Mardi 4 août 2009 à 9:45

Notre personnalité

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    Vous m’avez fait quelques commentaires sur mes articles sur Freud et la neurobiologie, mais surtout j’ai reçu de nombreux mails me faisant des remarques diverses, ou me posant quelques questions.
    Certaines d’entre vous ont regretté que je ne donne pas plus de détails, mais d’autres ont trouvé mes articles déjà longs et pas toujours faciles à comprendre. J’ai essayé de simplifier et de résumer le plus possible et ce n’est pas toujours aisé.
    J’avoue avoir une autre difficulté : pour la neurobiologie je possède ou j’ai lu une abondante documentation, cours de neurobiologie, articles de chercheurs. Ce sont des sujets scientifiques et je suis donc à l’aise et j’ai pu lire les publications écrites par les auteurs eux mêmes, européens ou US.
    Pour la psychanalyse et les thèses de Freud, je n’ai jamais lu Freud dans les textes, mais seulement des cours de fac ou de médecine. Ils m’ont paru difficiles à comprendre, rédigés dans un langage assez ésotérique, et plus proche de la philosophie que de la science et donc j’ai davantage de difficultés à en donner une analyse simple, claire et précise.

    Certaines d’entre vous me disent qu’elles ne comprennent pas bien la différence entre “refoulement” et “blocage”.
    C’est effectivement assez subtil et je n’ai pas donné assez d’explications.


     Freud considère que les règles innées (“ça”) ou acquises (“surmoi”) et engendrées par l'éducation, la société et l'expérience, ont pour conséquence la censure, qui est un barrage sélectif qui empêche certaines actions et surtout rejette dans l’inconscient des idées et images provoquant du déplaisir et concernant généralement nos désirs sexuels ou notre vécu dans l’enfance et l’adolescence.
    C’est ce rejet dans l’inconscient de nos désirs, nos regrets, nos remords, qu’il appelle le refoulement.
    Freud considère que les désirs qui vont être refoulés ne sont pas conscients et que le refoulement ne l’est pas non plus. Tout se fait en dehors de la conscience et donc nous ne nous apercevons de rien.
    L’inconscient d’après lui, est essentiellement peuplé de ces refoulements qui le mettent en pression et ils peuvent, indépendamment de notre volonté et de façon en grande partie inconsciente, provoquer des rêves, des fantasmes,des pulsions et donc empêcher ou surtout engendrer des actions incontrolées.
    Le fait de refouler ces désirs permet de se protéger en évitant qu’ils se manifestent par des pulsions violentes. C’est alors un mécanisme de défense.   
    Cependant les désirs refoulés sont pour Freud et les psychanalystes, la cause de l’angoisse et des névroses. Un des buts de la thérapeutique est d’essayer de rendre les refoulements conscients, pour essayer de les maîtriser.
    Pour Freud, la mémoire ne fait pas partie de l’inconscient et il appelle le contenu de la mémoire, le “préconscient”.   
    Les psys freudiens ont tendance  à considérer que le complexe d’OEdipe ou d’Electre dans l’enfance, la puberté dans l’adolescence et plus généralement toutes les contraintes de l’éducation des parents, provoquent des refoulements, interdits qui constituent l’essentiel de l’inconscient, qui transforment le jeune en “cocotte minute”  et qui sont responsables de toutes ses difficultés.
    Ces refoulements moteurs font pour les Freudiens partie de la mémoire.

    Pour les neurobiologistes, le mémoire consciente et inconsciente est faite de souvenirs, issus principalement de nos perceptions,
qui sont des connexions renforcées entre groupes de neurones, ces groupes étant le support d’un souvenir. Mais elle stocke dans ces souvenirs non seulement des images, des sensations autres (sons, odeurs, goût, toucher), mais aussi des émotions, notamment liées aux sentiments ou aux réactions des centres amygdaliens (peur, colère, stress..).
    Les souvenirs ayant une charge émotionelle sont d’ailleurs beaucoup mieux fixés dans la mémoire (connexions entre neurones plus solides) que les souvenirs anodins.
    Ces souvenirs ne sont pas élaborés seulement dans l’enfance et l’adolescence, mais tout le long de la vie, et ce ne sont pas des conséquences de la censure. Ce sont des souvenirs provoqués dans l’ordre chronologique par des événements, des situations, éventuellement des réflexions intérieures.
    Ils peuvent correspondre parfois à des désirs, remords ou regrets, qui sont des émotions particulières, mais ce n’est qu’un cas particulier.
   
    Lorsqu’ensuite nous voulons agir, c’est notre cortex frontal qui donne des ordres à notre cerveau et notre corps. Mais ces ordres, avant d’être transmis, passent par le cerveau émotionnel, qui peut les bloquer, voire les transformer, ou engendrer des émotions. En général ces ordres font appel à des mécanismes qui mettent en jeu la mémoire.
    Les groupes de neurones qui constituent certains souvenirs inconscients peuvent participer à ces mécanismes et donc influer sur nos comportements en provoquant des blocages intempestifs, voire des réactions émotionelles, dont l’origine peut donc être inconsciente et incomprise.
    Notre cortex frontal qui est logique, n’aime pas ces “actions inconnues” et il a tendance à nous donner des “raisons” de ces actes, lesquelles peuvent évidemment être fausses, voire parfois farfelues, puisqu’il ne comprend pas ce qui se passe dans notre inconscient.

    Dans certains cas le résultat des “refoulements “ ou des “blocages” peuvent être voisins lorsqu’il s’agit d’une part, au sens de Freud, de blocages provoqués par les “refoulements”, et d’autre part de blocages neurobiologiques provoqués par exemple par des traumatismes d’origine sexuelle.

    Pour que ce soit plus clair, je vous donne quelques exemples, aujourd’hui celui de “Crevette” et demain ceux de Langoustine et Lotte (ne cherchez pas, ces jeunes n'ont plus de blog et ce ne sont pas des correspondants de cowblog).

    Crevette avait 14 ans. C’était une gentille ado qui avait de bons résultats scolaires, mais son moral s’était peu à peu détérioré depuis 3 ans. Elle était en conflit avec ses parents, surtout son père. Elle avait eu un petit ami mais cela n’avait duré que deux mois, au premier baiser,  puis elle avait une amie, camarade de classe, très grande amitié toute platonique comme on en a à cet âge où on manque de tendresse. Son père, pas très tolérant, n’approuvait pas bien à tort cette amitié, avait traité sa fille de “gouine” et l’avait sommée de ne plus voir cette amie.
    C’était la crise, Crevette avait  commencé à se scarifier et ses parents horrifiés, l’avaient envoyée chez le psy.
    Ce psy avait d’abord cherché des causes dans les refoulements de désirs de petit ami, contrariés par la sévérité de ses parents qui ne toléraient que quelques sorties le soir et  en général accompagnée par une cousine plus âgée, (Crevette n’avait que 14 ans!) puis il lui avait dit qu’elle n’avait pas réussi à éliminer son complexe d’Electre, qu’elle avait refoulé ses désirs incestueux pour son père, qu’elle avait essayé de les reporter sans succès sur son petit ami, et que la censure et le refoulement de ces désirs inconscients l’avait fait s’orienter vers une personne du même sexe et que le seul moyen de briser ces refoulements, était d’avoir à nouveau un petit ami et d’aller avec lui plus loin qu’un baiser.
    La pauvre Crevette n’y comprenait rien, n’ayant jamais eu conscience d’avoir souhaité avoir des désirs incestueux vis à vis de son père, et n’ayant pas, à juste titre, de culpabilité de son amitié pour cette camarade, et par ailleurs n’ayant pas envie d’un nouveau petit ami.
    Elle a obtenu de sa mère de ne pas retourner chez le psy, contre la promesse de ne plus se scarifier.

    Elle lisait mon blog et est venue pleurer sur mon épaule virtuelle.
    On a longuement discuté de son enfance heureuse, de ses souhaits de vie, de son mal être. On a alors constaté que son père avait adoré sa fille et s’occupait beaucoup d’elle jusqu’à ce qu’elle ait huit ans et que son frère naisse. Son père peu à peu, ne s’est plus occupé que du garçon et sa fille s’est sentie abandonnée, sa mère étant par ailleurs très occupée par son travail Peu à peu le stress l’a gagnée et cela a été la crise.
    Je lui ai expliqué que le traumatisme dû à cette sensation d’abandon par son père - dont tout enfant a besoin, d’aimer et d’être aimé - l’avait tellement affectée que cela l’avait bloquée vis à vis de son petit ami, trop désinvolte avec elle et dont elle craignait aussi inconsciemment l’abandon (avec d’ailleurs une probabilité très grande qu’elle ait raison.).
    Ayant besoin de tendresse, elle avait trouvé un certain réconfort auprès de son amie, quand la réprimande de son père l’a poussée à bout et cela associé à quelques autres problèmes mineurs et à des résultats scolaires moins bons, l’a menée à une mini-dépression.
    Elle a pu expliquer clairement la situation à sa mère, qui ensuite a réussi à convaincre son père de revenir sur ses jugements.
    La situation s’est améliorée durant l’année suivante et maintenant Crevette a passé son bac, est en prépa d’ingénieur, a un petit ami avec lequel elle a l’air de s’entendre, ayant surmonté son blocage.

    Demain je vous raconterai les histoires de Langoustine et de Lotte.



Par Plaiethore le Mardi 4 août 2009 à 10:35
Une question qui brûle mes doigts : avez-vous eu une formation en psy-quelque-chose ?
Par maud96 le Mardi 4 août 2009 à 11:06
"Crevette", "Langoustine", "Lotte" ... oui, on rentre de plus en plus dans la "psychologie des profondeurs"... marines ! :)...
com amical à ne pas "prendre avec des pincettes" !
Par Paskale le Mardi 4 août 2009 à 11:16
^.^ J'adore le com de la gentille chevrette ^.^
Par lancien le Mardi 4 août 2009 à 12:43
Moi aussi j'aime beaucoup l'humour de Maud, et il m'arrive souvent de penser à elle quand je recherche un titre à mes articles,ou des photos de Bretagne.
Par Hékate le Mardi 4 août 2009 à 22:31
Bonsoir à vous,je vous ai répondu sur le fil d'archal et vous remercie d'être venu sur Richepin.Je viens de lire votre aticle.J'ignorais le complexe d'Electre.Pourtant ce domaine m'interesse et je connais un peu les travaux de Magnus Hirschfeld,et le peu que j'ai pu glaner sur Havelock-Hellis, un peu Jung,très peu sur Lacan,pas au point de différencier avec précision les nuances de thérapie ...Pratiquement pas d'études,autodicdacte donc,mais une longue instrospection,la lecture,une vie peu facile m'ont amenée à comprendre beaucoup.Du moins il me semble.On se confie volontiers auprès de moi.Il est difficile d'avoir une écoute attentive sans jugement.Mes "amis" sont rares,mais ce ne sont jamais des caractères fades.Les échanges sont une richesse intérieure précieuse.La toile m'apporte bien des "surprises" étonnantes,en dépit de mon peu de capacités informatiques.Je ne regrette pas de m'y être lancée!
Bien cordialement à vous.Hécate
Par alesia le Mardi 4 août 2009 à 22:54
Merci pour les nouvelles explications. Les exemples concrets sont plus parlants !
Par Plaiethore le Jeudi 6 août 2009 à 13:41
J'ai retrouvé le chenapan et je l'ai traîné par l'oreille jusqu'à sa place ; le "écriraloteur" est de nouveau au coin... et non au trou :]
Par Plaiethore le Samedi 8 août 2009 à 16:16
Mais... mais... MAIS ! Heu !!!
Monsieur Lancien, il ne faut pas arriver à des conclusions trop hâtives...
 

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