Mardi 28 décembre 2010 à 8:24

Notre cerveau : intelligence; langage

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    Des neurobiologistes ont étudié comment les enfants japonais apprenaient à tracer les idéogrammes (kanji), qui sont à la fois très nombreux et visuellement complexes. Les traits de plume qui les composent doivent être écrits selon un ordre précis et rigoureusement codifié. Savoir lire les kanji demande auxjeunes Japonais de nombreuses années d'apprentissage.
    Quelle méthode utilisent les élèves pour les mémoriser ? Il faut les écrire des centaines de fois sur le papier, ou avec le doigt, sur la table ou dans l'air.
    Lorsqu'un lecteur japonais adulte hésite devant un caractère complexe ou peu fréquent, il trace en l'air les traits constitutifs du caractère, dans l'ordre approprié, et sa signification lui revient en mémoire. C'est un peu ce que vous faites lorsque vous ne vous souvenez plus du code d'entrée d'un immeuble, mais que le mouvement de vos doigts vous aide à le retrouver.
    La forme visuelle des idéogrammes ne suffit pas toujours pour retrou-ver leur sens, et il faut faire appel à la mémoire « sensito-motrice ».
    Quand on écrit, l'information nerveuse qui détermine l'ordre d'écriture des traits constituant ces caractères est codée dans certaines zones du cerveau : le cortex moteur qui commande nos muscles et le cortex somatosensoriel qui est le centre de notre toucher (en provenance des terminaisons nerveuses de la peau.) Ces deux zones sont situées sur le dessus du crâne, mais évidemment seules les parties concernat alors les doigts sont concernées; c’est une mémoire sensorimotrice du mouvement et des sensations qui lui sont associées.
    La reconnaissance visuelle des caractères kanji ne nécessite pas toujours l'exécution manuelle du caractère, mais les chercheurs se sont demandé si cette activité motrice ne serait pas mise enjeu de façon automatique dans le cerveau, même en absence de mouvement volontaire de la main et des doigts.
    Lors d'une étude d'imagerie cérébrale, ils ont présenté à des sujets japonais les premiers traits d'un kanji et leur ont demandé de retrouver l'intégralité du caractère, sans faire de mouvement. Ils ont observé que des zones du cerveau normalement mises enjeu dans l'écriture du kanji étaient activées dans ces conditions. Ainsi, retrouver les kanji dans leur mémoire sensorimotrice induirait une sorte d'écriture mentale, automatique et non intentionnelle.

    Qu'en est-il dans notre système alphabétique ?
    Le principe de base est le même: il s'agit, là aussi, d'associer des traits et de les reconnaître comme formant une seule et même lettre.
    Si l’on compare l'activation cérébrale suscitée par des formes connues et inconnues (des lettres et des symboles ressemblant à des lettres mais n'appartenant pas à l'alphabet), on constate que seule la vue de lettres (et non de pseudo-lettres) active, chez des droitiers, une zone située dans le cortex prémoteur gauche qui commande la main droite, laquelle s'active également lorsque les sujets écrivent les lettres et les pseudo-lettres. Chez ceux qui écrivent de la main gauche, c’est le sentre analogue de l’hémisphère droit qui intervient.
    Nous percevons donc les lettres non seulement par la vue, mais aussi par le toucher (dans la mesure où nous apprenons en même temps à lire et à écrire), et plus précisément par la simulation mentale inconsciente des mouvements que l'on exécute en écrivant.
    Cela s'explique par le fait que la correspondance entre le mouvement graphique et la forme produite est unique : à chaque lettre correspondent un seul mouvement et donc un "schéma-moteur" spécifique.

    La situation est très différente lorsqu'on écrit avec un clavier.
Il s'agit cette fois d'atteindre un point du clavier où se trouve une forme donnée. La correspondance entre le mouvement et la forme de la lettre est arbitraire: un mouvement identique peut aboutir à produire deux lettres différentes, et inversement, la même touche peut être atteinte par des mouvements différents. Il n'y a pas une rela- tion unique entre la lettre et le mouvement, et rien dans le mouvement d'atteinte des touches ne renseigne sur la forme ou l'orientation de la lettre formée.
    Une étude a été faite sur 76 enfants de 3 à 5 ans auxquels on a appris à reconnaitre 15 lettres de l’alphabet, pour la moitié des sujets en associant l’écriture manuelle et pour l’autre poitié, en associant un clavier simplifié ne comportant que ces 15 lettres.
    Trois semaines après les chercheur ont demandé au enfants de reconnaître des lettres parmi ces quinze, certaines étant même un peu “déformés” volontairement.   
    Chez les enfants les plus âgés (entre quatre et cinq ans), l'écriture manuscrite était bénéfique : les enfants reconnaissaient mieux les lettres qu'ils avaient écrites à la main. Au contraire, les enfants ayant appris au clavier avaient des difficultés à reconnaître certaines lettres.
    En revanche, cette différence n’a pas été constatée sur les plus jeunes. Cela résulte probablement du fait que les structures neuronales contrôlant la motricité fine, nécessaire pour produire des mouvements précis des doigts et du poignet, ne sont pas suffisamment matures chez ces tout petits.        
    D'ailleurs, les lettres qu'ils produisent sont souvent éloignées du modèle, et donc, non seulement ils voient une lettre mal tracée, mais de plus, les signaux sensorimoteurs engendrés par leurs mouvements ne sont pas adéquats pour informer correctement le cerveau sur la forme esquissée par le crayon.
    Les chercheurs ont également observé que les enfants ont souvent tendance à confondre les lettres qu'ils ont apprises avec leur image en miroir surtout chez les plus jeunes.
    Dans une autre expérience menée avec des adultes, auxquels on apprenait des caractères autres que ceux de l’alphabet, soit en les écrivant, soit en les tapant, les expérimentateurs ont vérifié que l’orientation des caractères était mieux mémorisée si on les apprenait en les écrivant manuellement.

    Il semble donc très préférable d’apprendre à lire aux enfants, en même temps qu’on apprend à écrire manuellement, et non de faire cet apprentissage au clavier
    Toutefois il s’agit du premier apprentissage de la lecture et de l’écriture.
    Dans le cas où on apprend à taper alors qu'on sait parfaitement lire et écrire, la situation est différente et je vous parlerai demain de ma propre expérience d'apprentissage du clavier.
Par alyane le Mardi 28 décembre 2010 à 8:46
Dans l'apprentissage de la musique, il est bénéfique d'associer différentes entrées, l'oeil, l'oreille, la voix, les doigts et le oorps pour apprendre lire et écrire les notes.
Par deamone-iak le Mardi 28 décembre 2010 à 14:22
Cet article est très intéressant! Comme quoi le développement de la technologie n'est pas forcément bénéfique dans certains domaines ;p
Par Lady Chatterley le Mardi 28 décembre 2010 à 15:31
Très intéressant sujet, merci Monsieur
Par sol5 le Mercredi 24 février 2016 à 17:54
Commentaire très intéressant d'articles qui m'intéressent beaucoup. Serait-il possible d'avoir les références (sauf celui de Longkamp et Velay).
Merci !
 

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