Samedi 7 juin 2014 à 8:05

Inné et acquit

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    Vous savez que je m’intéresse au développement des enfants et notamment de leur cerveau.
    J’ai lu récemment, dans la revue « Pour la Science », un article assez affreux, mais néanmoins intéressant à ce sujet.

    Des « études ont été faites à plusieurs reprises dans les pays occidentaux sur le développement d’enfants dans des orphelinats, par rapport à celui des enfants adoptés ou , élevés par leur famille de naissance. Mais d’une part les populations d’études étaient faibles et d’autre part on pouvait craindre un artéfact, du fait que les jeunes adoptés étaient choisis, et que donc il pouvait y avoir une sélection entachant l’étude d’erreurs.
    Les neurosociologues ont pu faire une étude beaucoup plus valable sur des enfants roumains. Ce sont trois américains professeurs de pédiatrie et de neurologie, de psychiatrie ou de développement humain, Charles Nelson, Nathan Fox et Charles Zéanah, qui ont mené une étude sur des groupes de plusieurs centaines d’enfants, préalablement choisis pour être comparables et qu’il y ait le moins de biais possible.

    Le dictateur et président Ceausescu, pour augmenter la natalité de la Roumanie, fit interdire la contraception et l’avortement et imposa une taxe aux familles de moins de cinq enfants, entre 1965 et 1989.
    Le taux de natalité commença par grimper en flèche. mais, comme les familles étaient trop pauvres pour garder leurs enfants, elles en abandonnèrent plus de 170 000 enfants dans de grands orphelinats contrôlés par l’État.
    Malgré la chute du dictateur et les mesures prises par ses successeurs, le taux d’abandons demeurera important jusqu’en 2005. Toutefois, on essaya de confier certains enfants à des familles d’accueil, bien que certains dirigeants soient persuadés qu’élever les enfants dans ces orphelinats était meilleur pour eux que de les confier à des familles.
    Les chercheurs américains ont choisi trois groupes d’enfants, de profils médicaux voisins et n’ayant pas de trouble psychiatrique, dont l’un était constitué d’enfants élevés peu après leur naissance en orphelinat, l’autre d’enfants confié à des familles avant l’âge de deux ans et le troisième après l’âge de deux ans. Une comparaison a été faite aussi avec des enfants non abandonnés et restés dans leur famille de naissance. Les familles naturelles ou d’accueil étaient des familles très modestes pour que les conditions de vie restent comparables.
    Par ailleurs les orphelinats choisis pour l’étude, s’occupaient des enfants convenablement, sans mauvais traitement, mais évidemment sans l’affection de personnes d’une famille.
    Ces groupes d’enfants ont été suivis pendant plus de dix ans, par des chercheurs et des travailleurs sociaux, au plan du développement de leur cerveau et de leurs capacités mentales (on a en particulier évalué leur coefficient de développement mental sorte de QI pour jeunes enfants, à 3 ans et demi). Des examens de l’activité électrique de leur cerveau et en IRM ont également permis d’essayer de déterminer les conséquences cérébrales. Les travailleurs sociaux surveillaient aussi la façon dont ils étaient traités et des subventions modestes permettaient de réduire les écarts de traitement dûs au manque d’argent.

    Les tests sont très significatifs : les enfants restés en orphelinat ou placés en famille d’accueil après deux ans présentent un retard mental certain, alors que ceux placés avant deux ans présentent peu de retard au départ et sont devenus comparables à des enfants non orphelins après l’âge de 8 ans. (schéma ci dessous)

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    Les études d’activité électrique de leur cerveau montrent chez les enfants ayant séjourné plus de 2 ans dans les orphelinats, un fonctionnement beaucoup moindre du cerveau, des anomalies dans les ondes électriques cérébrales, et un développement du cerveau plus faible en volume, faible en nombre de neurones (substance grise) mais  surtout important en nombre de liaisons et connections (substance blanche, la myéline blanche entourant les prolongement des neurones, axones et dendrites, afin d’augmenter la vitesse de l’influx nerveux).

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    Une autre anomalie a été trouvée sur les chromosomes, les extrémités d’ADN, non codant de ceux-ci, (les télomères), qui les protège contre les contraintes subies lors de la division cellulaire, étant beaucoup moindres chez les enfants élevés en institution.
    On a également constaté parmi la population globale d’enfants élevés en orphelinat, un taux anormal d’anomalies psychiatriques, et surtout beaucoup de stress et d’angoisse, de façon beaucoup plus importante que pour les enfants élevés par des familles.

    Ces études ont donc montré nettement que, durant les deux premières années de la vie, maintenir l'enfant dans une institution impersonnelle a un impact dévastateur sur son esprit et son cerveau.
    Les chercheurs ont émis des hypothèses sur les causes de ce drame : les nourrissons apprennent par expérience à rechercher le récon{ort, le soutien et la protection auprès des personnes qui s’occupent réellement d'eux, que ces individus soient des parents naturels ou adoptifs, (des parents d’accueil), et notamment leur mère réelle ou adoptive.
    Des mesures ont été faites de cet attachement et des liens affectifs et elles ont montré que la grande majorité des enfants placés en institution, présentaient des relations incomplètes et anormales avec les personnes qui s'en occupaient.
    Quand les enfants ont atteint l'âge de 3 ans et demi, une autre évaluation a montré que les enfants placés en famille d'accueil présentaient des améliorations spectaculaires
dans la création de liens émotionnels. Près de la moitié d'entre eux avaient établi des relations solides avec une autre personne, alors que seulement 18 % des enfants placés en institution avaient fait de même. Chez les enfants qui n’avaient jamais été placés en institution, 65 %étaient solidement attachés à d’autres personnes. Les enfants placés en famille d'accueil avant la fin de la période sensible de 2 ans avaient plus de chances de nouer des liens solides, comparés aux enfants placés après cet âge limite.
    Il ne faut pas conclure qu'une période précise de deux années peut être définie
de façon rigide comme une période sensible pour le développement. Cependant, ces résultats montrent que, plus tôt les enfants sont confiés à des parents stables, investis émotionnellement, meilleures sont les chances ddes enfants de se développer normalement.
    Il ne faudrait pas non plus conclure que tous les accueils en famille sont bénéfiques et tous les institutions d’accueil mauvaises. Mais il faut que l’enfant ait l’impression d’exister auprès d’un adulte qui s’occupe suffisamment de lui, qui l’aime et qu’il puisse aimer. Un autre aspect très important est le développement du langage (qui n’est possible que par interaction), puis, dans les années qui suivent, l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, ces notions étant indispensables au développement de l’intelligence.
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