Samedi 2 mars 2013 à 7:56

Scarification, suicide

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             Il m'est arrivé plusieurs fois de me trouver sur internet, face à une jeune qui m'avait appelé à l'aide, parce qu'elle voulait prendre des médicaments pour quitter la vie et qui tout à coup avait eu peur de son geste.
            Je crois qu'en définitive, si elle m'avait appelé c'est qu'elle ne voulait pas mourir, mais on n'est jamais certain de cela, on n'est pas rassuré, on a peur de ne pas savoir trouver les mots qu'il faut, et on a peur de ne pas réussir.
       Alors peut être puis-je faire quelques remarques, pour le cas où vous vous trouveriez un jour embarqué(e)s dans une telle galère, mais je ne suis pas psy, ce ne sont donc que des observations personnelles.
            Pour faciliter mon texte, je l'écrirai au féminin, mais rien ne changerait si c'était un garçon qui vous demandait de l'aide.
 
Tout d'abord, comment dialoguer ?
            Les mails sont lents; il faut attendre la réponse de l'autre et pendant qu'il écrit, il peut se passer bien des choses dans sa tête..Il faut essayer de faire de tout petits mails pour qu'il y ait un échange rapide analogue à MSN.
            MSN ou un autre chat, c'est mieux, parce que cela va plus vite; il y a un contact immédiat on peut réagir. Mais il est commode d'écrire sur un traitement de texte un “projet de réponse” pendant que l'autre tape son texte pour ne pas perdre de temps et faire ensuite des copier-coller sur la fenêtre MSN. On arrive ainsi à faire presque une “conversation”.
            Ecrire est bénéfique pour celle qui a des intentions de suicide, cela l'oblige à réfléchir, mais en sera t'elle capable, car écrire demande un bon fonctionnement du cortex ?.
             téléphone portable, c'est finalement la meilleure solution, car c'est rapide et on écoute non seulement les paroles, mais aussi les intonations de la voix. Seulement attention, on peut corriger avant d'envoyer un texte, mais on ne corrige pas la parole, alors il faut réfléchir avant de parler!! Ne pas dire de bêtises !!
 
D'abord essayez vous même de rester calme, de ne pas paraître effrayé(e), oubliez surtout vos convictions, votre propre peur de la mort, vos préoccupations à vous.
            Ce n'est pas de vos problèmes, de vos pensées qu'il s'agit, mais de celles de la personne qui est en face de vous et qui vous a appelé(e) et a donc confiance en vous..
            On ne vous demande pas votre avis : on vous demande d'aider celle qui vous appelle.
            Bien sûr il faut arriver à la convaincre, mais on n'est, ni en train de faire un devoir de philo, ni dans une réunion politique, ni en train de discuter avec des copains.  A priori vous ne savez pas comment vous y arriverez, et il va falloir que vous trouviez comment vous allez vous y prendre.
            Vous êtes malheureusement condamnée à improviser, en fonction de ce que l'on vous dira.
 
Une recommandation importante, ne la jugez pas, ne lui dites surtout pas que c'est mal ce qu'elle veut faire. Vous n'êtes pas là pour faire de la morale, mais pour essayer de diminuer une souffrance.
            Ne vous laissez surtout pas embarquer dans une discussion pour savoir si se suicider est lâche ou courageux, si c'est bien ou mal au plan moral ou religieux. Quelle importance ? Croyez vous que cela diminuera sa souffrance ?
            Et quoiqu'elle vous dise, même si vous trouvez idiotes et exagérées les raisons qu'elle vous donne de son envie de mourir, ne doutez pas de sa souffrance.
            Cette souffrance est peut être démesurée par rapport à ses causes, mais elle est réelle, et pour en arriver à désirer mourir, son désespoir sur le moment est grand. Certes il n'est peut être que passager, il passerait peut être rapidement, mais si elle passait à l'acte avant, ce serait trop tard.
 
La première chose à faire, même si vous la connaissez déjà, c'est de l'écouter, même si son langage est un peu incohérent (et plus il l'est plus la situation est critique).
Il faut arriver à savoir ce qui lui arrive, à écouter sa souffrance pour la comprendre et la mesurer.
            Quand vous ne comprenez pas, essayez de poser des questions, doucement, clairement, sans s'énerver, sans l'énerver aussi. Essayez surtout de lui montrer que son histoire vous intéresse, que vous êtes son ami(e), que sa souffrance, vous la faites vôtre.
            Ce n'est que lorsqu'on a bien compris cette souffrance, ses causes et leur importance relative, que l'on pourra vraiment faire quelque chose.
 
Dans un tel moment la personne a besoin d'affectivité de se sentir aidée, épaulée, d'avoir confiance en vous.
            Il faut donc d'abord essayer de la rassurer sur le plan affectif, lui dire qu'on est là, qu'elle peut s'appuyer sur vous, que l'on va essayer de comprendre et de partager sa souffrance, de l'aider à la surmonter, que son état actuel est passager, que cela va aller mieux maintenant que vous êtes là, près d'elle, que l'on peut s'en sortir, que d'autres l'ont déjà fait et qu'elle n'est plus seule pour le faire.
    Et ne croyez pas que parler du suicide avec quelqu'un qui a envie de se suicider augmente cette envie : votre interlocutrice a, au contraire, besoin d'en parler, de “vider son sac”, de partager sa douleur. C'est pour cela qu'elle vous appelé(e).
 
Une chose très importante est de savoir alors si la personne raisonne encore et si des arguments logiques peuvent encore la toucher, ou si elle est en plein délire sentimental, si elle est submergée par sa tristesse et dans ce cas, les arguments raisonnables et logiques n'ont plus de poids.
            Cela vous le verrez à la façon dont elle vous fera part de sa souffrance et des raisons, si son discours est raisonnable et sensé ou au contraire, si il n'est fait que de sensations affectives, de plaintes, de désespoir.
            Car là il va falloir décider de la façon dont vous allez essayer de la convaincre.
            Si elle est  encore en état de raisonner, vous pourrez faire appel à son intelligence, à la logique, à des arguments rationnels. Mais sachez que ces arguments, s'ils sont efficaces avec des personnes qui ont simplement des idées morbides, par contre si la personne est au bord du gouffre, elle ne raisonne plus, et ils sont inefficaces.
   
Alors que faire avec quelqu'un qui, désespérée a perdu tous ses repères rationnels?
            On ne peut plus agir qu'au niveau des sentiments et le but immédiat c'est de forcer le cerveau de la personne à oublier quelques secondes son désespoir pour revenir à la raison : rétablir le contact entre le cerveau émotionnel et le cortex. Et là il faut improviser en fonction de ce qu'elle vous dit.
            L'une de mes correspondante m'a montré qu'elle avait très peur de la mort et j'ai essayé d'augmenter cette peur à tel point que son cerveau tout à coup a réagi “n'en rajoute plus”, est revenu dans le rationnel et on a pu discuter.
            Je connaissais bien une autre de mes interlocutrices depuis quelques mois et elle m'avait confié ses espoir, ses projets futurs qui lui tenaient à cœur et on en avait beaucoup discuté.  Je le lui ai rappelé ces projets que je l'avais aidée à construire, et je lui ai dit qu'elle ne pouvait abandonner, faire cela ni à elle, ni à moi. Et on s'est remis à parler de ces projets, de façon affective d'abord, rationnelle ensuite et l'envie d'un avenir est revenue.
 
            Il n'y a pas de recette miracle, il faut faire au mieux, et si l'on a trop peur de ne pas réussir, appeler quelqu'un d'autre à l'aide.
 
 
Par maud96 le Samedi 2 mars 2013 à 10:42
Par monochrome.dream le Samedi 2 mars 2013 à 11:43
Ce que tu fais pour les autres, et comment tu partages ça pour qu'on puisse tous s'aider... Tu es quelqu'un de très chouette :)
Par Madness.of.Love le Mardi 12 mars 2013 à 2:21
Merci pour cet article. Je vais tenter de m'en inspirer la prochaine fois que mon amie me fait part de ses "doutes".
 

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