Samedi 30 juin 2018 à 17:53

Enseignement, école, fac

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    Dans ce dernier article, je donnerai mes réflexions sur les deux derniers sujets de philo du bac, ceux de S :
                Le désir est-il la marque de notre imperfection?
                           Éprouver l’injustice, est-ce nécessaire pour savoir ce qui est juste?

    Là encore une précision de vocabulaire est nécessaire, car des mots divers sont utilisés dans des circonstances voisines : le besoin qui est celui essentiel de base de l’organisme; l’envie de, qui a un caractère de jalousie, de comparaison au voisin; aspirer à et le désir; et en allant au delà, la passion, les pulsions, les addictions.

    Desiderare, en latin, c’est regretter l’absence de. C’est donc une tendance, un effort, une inclination vers quelque chose, que l’on n’a pas encore acquis, et qui n’est pas facilement accessible : le désir peut concerner un objet, une action, une personne, une chose abstraite. C’est en outre un moteur important vers l’action, mais ce n’est pas une volonté raisonnée.
    Le désir peut avoir un but noble, une aspiration généreuse. Il peut au contraire concerner des aspirations nuisibles, soit à nous mêmes (allant jusqu’à l’addiction), soit à autrui, sous l’effet de pulsions;
    Il peut engendrer un manque et donc frustration et souffrance.

    Mais l’expression « une marque d’imperfection » me fait sourire : comme si nous devions être parfaits.
    Je dirais bien ce que Bergson disait du rire : le désir est le propre de l’homme, ce qui nous différencie des animaux et du simple besoin. Il peut être une source de dégradation comme de perfectionnement. Renoncer au désir ne nous rendra pas forcement meilleurs et surtout parfait.
    Par ailleurs, si je me réfère à la pyramide de Maslow, dont j’ai parlé plusieurs fois dans ce blog, le besoin constitue les deux premiers étages; le désir se situe aux autres étages, et il participe aux derniers : le besoin de reconnaissance et la réalisation de soi.

    J’ai trouvé le second sujet intéressant mais curieux pour la série S, car il relève plutôt de la psycho que de la morale.

    En fait la question est curieuse car « éprouver l’injustice » est un sentiment, une impression, une émotion. et « savoir ce qui est juste » est au contraire une reconnaissance, une réflexion sur des règles, en vue de l’action (ce qu’il faut et ne faut pas faire).
    L’injustice n’est pas le contraire de ce qui est juste, c’est une situation dans laquelle un acteur a commis quelque chose qui n’est pas juste et cela est ressenti négativement par celui qui en pâtit ainsi que par des témoins.
    « Savoir » ce qui est juste est une connaissance rationnelle , morale, juridique, politique, avec une référence à la loi.
    Quand j’étais enfant, il m’est arrivé de ressentir l’injustice d’une punition pour une bêtise que je n’avais pas commise. Bien sûr je savais ce qu’était une bêtise, mais je ne connaissais pas ce qui était juste. Ressentir l’injustice est une émotion presque innée.
    Evidemment la connaissance de ce qui est juste peut renforcer l’impression d’injustice.

    Je ne pense donc pas qu’il faille savoir ce qui est juste pour ressentir l’injustice, mais la réciproque est elle vraie, comme le suggère la question du sujet?
    Je crois qu’à ce niveau, il faut séparer ce qui est individuel du collectif.
    Au niveau de l’individu qui réfléchit rationnellement sur une situation et se demande si elle et juste ou injuste, il se réfère effectivement à ce qu’il a éprouvé en matière d’injustice pour juger de la situation. Le sentiment d'injustice le conduit à ce qui est juste, d'après lui.
    Par contre au niveau du législateur qui va coder ce qui est juste, c’est à dire ce qu’il faut faire et ne pas faire, la notion d’injustice n’est pas la seule en cause : les problèmes d’ordre, de vie en société, de nuisance, de punition, de dissuasion sont aussi présents.

    Je pense donc qu’on peut ressentir qu’une action ou une situation est juste ou injuste; c’est lié au fait que l’on est responsable ou non de l’action, et qu’on estime qu’on la mérite ou non.
    Par contre savoir ce qui est juste est une réflexion sur ce qu’il faut faire, sur le comportement à avoir face à des événements, et cela implique une réflexion rationnelle sur les conséquences des actions au plan pratique et moral, et notamment de leurs effets nocifs sur autrui.
    Certes les deux sont en partie liés, mais ce sont deux comportements de natures différentes.
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