abord neutralisée (peut être un capuchon épais comme à Tchernobyl) puis peu à peu démontée mais il faudra attendre que la radioactivité diminue, puis automatiser le opérations, ce qui n’est pas facile dans des lieux en partie détruits.
    Ce sera une opération de plusieurs années (voire dizaines d'années).
    Les autorités sanitaires continuent de surveiller la population et notamment les intervenants dans la centrale.
    Actuellement je ne pense pas qu’il y ait des conséquences graves, car les japonais se sont montrés beaucoup plus sérieux que les russes, mais les renseignement épidémiologiques sont toujours importants..

    Nota : l’acide borique.
    On me demande pourquoi on a envoyé de l’acide borique au Japon.
    Le bore est un absorbeur de neutrons et il était envisagé de le mélanger à de l’eau et de mettre ce mélange dans la piscine du réacteur n° 4 en particulier.
    Pourquoi, je ne sais pas exactement. Normalement, les barres de contrôle étant descendues, il ne devrait plus y avoir de neutrons et de réactions de fission.
Mais l’eau ne se trouvant plus tout autour du réacteur, la configuration du coeur est changée, et l’eau absorbe aussi une partie des neutrons.
    Il est donc possible qu’il y ait une légère activité du coeur qui le chauffe encore plus. Le bore absorbant ces neutrons, cette activiyé serait supprimée.
    Mais ce n’est qu’une hypothèse de ma part, car je n’ai rien trouvé dans les informations officielles ou non.   

    Et pour que vous ayez quand même un sourire : les japonais contrôlent la population dans les zones sensibles, mais pour faire plaisir aux journalistes, je crois qu’ils en font parfois un peu trop !!
    Et ils ont oublié de mettre un masque au York.


http://lancien.cowblog.fr/images/Sciences/bp23.jpg
Par maud96 le Mercredi 23 mars 2011 à 11:13
Ici, un listing intéressant des "accidents" nucléaires survenus dans des centrales "civiles" à travers le monde : http://resosol.org/InfoNuc/accidentsnucleairesBelbeoch.html
On peut en conclure que le danger est moins un "tsunami" éventuel que les erreurs humaines dûes à des manipulations de spécialistes au sein même des centrales.
Vu l'arrosage intensif à l'eau de mer des centrales nippones, l'un des dangers immédiats est la formation de tritium à haute dose dans l'eau de mer ou les nappes phréatiques. Ce "simili-hydrogène" (isotope)à durée de vie relativement courte peut être intégré dans l'eau et pénétrer par là au coeur même de la cellule vivante, allant jusqu'à provoquer des altérations de l'ADN, surtout chez jeunes humains ou animaux. Les études sur la radioactivité de l'eau commencent seulement à soupçonner les dégâts qu'il peut commettre pendant sa "courte" vie ! Lire ici : http://resosol.org/Gazette/tritium/risques-sous-evalues.html
... mais beaucoup d'autres références en anglais...
 

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