Jeudi 6 mars 2014 à 8:07

Adolescence

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      Maintenant que vous avez une idée de l’ambiance de l’époque et des moyens que l’on trouvait dans l’environnement, je peux vous parler de nos études et essayer de répondre à votre question : travaillait on plus autrefois en classe ?

    La comparaison est difficile car les populations ne sont pas comparables. Aujourd’hui 80% des jeunes en France vont jusqu’au bac et la plupart l’obtiennent.
    Dans les années 45/50, 30% seulement des jeunes allaient dans le secondaire, après un concours ou un examen d’entrée en sixième, où les épreuves de français et de maths étaient difficiles (5 fautes en dictée éliminatoires, et les accents comptaient pour 1/2 faute; je crois que la plupart de nos bacheliers se feraient coller !). Cela éliminait plus de la moitié des élèves du primaire.
    Une partie non négligeable s’arrêtaient en troisième (au brevet) ou se faisaient coller au premier bac, et les titulaires des deux bacs représentaient entre 15 et 20 % seulement. Il n’y avait pas d’option pour avoir des points supplémentaires, les épreuves étaient plus nombreuses et plus difficiles et avoir une mention bien ou très-bien était assez rare (il y avait toutes les matières à l’écrit, et déjà 30% de recalés, comme à l’oral, qui se passait dans la ville d’académie).
    La filière S (C à l’époque; il y avait aussi A lettres, B langues/biologie et M sans latin), était peu suivie parce que réputée difficile et il n’y avait presque pas de filles (elles se croyaient nulles en maths, ce qui est absurde, une fille pouvant être aussi douée qu’un garçon, si elle est motivée).
    La distinction collège, lycée n’existait pas : le « lycée » commençait en CM1 jusqu’en terminale, mais par contre il y avait un lycée de filles et un autre de garçons.
Cependant à Pau, ville de 20 000 habitants, il n’y avait que deux premières et qu’une seule terminale C, mixte, au lycée de garçons; en terminale C (appelée « maths élem »), nous étions 24 garçons et 3 filles (une est devenues prof de maths, l’autre ingénieur et la troisième l’aurait été, si elle n’était morte accidentellement après sa prépa).
    Les jeunes qui n’allaient pas dans le secondaire suivaient une deuxième année après le CM2 et passaient le « certificat d’étude », puis des formations professionnelles ou allaient en apprentissage. Des formations techniques à des métiers existaient aussi pour ceux qui arrêtaient en troisième ou qui rataient leur bac.
    Il faudrait donc comparer les élèves du lycée de cette époque aux 20% des meilleurs élèves d’aujourd’hui, et je pense que ces derniers sont tout aussi motivés qu’on l’était jadis, même s’ils ont plus de tentations pour faire autre chose qu’étudier.
    Au plan de la motivation, les ados vont aujourd’hui au collège ou lycée, un peu parce que c’est obligatoire. Après la guerre, le chômage n’existait pas, et nous avions conscience que nos études préparaient le métier que nous aurions plus tard.

    Je pense donc que les 20 % des élèves les meilleurs aujourd’hui, sont comparables à ceux du secondaire, il y a 70 ans.
    Par contre il est certain que nous avions davantage de travail : les horaires étaient de 8h30 à 12h et de 14h à 17h30, et nous avions congé le jeudi après midi et le dimanche. Le samedi après midi était consacré aux sports de plein air, mais l’hiver certains samedi après midi étaient libres pour des raisons météo.
    Mais nous avions beaucoup de travail le soir. Non seulement les leçons, mais des exercices et en première et terminale, toutes les semaines, un devoir écrit de maths et de physique/chimie, et une composition française ou une dissertation de philo. Tous les trimestres des « compositions », examens en temps limité en classe.
    L’atmosphère surtout était très différente : nous respections nos professeurs comme nos parents, et il n’y avait pas de chahut, car il aurait été sanctionné lourdement.
    Nos professeurs étaient moins diplômés qu’aujourd’hui, mais leurs études comportaient deux ans de pédagogie et le bac pour instituteurs et une licence pour les professeurs du secondaire.
    Alors, ils savaient nous intéresser, bien que les seuls moyens  à leur disposition étaient leur voix, les livres et le tableau noir. En particulier ils connaissaient individuellement leurs élèves et essayaient de les aider en fonction de leur niveau.
    Ils demandaient notamment aux meilleurs d’aider les moins doués et, en cela, d’une part ils rendaient services aux deux élèves, car on apprend autant en essayant d’enseigner (il faut dominer son problème et être clair) et d’autre part ils instituaient un esprit de camaraderie (les meilleurs n’étaient pas traités comme aujourd’hui « d’intellectuels », car les moins bons avaient besoin de leur aide).
    De plus les professeurs repéraient ceux qui doués, comprenaient vite et risquaient de s’ennuyer ou de ne pas travailler. On avait droit alors, outre aider les moins bons, à des devoirs supplémentaires, plus compliqués (mais c’était un challenge), voire parfois à faire un bout de cours à la place du prof, repris et corrigé ensuite. Cela entraînait pour l’oral.
    Ils discutaient avec nous de nos idées sur un futur métier et essayaient de nous aider dans le choix de nos futures études.
    Et si j’ai par la suite réussi à entrer dans une grande école d’ingénieur, c’est bien à mon grand-père et à mes profs que je le dois, car ils m’ont donné, en plus d’une instruction,  la curiosité intellectuelle et le goût d’apprendre.

    Je pense donc que les élèves du secondaire, travaillent moins en moyenne, aujourd’hui qu’autrefois et qu’obtenir le bac est plus facile et malheureusement, prépare mal aux études supérieures. Et c’est vrai que l’on s’amusait beaucoup moins, mais cela ne nous manquait pas. En fait il n’y avait pas de « cancres » empêchant les autres de travailler, car ils s’étaient fait coller à l’examen d’entrée en sixième.
    Mais, que ce soit dans les classes de prépa, en BTS et DUT, ou à la Fac, les études supérieures sont aussi exigeantes qu’autrefois. Les examens et concours sont différents (les sciences et les techniques ont évolué), de nombreuses autres matières sont apparues, mais ces sélections sont aussi exigeantes, et la quantité de travail demandée dans l’enseignement supérieur est toujours aussi importante, si l’on veut réussir.
    Malheureusement, entre le travail moins fourni nécessaire pour obtenir le bac, et toutes les tentations multimédia, les études secondaires n’habituent plus les élèves à travailler et ils se trouvent très démunis, tant au plan des méthodes que des quantités de travail à fournir, à l’arrivée dans le supérieur. D’où bon nombre d’échecs, qui auraient pu être évités.

    J’espère avoir répondu aux questions qui m’étaient posées par cette évocation d’un passé lointain, qui étonnera certains, car, entre mon enfance et ma vieillesse, l’environnement, les sciences, les techniques et les moyens dont nous disposons ont beaucoup évolué.
    Mais je voudrais ajouter que les connaissances acquises lors des études sont importantes, mais ne suffisent pas, et qu’on apprend en permanence toute sa vie, tout en changeant d’activité, de poste, ou de métier, et que finalement, ce qui compte, c’est d’avoir appris à travailler, à se poser des questions et à chercher les bonnes réponses.


Par JACk-sCEPTikE le Jeudi 6 mars 2014 à 12:15
Article super, je crois que l'émergence du "monstre multimédia" a fait un peu de mal dans nos jeunes générations... (ah ce combat quotidien contre la tentation de laisser mes yeux vagabonder sur un écran "vide"...).

Tout à fait d'accord quand vous dites que le lycée NE PREPARE PAS aux études sup' (or il est censé, plus encore que de nous apporter des "connaissances", nous donner une méthode et de bonnes habitudes, ce que sa facilité déconcertante ne permets pas....

Je serai d'avis d'augmenter le niveau de difficulté du baccalauréat, voire même du brevet des collèges (avant que ça arrive.. bonjour...).
Peut-être n'est ce qu'une impression, mais je l'ai et très pregnante, qu'il y a une énorme "perte d'énergie" dans la course au diplôme, et je crois qu'une grande partie de ces études et de ces diplômes ne servent ensuite pas vraiment dans la vie professionnelle... (mais, je parle d'impression, pas de réalité donc, à confronter avec d'autres impression, voire avec des données objectives :) )
Par le sexisme est partout! le Jeudi 6 mars 2014 à 23:33
Une fille peut être aussi douée qu'un garçon, si elle est motivée!

Non, même sans motivation!

Sans rancune
Par coldtroll le Samedi 8 mars 2014 à 16:29
moi, je vois surtout la différence entre ce que j'ai fait il y a 20 ans et maintenant.
les programmes sont vraiment moins contraignants, demandent moins d'aptitudes et de curiosité, un peu comme si on avait soldé le bac.
et c'est vraiment que les études jusqu'au bac ne préparent en aucun cas aux études suppérieures qui demandent un gros investissement personnel, les profs ne faisant que survoler des sujets que l'élève devra approfondir seul.
 

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