Mardi 22 juillet 2014 à 8:58

Psychologie, comportement

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    Tout le monde ou presque, aujourd’hui, se plaint que la vie et le monde vont trop vite.
    Moi même, bien qu’étant en retraite, et aimant assez être dans l’action et un peu débordé, je le constate. ALors j’aimerais faire quelques articles sur ce sujet.
    Les conséquences sont assez diverses et elles touchent tout les créneaux de notre vie, et on pourrait le résumer très brièvement ainsi : « nous ne savons plus attendre !».
    Nous avons de plus en plus de mal à attendre à un guichet ou chez un commerçant, nous sommes impatients d’avoir ce dont nous avons envie, et nous maîtrisons mal nos pulsions.
    Cela a l’air banal, mais c’est devenu tellement répandu qu’on peut se demander à quoi cela correspond au plan des mécanismes cérébraux. Pour cela il nous faut regarder du coté de l’impulsivité.

    Les psychologues distinguent deux sortes de mécanismes mettant en jeu l’impulsivité :
         - ceux qui intervient pour contrôler ou amoindrir nos pulsions ou nos actions automatiques, qui se présentent sans réflexion cognitive préalable.
        - et ceux qui peuvent intervenir dans les choix de nos décisions et actions, dont les conséquences n’interviendront que plus tard, en raison de ces choix.
    En fait, lorsque nous sommes en situation d’attente, notre cerveau est dans un équilibre contradictoire :
        - d’un coté les centres de récompense dont j’ai souvent parlé, et qui sont en grande partie à l’origine de nos désirs et motivations, nous poussent à l’action, car elle sera conséquence de plaisir (et de libération de dopamine dans ces centres).
        - d’autre part, le cortex frontal (notamment ventro-médian), et les centres qui l’aident dans ses décisions, (notamment le striatum - voir le schéma), sont plutôt partisans d’une réflexion, qui pèse le pour et le contre de nos actions, en fonction notamment de leurs conséquences, dont le plaisir qu’elles apportent, mais aussi leur coût et leur efficacité. Et il faudrait donc attendre ce choix rationnel, mais qui ne concerne que les conséquences presque immédiates des actions.
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    Par ailleurs plus l’action bénéfique est inattendue et plus nous en tirons de bénéfice dans les centres de récompense, et plus le temps de réflexion sur les conséquences augmente, plus l’action des éléments rationnels modérateurs diminue.
    Mais, à contrario, toute action qui se répète, entraîne de moins en moins de plaisir et exige, pour en obtenir un plaisir équivalent, une augmentation de son intensité. C’est la base de toutes les addictions, notamment celles à l’alcool, au tabac et autres drogues.
    Mais un autre système va intervenir : le cortex frontal dorsolatéral  aidé du cortex pariétal. Ils vont freiner l’action, en cherchant à savoir notamment si nos n’aurions pas intérêt à différer un plaisir immédiat, mais finalement peu important, pour obtenir à terme un plaisir plus important (ou éviter des désagréments importants).

    Evidemment les individus sont différents et leurs sensibilités sont différentes. L’équilibre entre les deux parties du système de contrôle de nos pulsions n’est pas le même d’une personne à l’autre et le système de réflexion sur les conséquences à moyen et long terme a plus ou moins d’influence.
    Cela peut tenir à des raisons innées (pas forcément héréditaires, mais intervenues dans la formation du cerveau - je rappelle qu’après une croissance orientée, les dernières jonctions entre axones et dendrites des autres neurones - donc les synapses - se font au hasard, indépendamment des gènes), mais surtout en fonction de notre éducation et de notre instruction, puis du fait de notre vécu et de l’expérience qui en résulte.
    On peut donc se demander l’impulsivité peut évoluer au cours de notre vie et pourquoi.

    Une autre partie du cerveau peut jouer un rôle important : les « mémoires de travail » (J’en ai parlé dans mes articles sur la mémoire).
    Elles permettent de conserver présent à l’esprit pendant quelques secondes les objectifs et données nécessaires à la réflexion en cours avant de les effacer avent de passer à l’étape suivante : par exemple quand je veux écrire cette phrase, je garde à l’esprit les idées et concepts que je veux y introduire. Il y a deux mémoires de travail bien distincte : la mémoire lexicale, qui travaille avec le langage, et la mémoire représentative, qui retient des schémas, des images, des cartes.
    Les mémoires de travail sont donc essentielles, pour tout travail intellectuel, et notamment pour l’évaluation des conséquences de nos actes.
    Ces mémoires sont limitées et ne peuvent emmagasiner à la fois que 5 à 7 données et on peut donc les saturer artificiellement dans des expériences, pour mesurer les conséquence de leur baisse d’activité.
    Les chercheurs ont ainsi montré qu’une faible activité des mémoires de travail handicapait fortement la capacité des systèmes qui essaient de prévoir les conséquences de nos actes, et diminue alors nos capacités d’attente, entraînant un besoin accru d’instantanéité.

    Il est certain que l’instruction actuelle, qui fait beaucoup moins appel à la mémoire qu’autrefois, et les facilités de stockage que procurent les moyens informatiques (ordinateurs, tablettes, téléphones… ) font que nos mémoires actuelles sont beaucoup moins performantes que par le passé.
    Par ailleurs les interruptions fréquentes de notre activité, (télévision, internet, téléphones, sms…), diminuent non seulement notre attention, mais aussi le recours à nos mémoires de travail, qui sont donc peu entraînées et dont ont perd l’habitude de les utiliser.

    Enfin le stress a une action sur notre système de récompense, et il contribue à accroitre la demande et donc à diminuer notre patience et augmenter notre impulsivité, et réciproquement cette augmentation de pression pour obtenir ce que nous voulons est source de stress, d’où un cercle vicieux..
    Réapprendre la capacité de patience et d’attente serait nécessaire à notre hygiène de vie

    Cela est particulièrement vrai pour les jeunes et ce sera le sujet de mon prochain article.
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