Samedi 26 mai 2012 à 8:15

            Je suis toujours assez étonné quand j'entends des femmes dire qu'elles se sont fait faire des injections de "Botox" ou quand je lis sur les magazines féminin des réclames pur les traitements pour estomper les rides.
            En effet les toxines botuliques à base du Botox, relâchent les muscles et donc détendent la peau.
            La chirurgie et la dermatologie esthétiques s'étant banalisés depuis une quinzaine d'années, l'usage extramédical de toxine botulique est maintenant répandu dans les sociétés occidentales qul vantent la jeunesse, le corps et le bonheur individuel.
            L'injection de Botox n'est plus réservée à une clientèle riche et célèbre, mais est devenue, pour certaines l'occasion de se faire plaisir.
            En 2009 la société américaine Allergan, qui commercialise ce produit, a fait le tiers de son chiffre d'affaires, soit 1,3 milliards $ grâce à ce produit.
 
            Cela me donne des frissons dans le dos, car une équipe de mon labo a, il y a bien longtemps, étudié les effets de la toxine botulique sur des animaux, et ce n'est pas rassurant. Jamais je n'utiliserais un tel produit en dehors d'une surveillance médicale très sévère.
            Certains la considèrent comme un agent "biologique" potentiel.
            En fait c'est un produit chimique, une toxine, qui est sécrétée par une bactérie Clostridium Botulinum.
            D'autres êtres vivants (animaux et plantes) sécrètent également des toxines (tous les venins de serpent, de scorpions, araignées, cônes, insectes...) mais aussi des algues, des champignons et autres végétaux. Le curare et la digitaline pourraient être considérées comme toxines.
            Ce sont des biomolécules qui sont nocives à très faible dose pour l'organisme humain, et la plupart ont un effet paralysant sur le système nerveux et peuvent être mortelles par arrêt du coeur ou de la respiration : on les appelle alors "neurotoxines".
            Elles ont en général une action sur la transmission des ordres de contraction des muscles, que j'expliquerai plus loin.
            La toxine botulique est le plus souvent produite par les bactéries qui infectent et se développent dans des aliments, notamment viandes et conserves mal stérilisées (botulus en latin veut dire "boudin" et au Xème siècle l'empereur bizantin Léon VI a interdit le boudin suite à des intoxications alimentaires), mais aussi dans le miel.
            Le Clostridium Botulinum n'est pas transmissible entre humains.
            Les cas de botulisme sont assez rares 1000 par an dans le monde environ et 45 personnes en France de 2007 à 2009.
           
            Pour donner une idée de sa virulence, la toxine botulique est 40 millions de fois plus toxique que le cyanure et la dose létale "50" (qui produit statistiquement 50% de décès dans un groupe), est de l'ordre de 1ng/kg dans la circulation sanguine, c'est à dire pour un être humain de 60 kg, environ 60 10 -9 gramme.
            C'est une énorme protéine, (6760 atomes de carbone, 10447 atomes d'hydrogène, 2010 d'oxygène, 1743 d'azote et 32 de soufre). Une chaîne, la plus grosse, lui permet d'entrer dans les neurones infectés et la seconde, plus petite, qui est une enzyme, porte l'activité toxique.
 
            Son mécanisme d'action est le suivant :
 http://lancien.cowblog.fr/images/SanteBiologie-1/muscle.jpg           Une fibre musculaire est reliée au système nerveux périphérique par des neurones dits moteurs qui projettent vers elle plusieurs terminaisons nerveuses, qui ont à leur extrémité une. jonction neuromusculaire, analogue à une synapse, qui assure la transmission des signaux neuronaux vers les muscles
            En temps normal des vésicules contiennent un neurotransmetteur, l'acétylcholine, ainsi qu'une protéine dans leur paroi (synaptobrévine sur le schéma). Lorsque la vésicule atteint la synapse, une seconde protéine (SNAP25 sur le schéma) s'associe à la précédente pour faire pénétrer la vésicule dans la paroi de la synapse et l'ouvrir, de telle sorte que l'acétylcholine est alors déversé dans la fente synaptique. (schéma de gauche).
            L'acétylcholine est alors fixée par des récepteurs du muscle et provoque sa contraction.
            Elle est ensuite détruite par une enzyme la cholinestérase, pour que le muscle puisse se relâcher et se recontracter à la suite d'un nouvel influx nerveux.
           
            http://lancien.cowblog.fr/images/SanteBiologie-1/synapsemuscle.jpgLes toxines botuliques (de deux sortes A et B), perturbent cette connexion.
            Elles traversent d'abord la paroi intestinale, puis sont véhiculées par le sang, jusqu'aux muscles;
            Elles entrent à traverse la paroi de la synapse en se liant à des protéines (SV2 - schéma du milieu) et ensuite bloquent l'une ou l'autre des protéines synaptobrévine ou SNAP25. (schéma de gauche sur la figure).
            L'acétylcholine n'est plus libérée et il n'y a plus de contraction musculaire.
            On constate donc une paralysie des muscles à la fois droite et gauche, et si le malade n'est pas soigné, la paralysie atteint les muscles pulmonaires et il meurt.
            Les soins consistent en une mise sous assistance respiratoire et l'injection d'une antitoxine, qui va concurrencer l'action de la toxine, mais n'est efficace que sil'injection est faire rapidement.
 
            Mais la toxine botulique n'est pas inutile.
            Ce sont des outils précieux en recherche qui ont permis de préciser les mécanismes neuronaux de contraction musculaire.
            On envisage d'utiliser les toxines comme "vecteurs" de molécules thérapeutiques : la toxicité des toxines botuliques étant contenue dans leur chaîne légère, on pourrait remplacer cette dernière par ure molécule thérapeutique; en se liant à son récepteur sur la membrane neuronale, la chaîne lourde de la toxine insérerait alors spécifiquement cette molécule thérapeutique dans les terminaisons nerveuses, où elle pourrait corriger des dysfonctionnements de certains neurones.
            Par ailleurs les effets relaxants de la toxine peuvent être utilisés, évidemment à très faible dose sous contrôle médical, pour des affections diverses : clignements spontanés incontrôlés de paupières, dysfonctionnement des muscles de la nuque, crampe de l'écriture, spasmes façiaux, de l'estomac ou du tube digestif....
            Mais il faut être sûr qu'on ne vous en injecte pas trop et donc avoir un bon médecin.

Par monochrome.dream le Samedi 26 mai 2012 à 11:19
C'est toute la magie de la pharmaceutique, cette capacité à détourner l'action d'un poison pour en faire un remède.
Ton article est passionnant, merci ! Un tout léger bémol par contre : les légendes des schémas sont un peu floues, alors j'ai eu du mal à déchiffrer certains mots sur le second. Mais même ainsi, l'article est clair.
Par jazz le Samedi 26 mai 2012 à 14:43
bonjour Jean-pierre

eh oui pourquoi vouloir s'injecter "botox" ou tels autres produits pour se donner l'illusion artificielle de rajeunir (et voir les effets à venir d'ici quelques années ???---)alors que les rides elles font un jour partie du réel chemin de la vie .

un coucou musical "jazz" toujours de sympathiques découvertes"

te souhaitant un bon w end de pentecôte
A+ du troubadour Emmanuel
Par PatrickRoy le Mardi 26 avril 2016 à 3:05
Coucou,
Toutes mes félicitations pour ce travail que vous faîtes
J’aurai malgré tout désiré légèrement plus de informations
 

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