Jeudi 26 février 2015 à 8:32

Notre cerveau : intelligence; langage

J’ai lu, il y a quelques semaines un article intéressant de Bruno Rossion,chercheur dans le Laboratoire de neurophysiologie et Unité de recherche Cognition et développement, de l’université de Louvain, en Belgique.
    Il relatait une anomalie cérébrale du cerveau, concernant la reconnaissance des visages que l’on appelle la « prosopagnosie ». (prosopon = visage, et agnosie = sans connaissance).


    Une femme en était atteinte. elle garde des enfants depuis plus de 30 ans et  reconnaître les visages de ses protégés fait partie de son travail et constitue une des bases de la relation qu'elle entretient avec eux.
    Il y a 15 ans elle a été renversée par un bus et depuis ne peux plus reconnaître les visages. Lorsqu'elle rencontre des personnes qu'elle connaît depuis des années hors de leur contexte habituel, ces personnes lui paraissent étrangères et elle ne les reconnaît plus, même si elles les a vues et a parlé avec elles quelques heures avant, en toute connaissance de leur identité.
    Elle est parfaitement capable d'identifier ces personnes par d'autres modalités notamment auditives (la voix, le rythme des pas, le rire, une toux) ou olfactives (la reconnaissance d'un parfum familier). De façon plus surprenante, elle peut reconnaître les personnes d'après des informations visuelles, telles que la démarche, la silhouette, la posture, l'écriture, ou encore par des objets personnels, par exemple les vêtements, la voiture, l'animal de compagnie. Mais elle est incapable de reconnaître les gens par leur visage.
    Pourtant elle a une excellente mémoire, et n'a pas de problèmes de vision. Elle est capable de lire et écrire, de trouver son chemin en ville et elle reconnaît tous les objets environnants. Elle a parfois un peu de mal à reconnaître certains animaux.
    Avant son accident, elle se souvient qu'elle était très physionomiste : elle pouvait voir les gens une seule fois et les identifier immédiatement par la suite. Elle connaît, outre sa famille et ses amis, des centaines de personnes, qu'elle identifiait d'un seul coup d'œil. Désormais, bien qu'elle sache qu'il s'agit d'un visage quand elle en voit un, elle ne peut identifier la personne. Il lui arrive de ne pas reconnaître les membres de sa famille, et elle ne reconnaît même plus son propre visage sur les photographies.

    La raison de tels troubles est connue : ce sont des lésions à la limite des lobes occipital et temporal, à la limite des centres d’interprétation de la vision : c’est une zone spécialisée dans la reconnaissance des visage et aussi d’un animal familier (on sait que c’est un chien, mais on ne sait plus si c’est son chien, en regardant son « visage »).
    C’est aussi la zone qui par la suite va reconnaître les mots lorsqu’on aura appris à lire et écrire. (voir le schéma ci dessous; on l’appelle le gyrus fusiforme - (fusiform face area, FFA).

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau3/langageetmots.jpg
    Cette zone au début de notre vie, ne connaît évidemment pas l’alphabet et n’a pour rôle que la reconnaissance des visages d’abord (il faut reconnaitre sa mère et sa famille; en jaune sur le schéma), puis la reconnaissance des objets familiers (son biberon, ses jouets; en bleu sur le schéma). La mémoire correspondante est l’homologue de la zone de Geschwind, mais dans l’hémisphère droit.
    Elle se spécialise rapidement en deux zones : reconnaissance des visages, (en jaune) et des objets (en bleu). Puis quand le bébé va marcher et donc se déplacer, une partie de cette zone et des zones de mémoire, vont se consacrer à la reconnaissance et au stockage des images et des « cartes » de notre environnement. (en vert sur le schéma pour la reconnaissance de l’environnement).

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau3/reconnaissancemots.jpg
    Et lorsque l’enfant apprend à lire et à écrire une chose extraordinaire se produit : une partie de la zone destinée à la reconnaissance des visages et des animaux familiers se transforme en une zone de reconnaissance des lettres et des mots écrits (en rouge sur le schéma).
    Dans le cas cité précédemment, seule la zone de reconnaissance des visages avait été lésée.

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau3/formelettres.jpg
    Un autre phénomène extraordinaire va se passer quand l’enfant apprend à lire.
    Pour pouvoir identifier des visages ou des objets vus sous divers angles, ces centres ont l'habitude de considérer que deux images symétriques "en miroir" correspondent à un même objet. Par exemple sur l'image ci contre le vélo ou le triangle.
    Il y a donc un petit problème, car ce n'est pas vrai pour les lettres (b et d) et les mots (ioup et quoi), par exemple.
            Il faut donc que l'enfant inhibe la réaction automatique de ces centres pour leur faire acquérir l'apprentissage de reconnaissance des lettres. Son cerveau frontal apprend à envoyer un signal qui bloque la fonction de miroir quand il décide de vouloir lire !
    Et il est possible que chez les enfants dyslexiques, qui ont du mal à différencier les lettres symétriques, cette fonction de blocage soit partiellement déficiente.


    Il est intéressant d’examiner comment se fait la reconnaissance des visages. Selon une théorie faite par Bruce et Young en 1986, il y aurait trois phases :
        - une première analyse structurale de l’ensemble du visage, ce qui conduit à la formation d’un schéma basé sur les dimensions et les rapports entre les traits faciaux.
        - une deuxième étape où les détails du visage sont affinés et s’insèrent dans le schéma pour donner une image caractéristique
        - l’accès alors aux données de la mémoire, pour trouver l’identité de la personne, dans le cas où celle-ci est connue.
    Le gyrus fusiforme participe aux deux premières étapes du traitement qui intègre les détail dans une vision globale du visage, paramétrée en fonction de certaines caractéristiques de formes et de dimensions.
http://lancien.cowblog.fr/images/Fleurs3/MooneyFaces.jpg
    Mais cette vison est différente de celle des objets, car beaucoup plus complexe et il semble que si le cerveau reconnait des visage quelle que soit l’orientation horizontale (de profil par exemple), il n’en n’est pas de même de l’orientation verticale comme le montre le test suivant
    Dans l'image de gauche faite de surfaces noires et blanches, un visage apparaît, mais pas dans l'image de droite alors même qu'il s'agit de la même image inversée de haut en bas.
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