Mardi 17 février 2009 à 8:17

Scarification, suicide

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    Certaines d’entre vous m’écrivent  une phrase telle que celle-ci
“... Je comprend qu’une personne très malade ou dans une situation désespérée comme lors des guerres en Afrique, se suicide. Mais je ne comprends pas qu’on se suicide pour un chagrin d’amour ou des problèmes qui ne sont pas cruciaux. La vie c’est ce que nous avons de plus précieux !....”
    Alors aujourd’hui, je voudrais vous parler de “l’overdose de tristesse”.

    Ce n’est pas une notion “offiicelle” ni chez les neurobiologistes, ni chez les psys, c’est moi qui l’appelle ainsi, mais j’ai plusieurs fois constaté ce phénomène.
    Une jeune peut avoir des problèmes, nombreux mais assez bénins et être active, joyeuse, pleine de vie. Personne ne s’attend à quoi que ce soit.
    Et puis un jour cela va moins bien, elle est fatiguée, elle a eu des ennuis : mauvaise note en classe, copines qui lui font la tête, reproche des parents ...
    Alors la tristesse la gagne et le soir, avant de dormir, elle rumine sa peine.
    Ses sentiments négatifs tournent en rond dans son cerveau émotionnel, (le circuit de Papez), et à chaque ”tour” les centres amygdaliens rajoutent un zeste de stress et cela s’accumule.
    Elle se sent malheureuse, les larmes viennent, la tristesse augmente, elle ne raisonne plus et les pensées morbides apparaissent tout à coup ! Le contact entre le cerveau émotionnel et le cortex frontal est coupé et celui ci ne peut plus prévoir les conséquences possibles des actes qu’on va commettre.
    Elle est là au bord du gouffre, sur le chemin du suicide.

    Cet engrenage m’a été très bien décrit par une de mes correspondantes, il y a plus de 4 ans et  elle ne vient pas sur Cowblog et est en parfaite santé : donc vous ne pouvez l’identifier et je peux la citer, en coupant les aspects trop personnels :

    “.....parce que on en a marre de vivre, on se dit que si c'est comme ça toute la vie , il vaut mieux abandonner tout de suite.
    parce qu'on est lâche et qu'on préfère la facilité plutôt que de se battre .
    parce que les choses tristes se reflètent en nous comme dans un labyrinthe de miroirs et sont décuplées et nous font plus mal qu'elles ne devraient.
    parce que on renonce à chercher le bien et l'on ne pense plus qu'au mauvais
    parce qu'on se dit que ça ne changera jamais quoi qu'on puisse faire
    parce que c'est rapide, simple, qu'on se dit qu'on ne fera plus de mal
    parce qu'on a l'impression que personne ne nous pleurera
voilà c'est tout ce que je trouve pour l'instant ...

    .....c'est complètement idiot... il suffit d'une amie qui ne va pas bien, qui t'explique ses problèmes, enfin, ce qui ne va pas, pourquoi elle est triste.
    .. puis elle te dit que elle est complètement folle, que ses parents vont la faire enfermer , et que pour ça il n’y a qu'un moyen de se délivrer
    ... alors t'essaies de lui expliquer que c'est pas vrai, que c'est quelqu'un de géniale, que tu l'adores plus que tout, mais elle te croit pas...
    ....et ça continue...
    ....et c'est comme ça que t'as envie de mourir, parce que tes amis, ce sont des gens auxquels tu tiens énormément, et rien que d'imaginer une semaine sans eux, c'est dur, mais une vie c'est impossible, alors tu te dis que si t'arrives à ne rien faire pour les aider, autant partir avec eux, tu ne manqueras rien ...
alors tu sens les larmes couler sur tes joues ... depuis déjà plusieurs longues minutes...
    ....il n'y  a plus personne avec toi, personne sur msn .; te voilà toute seule ... face à ce couteau de randonnée qu’on t’a offert, il y a quelques mois ...et là, tu te demandes si tu seras assez courageuse pour l'enfoncer ... mais non , tu n'y arrives pas .. tu as trop peur de souffrir ...
    ....alors tu retournes dans l'armoire à pharmacie celle que tu as évitée depuis quelques mois, mais là ... ça recommence ...
tu prends des plaques de médicaments ...
et tu réfléchis ...à tout ce qui se passe de bien et de pas bien; tu sais que tu as plein de belles choses dans ta vie, mais voir des gens aimés souffrir, ça me fais énormément mal
     ...alors tu te dis pourquoi pas ...
tu vas jusque la salle de bain avec le verre qui te sert depuis plusieurs années tous les soirs , tu fais attention à ne réveiller personne surtout; tu reviens dans ta chambre, tu te mets bien confortablement dans le lit , les larmes continuent à tomber ... tu éteins ton réveil ... les larmes sont encore plus grosses, il n'y a plus personne pour te sauver ..
    ....et là, tu revois le visage des gens qui sont morts, ce qui te donne envie d'aller les rejoindre, cela fait tellement longtemps que tu ne les a pas revus ...
alors tu avales le premier cachet ... puis le deuxième , puis tu es prête à avaler tous les autres, et à attendre ton heure venir ..
 
    Si tu veux savoir ce que j'en pense là dans l'instant ... je pleure, je tremble comme quand je dois réciter au prof de maths la liste des intégrales usuelles que j'ai apprise la veille ....
 et je veux aller visiter un autre pays.......sauf si tu m’en empêches, vite, vite.... “


    Peut être avez vous compris maintenant, ce qu’est une “overdose de tristesse”, alors que finalement les raisons de désespoir n’étaient pas si importantes que cela.
    Dans ces cas là il faut effectivement intervenir, vite !

Par Madoou le Mardi 17 février 2009 à 10:28
Peu importe les raisons du désespoir, il faut toujours soutenir une personne qui souffre. Lui remonter le moral, ou même à lui dire ses quatre vérité. Lui montrer qu'être un ami consiste à être présent.
Je trouve ça un peu idiot les gens qui disent cela “... Je comprend qu’une personne très malade ou dans une situation désespérée comme lors des guerres en Afrique, se suicide. Mais je ne comprends pas qu’on se suicide pour un chagrin d’amour ou des problèmes qui ne sont pas cruciaux. La vie c’est ce que nous avons de plus précieux !....”, ils se montrent froid, mais ce sont-ils déjà retrouvé dans une situation ou eux même étaient mal ? Ou un ami ?
Par satine-objective le Mardi 17 février 2009 à 13:41
ça ressemble beaucoup à ma propre tentative de suicide... trop lâche pour m'enfoncer un couteau dans la chair, alors recours à toutes les plaquettes de ma pharmacie.
J'ai toujours cru que je ne serais jamais de celles qui se foutraient en l'air pour un petit copain. je les avais toujours critiquées, ces filles qui pour moi, ne faisaient rien de plus que d'essayer d'attirer l'attention. C'est vrai ça, quand on voit ce qu'il se passe dans le monde. Pourtant, ce mardi soir du 22 avril 2008, j'ai fait comme "ces imbéciles de nanas". J'ai vidé ma pharmacie. J'ouvrais le creux de mes mains, des mes doigts tremblants pour contempler les comprimés recroquevillés dans mes paumes, et je me suis dit: "Est-ce que tu es sûre de toi Laure? C'est pas de la rigolade. Une fois que tu auras absorbé tout ça, tu ne vivras plus." Une autre voix dans ma tête répondit aussitôt : "Pour Matthieu oui. Je ne veux pas qu'il m'ait toute sa vie sur mon dos".
Et j'ai avalé les deux cent comprimés...
Et je m'en suis sortie. Grâce à ma corpulence, et au fait que je n'avais pas pris d'alcool avec les médicaments. Deux détails que j'avais sous-estimé.
C'était totalement crétin de ma part. Et je suis contente de m'en être sortie. Mais les quatre mois qui ont suivi, les quatre mois sans lui, ce n'était qu'une demi-vie que j'avais. je n'ai pas vécu. J'étais vide. Tout m'était insipide. Je faisais des cauchemars chaque nuit. Je me réveillais chaque jour avec un soupir de mélancolie. Et ces moments de passages à vide...
A choisir, j'aurais volontiers échangé ma situation avec celle d'un gamin lépreux en Afrique. Ou celle d'un sans-abris en plein hiver. C'est moche à dire mais c'est comme ça.
Par satine-objective le Mardi 17 février 2009 à 13:44
*DE mes doigts tremblants
* sur SON dos

(désolée je fais toujours des fautes d'inattention)
Par plop-maw le Mardi 17 février 2009 à 17:57
soupir... En fait je me reconnait des fois dans ce qu'il y a dans tes articles... Enfin je me sens bien mais c'est le sentiments d'etre deja passee par la..
Par MiMiNe le Mardi 17 février 2009 à 21:33
Je vois totalement de quoi tu parles même si c'est pas à ce point mais cette semaine overdose entre l'administration française qui sait pas faire son boulot que tu dois leur écrire 6 mails pour qu'ils comprennent ce qui change toujours pas ton découvert à la banque à cause de leur connerie, pour ne citer qu'un exemple. Entre le manque de tout (famille, amies, etc) et de rien (de ma pseudo-dépendance psychologique à la cigarette qui dure et dure...). Wah !!! Mais ce sentiment est plutôt colérique. Ce qui m'arrange pas la vie de couple ! :)
Par MiMiNe le Mercredi 18 février 2009 à 11:06
La suite de mon overdose sur mon blog.
Par hopefully le Vendredi 20 février 2009 à 9:39
Merci d'avoir aussi bien décrit ce qu'il m'est arrivé il y a bientôt 5ans...Je m'en suis sortie, mais celà n'a pas été facile !

ça part d'un coup dur de la vie, l'anorexie d'une meilleure amie, et puis les petits rien s'acculent (chagrin d'amour, ...).

J'ai trop entendu les gens dirent qu'une TS, à 15ans, c'est un caprice...Si tout le monde pensait ainsi, il y aurait malheureusement bien plus de "caprice" qui finirait par des larmes...

Bonne continuation
 

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