Jeudi 17 avril 2008 à 8:24

Amour et peines de coeur



    Parmi les questions que j'ai reçues sur le “sentiment d'amour”, il y avait plusieurs fois celle ci :

 “...Est ce qu'il n'y avait de ton temps, vraiment aucun ado amoureux vers 14 ou 15 ans ?”

    Comme je vous l'ai dit il y en avait très peu, car nous pensions plutôt à être copains et amis. Et les quelques exceptions n'étaient en général pas des amourettes, mais un amour entre amis d'enfance se connaissant depuis longtemps.

    Je vais vous raconter l'histoire d'un de ces amours d'ados, en 1946, juste après la guerre.

    J'étais dans une petite ville de province et à l'époque, comme je vous l'ai dit, 25% seulement des élèves du secondaire allaient jusqu'au bac (il y avait deux bacs éliminatoires), et il n'y en avait guère que 10% dans les classes scientifiques (on les appelait alors 1ère C et maths élem, au lieu de S).
    Collège et lycée étaient confondus, (de la 6ème à terminale), mais il y avait un lycée de filles et un lycée de garçons, et en première et terminale S, comme il n'y avait pas beaucoup d'élèves (25 à 30) et encore moins de filles (6 ou 8), il n'y avait qu'une seule classe au lycée de garçons.
    Cette année là, nous avons eu à la rentrée en première S, deux camarades, un garçon et une fille, qui avaient 13 ans 1/2, et habitaient dans deux maisons voisines à deux kilomètres du lycée.
    Nous les connaissions déjà. Le jeune ado était en classe avec nous depuis la sixième.La jeune fille  ne faisait pas partie de notre petite bande, mais elle était déjà venue parfois avec lui.
    En fait, nous la connaissions sous un autre nom, car, d'origine juive, elle avait dû se cacher pendant la guerre dans une ferme avec ses parents pour échapper à la gestapo allemande, et elle allait au lycée de filles sous une fausse identité.


         Tous les jours nous les voyions venir et repartir ensemble, à pied, côte à côte, quelquefois la main dans la main. Ils s'asseyaient en classe, devant la même table, attentifs et studieux.
         Le soir ils allaient chez l'un ou chez l'autre, faire leurs devoirs et apprendre leurs leçons ensemble, puis chacun rentrait chez soi, recopier son brouillon.
         Les profs avaient trouvé étrange ce travail en commun (le travail en groupe n'avait alors pas la cote!), mais ils avaient fini par l'admettre. Le plus souvent, c'étaient les deux meilleurs élèves de la classe.
         Le jeudi ou le dimanche (à cette époque on travaillait mercredi et samedi toute la journée!), ils venaient souvent discuter avec nous ou surtout faire du sport au stade. Mais sans que rien ne les distingue des autres.
    Quand nous avions un problème avec un devoir ou une explication pas claire et pas comprise, on leur demandait de nous aider et ils le faisaient volontiers, ensemble, chacun complétant les explications de l'autre.

    Les prof comme tous les copains, nous les appelions “les jumeaux bambini” .  On ne savait pas ce qu'il y avait exactement entre eux.
         On les voyait quelquefois, assis l'un près de l'autre, en train de lire un livre, la tête de la fille sur l'épaule du garçon, et lui la tenait par la taille.
         Mais nous ne les avons jamais vu s'embrasser autrement que sur les joues, et nous ne pouvions pas dire s'ils s'aimaient vraiment. La notion de “petit(e) ami(e) “ n'existait pas à cette époque, et on ne s'affichait pas auprès des copains.

         Un de nos copains avait bien essayé de faire un peu de gringue à la jeune ado, mais elle avait sorti de la doublure de sa robe, une fine aiguille de 15 cm de long; il n'avait pas insisté, et avait gardé ses mains dans ses poches.
         Une de nos copines avait tenté sa chance pour séduire le garçon, mais il lui avait gentiment et poliment dit qu'il “n'était pas intéressé”. LooL

         Pendant deux ans ils ont été ainsi avec nous, tous les jours de classe et souvent le dimanche sur le stade. On jouait aussi aux cartes ou aux échecs avec eux dans un grand parc près de la maison où ils habitaient.
    Je ne les ai jamais vu se disputer. Ils avaient les mêmes idées, les mêmes réactions, et souvent l'un commençait une phrase et l'autre la finissait . Face aux problèmes, ils faisaient face ensemble, chacun s'appuyant sur l'autre. Ils étaient gais, animaient notre petit groupe et on ne s'ennuyait pas avec eux. La joie et le bonheur de la jeune ado était contagieux.

    Ils ont passé leurs deux bacs et au bout de ces deux ans sont partis à Paris dans une prépa de maths car ils voulaient tous deux entrer dans une grande école d'ingénieurs.
    On les a perdus de vue, mais j'ai revu mon copain à la fin de l'été suivant et j'ai su que sa “jumelle”, en vacances avec ses parents, était morte (à 16 ans) dans un accident.
         Mon camarade a été longtemps dans le cirage et un jour où j'essayais de le consoler, il m'a dit :
 “ ...nous pensions faire nos études d'ingénieurs ensemble, aller dans le même laboratoire faire de la recherche médicale; nous voulions construire une petite maison à la campagne, avoir trois enfants aux prénoms gaéliques, avoir un chien, un chat, élever des poules, des canards, des moutons et des chevaux, continuer à partager nos vies, jusqu'à ce qu'on soit très vieux, au milieu de tous nos petits-enfants, mais tout cela n'est plus maintenant qu'un beau rêve impossible....”
     
     Ce jour là, j'ai compris que même à notre âge d'ado, il pouvait exister autre chose que des amourettes.

Par Maybe.Be le Jeudi 17 avril 2008 à 9:04
Ca c'est certain. Même si on peut considérer qu'aujourd'hui. C'est un peu différent en général. Que beaucoup se croient tous les jours amoureux(euses) mais tous les jours avec des personnes différentes. Certain(e)s si on les écoute vivent un coup de foudre trois fois par semaine. Je suis peut-être vieux jeu [à mon âge se serait malheureux mais bon sait-on jamais !] mais je n'y crois pas. Ce qui ne m'empêche pas de croire en le fait que trouver l'amour dès la première personne [même jeune] reste possible.. Votre article le montre bien d'ailleurs.. Même si les temps ont changé.. Je me laisse croire que l'Amour [en tant que sentiment unique et fidèle] continue d'exister... [oui ze crois au père noël :p Et à la petite souris également :p ] Bref. Chut la marie.
Par Melodiane le Jeudi 17 avril 2008 à 9:16
C'est souvent plus épéhmère a l'adolescence ou tout est découverte , ou l'on se lasse vite de tout.Mais je reste persuadée que l'amour n'a pas d'âge !
Par Melodiane le Jeudi 17 avril 2008 à 9:29
J'ai retrouvé cette foto et j'ai aimé le sens que l'on pouvait lui donner: la pureté d'un visage dans le voile de l'ombre.Et uii c'est moi !
Par insomniac le Jeudi 17 avril 2008 à 11:04
Oui même adolescent, certains ne le comprennent toujours pas :)
C'est bien souvent les filles qui s'en lassent...
 

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