Mercredi 5 août 2009 à 8:09

Notre personnalité

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    Je vous ai hier raconté l’histoire de Crevette, aujourd’hui je vous parlerai de Langoustine et de Lotte.

    Langoustine avait eu une enfance très heureuse, mais quand elle a eu treize ans, ses parents ont commencé à se disputer, et trois ans après ils étaient divorcés.
    Cela s’était mal passé, les parents prenant à témoin leur fille et son frère et voulant les faire choisir entre eux deux. Puis le père s’était montré peu à peu odieux, faisant à son ancienne famille toutes les crasses possibles, psychologiques et financières : un véritable harcèlement.
    Langoustine a très mal vécu cette période et plus encore l’attitude de son père, ressentie comme un véritable abandon. Au début du divorce son père la voyait certains week-ends, puis il s’est remis en ménage et n’a plus cherché à la voir.
    Langoustine était presque en dépression, sa mère, très traumatisée par son divorce, ne lui était d’aucun secours, d’autant plus qu’elle essayait de reconstruire sa propre vie de femme.
    Elle a cherché auprès de petits amis un certain réconfort, mais cela ne répondait pas à ses espérances. Il y en a quatre en deux ans, et désespérée elle commençait à se mutiler. Affolement de la mère qui l’a envoyée chez un psy.
    Le bon vieux complexe d’Electre est revenu sur le tapis, ainsi que le refoulement du désir vis à vis de son père. Puis également la jalousie vis à vis de sa mère et de son compagnon qui avait apporté un peu de stabilité dans sa vie.
    Le psy a dit à Langoustine qu’elle refoulait le désir inconscient envers ce compagnon, par censure de la fidélité qu’elle pensait devoir à son père et que c’était aussi les refoulements des désirs vers ces deux hommes qui l’empêchait de ressentir du désir envers ses petis amis.

    C’est dans ce cadre que je l’ai connue et nous avons longuement discuté pendant quelques mois.
    Incontestablement le divorce de ses parents était à l’origine de son mal.
Elle avait subi trois traumatismes lents et longs :
    - devoir choisir entre ses deux parents;
    - le harcèlement de son père et sa méchanceté, lui qui aurait dû continuer au moins à aimer ses enfants;
    - le remariage de son père et surtout le fait qu’il ne veuille plus voir elle et son frère. Un véritable abandon.
    Coté petits amis, ils ne lui avaient jamais apporté ce qu’elle attendait d’eux : tendresse et amour. Ils souhaitaient s’amuser, sortir et coucher avec elle, sans se soucier tellement de la connaître, de la comprendre, de l’aider. Ils n’avaient jamais été plus loin que des baisers, sauf avec le dernier, mais à peine plus affectueux que les autres; mais Langoustine ne ressentait aucun blocage sexuel vis à vis d’eux, mais l’impossibilité de développer un amour sincère réciproque.
    Là son cerveau bloquait car elle voyait en eux des personnes aussi peu capables d’aimer que son père et du coup c’était la rupture.
    Par contre elle n’avait ni animosité ni désir vis à vis du compagnon de sa mère, qui se comportait très correctement vis à vis d’elle et de son frère.
    On a parlé de son enfance heureuse, de ses souhaits de vie future, du métier qu’elle aimerait avoir, de ses études, de la vie de famille qu’elle souhaiterait, et finalement de l’homme qu’elle aimerait avoir pour compagnon et père de ses enfants.
    Elle s’est ainsi reconstruite peu à peu et a réussi à tourner la page de son passé, en sortant peu à peu de l’adolescence pour entrer dans une vie d’étudiante et bientôt d'adulte.

    Lotte avait 15 ans. Elle n’avait jamais connu son père et sa mère était morte quand elle était toute jeune. Elle avait été prise en charge par la DASS et mise dans un foyer. Puis elle avait eu la chance d’être adoptée quand elle avait dix ans.
    Mais elle n’arrivait pas à témoigner de l’affection à son nouveau père adoptif qui pourtant était gentil avec elle. Un jour où elle était triste, il avait voulu la consoler et sans arrière pensée, lui avait pris la taille, l’avait prise contre lui, lui avait caressé les cheveux et lui avait embrassé le front. Bizarrement elle avait réagi très violemment, repoussant son père et le frappant.
    Sa mère adoptive, très choquée l’avait envoyée chez leur médecin qui l’avait adressée à un psy. Celui-ci pensait que c’était le refoulement du désir de son vrai père qu’elle n’avait jamais pu connaître, qui s’était heurté au désir provoqué par le geste "chargé d’érotisme" de son père adoptif. Il a aussi critiqué en apparence sa vraie mère en l’accusant (c’est du moins ce qu’à compris Lotte), de ne pas s’être assez occupée d’elle quand elle était petite enfant, ce qui était faux, mais sa mère était malade, devaient subvenir à leurs besoins et avait peu de temps à lui consacrer, mais beaucoup d’amour cependant.
    Lotte a été traumatisée par cette accusation et n’a plus voulu revoir le psy, qui par ailleurs voulait la bourrer de médicaments “pour la calmer”.
   
    Nous avons discuté plus de 4 ans. Elle m’a raconté comment quand elle avait huit ans, elle avait été violée par un employé de la DASS et n’en avait jamais parlé, de peur de ne pas pouvoir être adoptée ensuite car elle considérait  cette agression comme une salissure qui la “dépréciait” à jamais. Cet homme avait eu au moment de son viol, des gestes voisins de ceux de son père adoptif, mais l’intention était toute autre. Je lui ai expliqué que son inconscient avait fait ce rapprochement dans sa mémoire et c’est ce qui avait provoqué son blocage et sa réaction immodérée, alors que son père adoptif n'avait aucune intention malveillante.
    Bien qu’il s’agisse d’un traumatisme sexuel, elle a pu se reconstruire en dehors de toute psychanalyse et de toute théorie sur le refoulement.
    Comprendre d’abord que son viol ne l’avait pas “salie”, mais que c’était un traumatisme analogue à celui provoqué par agression criminelle.
    Puis se reconstruire peu à peu exactement comme Langoustine l’avait fait.
    Elle a réfléchi à ce que serait plus tard sa vie de famille, ce qu’elle attendait d’un homme et les qualités qu’elle souhaitait voir à son compagnon futur. Elle a peu à peu réussi à assimiler comment l’amour physique s’articulait chez un adulte avec l’amour sentimental. L’âge aidant elle a appris aussi à dompter ses émotions. Tout cela était bien loin des théories de la psychanalyse.
    Lotte fait maintenant ses études de médecine, passe de 3ème année D1 en quatrième D2, et a un petit ami qui fait son internat et elle va emménager avec lui à la rentrée. Elle n’a plus besoin de moi, mais de temps en temps, me donne de ses nouvelles.
   
    Je vous cité ces trois cas pour illustrer la différence entre censure et refoulement d’une part et d’autre part blocage neurologique.
    Mais je ne voudrais pas que l’on généralise en croyant que tous les psys traitent ainsi leurs patients. Il y a de très bons psys qui ont aidé et sorti d’affaire leurs patients. Mais en général c’est plus en écoutant, en cherchant à comprendre, à discuter à partir des faits, avec logique et réalisme, qu’en utilisant des thèses très réductrices sur la psychologie sexuelle de l’enfance.

Par Paskale le Mercredi 5 août 2009 à 13:30
La croissance de la personnalité se fait à partir de l'inconscient.

] Carl Gustav Jung [


Que d'écrous qui doivent être desserrés…

Rien n'est plus "formateur" que d'assister en quelque sorte à "l'opération de la pensée" et bien que ces demoiselles aient trouvé un aboutissement à la source de leur problème votre porte ouverte a du être aussi salvatrice à leurs maux !
Par alesia le Jeudi 6 août 2009 à 11:57
je ss d'accord pour dire que le dialogue peut beaucoup, mais encore faut-il avoir quelqu'un à qui parler... d'où le recours au psy, souvent, comme dernier recours pr trouver une oreille accueillante..
Par invidia le Mercredi 12 août 2009 à 13:07
C'est dingue quand même de voir que tous les psys suivent les idées développées par Freud, toujours liées à la sexualité alors que les 3/4 du temps ça n'a strictement rien à voir (enfin sauf dans le dernier cas mais la conclusion du psy est vraiment "foireuse").

Tout ceci ne donne vraiment pas envie d'aller se faire psychanaliser. Finalement trouver quelqu'un d'ouvert avec qui l'on peut parler librement semble aider plus que d'aller voir un "professionnel".
 

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