Jeudi 25 octobre 2018 à 17:04

Psychologie, comportement

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    Bien que je possède un vocabulaire assez important (environ 60 000 mots), je découvre toutes les semaines des mots que je ne connaissais pas.
    Cette semaine c’est une de mes petites filles, qui fait une thèse de psychologie et vient de choisir son sujet : « l’orthorexie ». Savez vous ce que c’est ?

    Si vous écoutez la télévision ou lisez quelques journaux, si vous suivez des blogs ou des forums sur internet, vous devez être saturés d’informations concernant la nourriture.
    Cela peut être des recettes pour « bien manger » et avoir le plaisir du goût, mais le plus souvent  ce sont des information de dangers : la viande et les abats au temps de la vache folle, les canards de la grippe aviaire, les maladies causées par les pesticides….
    Là ce sont des dangers précis, même si les médias les exagèrent parfois, mais en permanence, nous avons des mises en garde contre tel ou tel additif, tel produit présent dans l’environnement qui risque de se retrouver dans la nourriture.
    Les médias ont trouvé là, une tarte à la crème, mais aussi de nombreuses personnes qui y voient un moyen de gagner de l’argent, en fonction de la mode et au dépends de la crédulité de leurs interlocuteurs.
    Je remarque que la plupart de ces informations sont purement qualitatives, sans chiffres et sans références précises d’études scientifiques.
    Or d’une part, avec les moyens modernes d’analyse, on peut trouver des traces infimes de n’importe quel produit, et d’autre part tout est question de quantité : au dessous d’une certaine dose tout produit est inoffensif et au delà d’une dose, en général beaucoup plus forte, il devient dangereux : faites boire en très peu de temps 30 litres d’eau pure à une personne et elle mourra d’œdèmes !.
    Et quand des statistiques sont données, on ne cite pas les sources, on ne dit pas dans quelles conditions elles ont été mesurées, elles semblent peu crédibles car les phénomènes ont des causes très nombreuses et une analyse multi-critères est très difficile à faire. Enfin souvent, on confond une corrélation (deux phénomènes liés, mais on ne sait par quoi) et une relation de cause à effet.
    Mais il est certain qu’avec ce battage médiatique, les gens ont de quoi être inquiets.
    Sans parler des gens qui veulent perdre quelques kilos et qui trouvent maintes recettes tous les jours dans la pub sur la télé et sur internet.
    Alors on prône maintes solutions pour diminuer le risque de mauvaises conséquences de notre alimentation et surtout l’inquiétude grandissante des personnes : dates de péremption, composition, traçabilité, contrôle de l’origine, labels multiples…).
    Des logiciels apparaissent sur les smartphones qui donnent un avis (pas très justifié) quant à la « consommabilité » du produit : bon, moyen, mauvais, très mauvais. (Il faut bien que les informaticiens gagnent leur vie !).
    Les autorités sanitaires défendent d’ailleurs ces actions et poussent à légiférer.
    Mais la réduction du risque par le contrôle accroît la peur du risque. L’appareil législatif et réglementaire inflationniste génère un effet pervers très contre-productif de majoration du danger imaginé.

    Venons en à « l’orthorexie » (du grec orthos, « correct », et orexis, « appétit ») Qu’est ce ?
    Ce terme a été créé en 1997 par le Dr Steven Bratman qui propose de considérer cette pratique comme un trouble des conduites alimentaires, comme le sont l’anorexie ou la boulimie, plus connus de tous.
    C’est « un ensemble de pratiques alimentaires, caractérisé par la volonté obsessionnelle d’ingérer une nourriture saine et le rejet systématique des aliments perçus comme malsains ».
    La personne orthorexique pousse à l'extrême l'idée d'une saine alimentation en planifiant longuement cette dernière pour réduire sa consommation de toute substance qu'elle considère nuisible à sa santé.
    L’orthorexique se fixe une éthique alimentaire rigoureuse, composée de règles strictes, qu’il s’astreint à respecter quotidiennement : concernant le choix et le rituel d’achat des aliments, leur préparation, leur cuisson, etc. Il ne cesse de planifier, sur un terme plus ou moins long, ce qu’il va manger et dans quelles conditions.

    L'orthorexie ne figure pas dans le manuel de référence en psychiatrie, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM), mais elle commence à faire l’objet d’étude, et les écrits de madame Camille Adamiec, Docteur en Sociologie et professeur  à l’Université de Strasbourg, sont intéressants à lire. (vous trouverez sur internet un CV étonnant de ce chercheur et la liste de ses publications).
Patrick Denoux, professeur de psychologie interculturelle à l’Université de Toulouse Montmirail est également l’auteur de différentes publications sur le thème de l’alimentation et des nouvelles obsessions qu’elle génère. Nathalie Dumet, psychologue clinicienne, a publié divers cas dans « L’inconscience dans l’assiette ».

    Le problème c’est de différencier le juste souci que nous avons de manger sain, d’une part d’une exagération due au battage médiatique et d’autre part d’une véritable obsession que l’on peut considérer comme pathologique. Cela ne semble pas facile.
    En fait quand nous faisons nos courses alimentaires, nous avons une offre démentielle de centaines de repas et de produits différents, la pub nous vantant chacun d’entre eux dans ce milieu ultra-concurrentiel. Il me paraît donc normal que nous ayons le désir d’ordonner une offre de consommation anarchique qui n’obéit à aucune valeur sinon celle du marché et du profit, et ceci dans un environnement aux risques multiples.
    Les pratiques traditionnelles ont également changé. L’approvisionnement local a été en ville replacé par le supermarché, les couples travaillent en général tous deux et sont dans une situation de stress et d’urgence, et on recherche de plus en plus des plats tout faits ou une cuisine rapide et simple.

    Je connais un camarade qui a remplacé dans son alimentation tout le lait et les yaourts par du lait de soja, (qui n’est pas un lait mais un jus), parce qu’on en vante les bienfaits sur le cholestérol et l’ostéoporose. Mais à haute dose le soja peut aussi être nocif et les occidentaux sont moins habitués que les asiatiques à le tolérer. Cette personne a déclenché des réactions allergiques et une carence calcique et a dû arrêter son habitude alimentaire. Mais était-ce vraiment une obsession.?
    Je connais aussi quelqu’un qui a banni tout à coup toute consommation de gluten (et cela complique singulièrement ses courses). Pourtant elle n’a jamais été sensible ou allergique au gluten. Cela frise l’obsession, mais est ce vraiment pathologique ? Elle est cependant assez hypochondriaque.
    Patrick Denoux cite des pratiques plus bizarres :  « ne pas manger de légumes qui ont quitté le contact avec la terre depuis plus de 15 mn, mâcher au moins 50 fois chaque bouchée avant de l’ingurgiter, ne jamais être rassasié, ne manger que du poisson mais pas d’œufs, certains légumes mais pas tous, tant de fois à tel moment de telle façon, effectuer 12 petits repas par jour d’un seul aliment chaque fois, consommer chaque jour 80 suppléments alimentaires provenant de magasins diététiques….. »
    Un tel carcan conduit inévitablement à une restriction considérable de la socialité, obligeant pour chaque invitation à se déplacer muni d’un menu alimentaire restreint.
    J’ai trouvé dans mes lectures, cette différenciation : « Vous êtes orthorexique quand votre vie tourne entièrement autour de l'alimentation. Le point de bascule, c'est quand on ne peut plus faire autrement, par exemple, quand on commence à refuser des repas chez des amis uniquement pour cette raison. »

    Et il faudrait alors aborder un autre sujet qui relève de la psychologie  : ces excès sont ils la conséquence d’un malaise, de problèmes psychologiques, qui ont engendrés cette pathologie ?

    Mais beaucoup de personnes n’en sont pas là et cèdent simplement à la mode, au battage médiatique, à l’inquiétude ou au souci d’être mieux et plus attrayant(e).
    A mon avis, dans ce cas :
           - Il faut limiter le temps de préoccupation à la recherche de manger sain, sinon cela devient très chronophage et on n'a plus de vie sociale.
          - Il vaut mieux consulter un nutritionniste, un médecin, un vrai professionnel, que de récolter des conseils plus ou moins sérieux à droite et à gauche.                       
         - Il ne faut pas croire toutes les publicités, les gens qui veulent se faire remarquer ou vous arnaquer, les gourous.
        - il faut déculpabiliser le « plaisir de manger » et remettre à l’honneur la pratique de la « bonne cuisine ».

    Et je remercie ma petite fille, qui a piqué ma curiosité et m’a fait chercher des documents qui expliquent ce qu’était l’orthorexie. Je lirai avec plaisir et intérêt ce qu’elle va écrire dans sa thèse.

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Par jazz le Samedi 27 octobre 2018 à 16:02
un musical 'jazz' bonjour Jean-pierre
te souhaitant un bon w end
A+ du troubadour Emmanuel
 

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