Vendredi 3 octobre 2014 à 9:12

Drogue, alcool, addictions

     Une correspondante constate que la France est un des pays où l’on consomme le plus de tranquillisants, qu’on en donne aux jeunes quand ils sont anxieux, qu’on en donne aux adultes quand ils sont stressés et pour les faire dormir, et qu’on en bourre les personnes âgées pour qu’elles se sentent moins oppressées étaient moins peur de la vieillesse et de la mort.
    Elle me demande ce que j’en pense et si je prends des benzodiazépines.

    Je la rassure tout de suite, j’ai la chance d’être en bonne santé et je ne connais guère comme médicament que l’aspirine, du paracétamol, et du sérum physiologique dans le nez avec un petit désinfectant (du prorhinel, quand j’ai le nez bouché).`
    Cela m’étonnerait beaucoup que je prenne un jour une benzodiazépine, car je n’apprécie pas ce type de médicament et je préfère être très optimiste pour éviter le stress.

    Regardons d’abord comment agissent les benzodiazépines, qui sont essentiellement des tranquillisants.

    Rappelons d’abord que les neurones peuvent envoyer dans leur axone un influx nerveux positif ou négatif, qu’ils communiquent (à travers une synapse par l’intermédiaire d’un neurotransmetteur chimique), aux dendrites des neurones avec lesquels ils sont en contact. Ces neurones font la somme de tous les influx qu’ils reçoivent et ils ne déclenchent eux mêmes un influx nerveux que si cette somme atteint un  certain niveau.
    Un influx positif est déclenché lorsque le neurotransmetteur entraîne une libération d’ions positif, en général, calcium Ca++ dans la dendrite du neurone suivant et un influx négatif lorsqu’il s’agit de la libération d’ions chlore Cl- (article du 24/10/2006)
    La plupart des neurotransmetteur entraînent la libération de Calcium et le principal neurotransmetteur qui entraîne celle de chlore est le GABA (l’acide gamma-amino butyrique) : on l’appelle donc un neurotransmetteur inhibiteur, puisqu’il diminue ou supprime l’émission d’un influx positif, du fait de son apport négatif.

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau3/influxnerveux.jpg
    L’action du GABA est très importante car il modère l’action des autres neurotransmetteurs, notamment le glutamate, qui sont des excitateurs positifs.
    Le GABA empêche donc une surexcitation du cerveau dans la mesure où un équilibre existe entre son action et celle des autres neurotransmetteurs.

    L’effet des benzodiazépine est schématisé sur les deux schémas ci dessous, qui représentent un canal ionique, protéine laissant passer des ions à travers la membrane cellulaire, sous l’effet des neurotransmetteurs qui se fixent sur des récepteurs latéraux
    ici le récepteur est sensible au GABA :

http://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau3/synapsebenzo.jpghttp://lancien.cowblog.fr/images/Cerveau3/synapsenormale.jpg

















    Sur celui de gauche, le Gaba s’est fixé sur son récepteur, il active l’ouverture du canal et des ions chlore traversent la membrane.
    Sur celui de droite la benzodiazépine vient aussi se fixer sur le récepteur de Gaba, car elle a cette possibilité chimique. Le canal ionique est davantage ouvert et la quantité d’ions chlore franchissant la membrane est plus importante.
    En définitive, la benzodiazépine augmente l’effet inhibiteur du GABA, qui compte des récepteurs un peu partout dans le cerveau. Donc elle ralentit le fonctionnement du cerveau.
    Si la personne qui prend des benzodiazépine était quelqu’un ayant des troubles importants d’anxiété, et cela par manque de GABA, alors le traitement est normal, à condition d’agir par ailleurs pour que la personne finisse par maîtriser son angoisse, car il est recommandé de ne pas prolonger ce type de traitement au delà de trois mois si possible.
    Mais on prescrit souvent des benzodiazépines à des personnes qui n’ont pas des troubles importants et ce traitement est alors dangereux.
    En effet ces médicaments agissent sur les centres de récompense. La personne se sent bien et donc apprécie ce « confort ». Mais les centres de récompense s’habituent et il leur faut davantage de médicament pour produire le même effet (libération de dopamine).
Il y a donc création d’une addiction.
    Les personnes souhaitant ce confort prennet donc davantage de médicament et cela en permanence, bien au delà des 3 mois. Il y a alors un ralentissement permanent du cerveau. La personne est moins attentive, moins active, moins motivée et surtout l’action au niveau de l’hippocampe, ralentit les performances de mémoire.
    Les chercheurs ont appelé l’attention sur le risque accru de maladie d’Alzeimer, et l’aggravation des pertes de mémoire, notamment chez les personnes âgées, traitées aux benzodiazépines.
    De plus les benzodiazépines ne sont pas des somnifères. Certes elles peuvent améliorer le sommeil en empêchant en partie de penser à ses préoccupations, mais l’action est très différente d’une personne à l’autre, et dans beaucoup de cas elles ont très peu d’effet sur le sommeil
    De plus ces produits ont un effet analogue au cas où vous prendriez trop de paracétamol, pour atténuer la douleur au moindre bobo. En fait l’organisme lutte naturellement contre la douleur grâce à la production d’endorphines. Le fait de prendre trop souvent du paracétamol diminue cette production et il vous faudra de plus en plus de paracétamol, à effet équivalent.
    De même le corps lutte contre une insuffisance de GABA et donc des anomalies émotionnelles, en produisant des neurostéroïdes. Ceux ci se fixent aussi sur les récepteurs du GABA, augmentant ainsi son action. L’utilisation trop fréquente de benzodiazépines va friner la production de ces neurostéroïdes, qui luttent naturellement contre nos peurs et nos angoisses.

    Certes les produits psychotropes, et notamment les benzodiazépines sont utiles lorsqu’il y a vraiment dépression ou maladie psychiatrique. Mais par contre, leur utilisation abusive comme médicament de confort est dangereux, et les médecins ne devraient pas céder aux demandes de leurs patient, dans les cas où ce traitement n’est pas indispensable..
Par kaa le Vendredi 3 octobre 2014 à 13:07
Ne remboursons plus les médicaments pris au titre du confort. Double avantage, une baisse de la consommation de ceux-ci et un bien pour la sécurité Sociale.
 

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